Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Le feuilleton du mardi

La chasse au tigre : Une enquête d’Emile Laplume

 

Episode 4 : Pour le commissaire, les jours se suivent et se ressemblent.

 

Quand le réveil sonna, Isidore avait ouvert les yeux depuis longtemps. Seule la perspective de sortir de la tiédeur du dessous de l’édredon l’avait empêché de se lever plus tôt. Veuf depuis plus de vingt ans, il ne s’était jamais habitué à se lever seul dans une maison froide. Il y restait d’ailleurs, le moins longtemps possible, le temps d’un brin de toilette et de deux tours de coupe-chou. Incapable de déjeuner, il préférait descendre chez Léon, au coin de la rue Delambre où l’attendaient un bol de café brûlant, deux tartines de vrai beurre et deux œufs durs.  Léon officiait déjà derrière son comptoir.

            - Tu as la mine des mauvais jours Isidore. C’est à cause d’aujourd’hui ou d’hier ?

            - Aujourd’hui, je ne sais pas encore mais, avec ce que je sais d’hier, ça risque de ne pas être bon.

            - Tu racontes ?

            - Ressers -moi d’abord  du café.

Quand, il fut en face d’un nouveau bol fumant, Isidore commença.

            - D’abord, j’ai raté les pieds paquets chez Félicie.

            - Je comprends mieux pourquoi, ta journée a été mauvaise. 

Le commissaire résuma, en quelques mots, la découverte de la rue de Rennes.

            - Dis donc, tu avais affaire à une sacrée bande de pieds nickelés. A laisser des traces, comme ça derrière eux, ils auraient pu déposer directement leur carte de visite.

            - Je n’en suis pas si sûr. Je me demande bien ce qui a pu pousser le notaire à abréger sa journée de travail pour venir accueillir ses assassins.

D’un signe de tête, il salua Léon et se fit conduire en taxi, boulevard Saint-Martin à l’étude de feu Maitre Leonard Marquet. L’immeuble était de bonne tenue, mais sans ostentation. L’Etude, signalée par une simple plaque de cuivre, occupait le premier étage du bâtiment. Isidore poussa la porte, l’atmosphère était studieuse, comme s’il ne s’était rien passé. Le commissaire demanda à s’entretenir avec le premier clerc. C’était un homme d’une trentaine d’années au visage émacié et au teint jaunâtre Une vilaine cicatrice lui barrait la joue droite et il était obligé de s’appuyer sur une canne pour le moindre déplacement.

            - Bonjour commissaire, je suis Edouard Muret, premier clerc de l’étude. Que puis-je pour vous ?

            - Maitre Marquet devrait être ici, normalement ?

            - Oui, je suis d’autant plus étonné, qu’hier, il a quitté l’étude vers 16 heures.

            - Et ce n’est pas dans ses habitudes ?

            - Ah non ! D’ailleurs nous attendons son premier rendez-vous d’un instant à l’autre.

            - Je crois que vous allez être obligé de l’honorer, car Maitre Marquet et son épouse ont été retrouvés assassinés hier soir.

Le teint du clerc vira au blanchâtre.

            - Mais, vous savez qui a fait ça ?

            - Si c’était le cas, je ne serais pas là.

            - Avez-vous une idée de la raison qui lui a fait quitter l’étude à une heure inhabituelle ?

- Franchement non !

- Il n’avait averti personne de son départ anticipé ?

            - Pas à ma connaissance, mais peut-être faudrait-il interroger sa secrétaire.

            - Demandez-lui de venir s’il vous plait.

Isidore s’attendait à voir arriver un dragon d’un certain âge et il se trouva face à une accorte jeune fille au visage rieur parsemé de tâches de rousseur. Son sourire s’évanouît au récit du commissaire.

            - Remettez-vous, mademoiselle et dites-moi si vous avez noté quelque chose d’inhabituel hier ?

            - Je ne sais pas si c’est important, mais Maitre Marquet m’avait fait annulé deux rendez-vous hier. L’un était prévu à 15h30, l’autre à 17h.

            - Il ne vous a pas donné de raison ?

            - Non.

            - Ces rendez-vous étaient importants pour les clients ?

            - Je suis désolé, commissaire, mais pour les habitués, je ne demande pas la raison du rendez-vous.

            - A-t-il reçu, un courrier, un coup de téléphone, un télégramme ou une visite qui l’aurait conduit à ces annulations ?

            - Ha oui, je n’y avais pas pensé, on a reçu un coursier qui a apporté un pli qu’il a  voulu remettre en main propre à Maitre Marquet.

            - Vous ne savez pas ce qu’il en fait ?

            - Hélas non …

            - Très bien, on en reste là pour l’instant, vous avertissez vos collègues de la situation. Dans quelques minutes, un brigadier va venir poser les scellés sur le bureau de votre patron.

Isidore salua d’un geste et prit la direction du quai des orfèvres avec la ferme intention de refiler le bébé à la Crim. Après plus rien ne l’empêcherait d’aller déguster les pieds paquets.

 



15/11/2016
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