Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

Mitragyna

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Fiche de lecture : Mitragyna

 

Alain Siméon et Sandrine Zorn - éditions Lajouanie. 

 

Mitragyna, un roman policier mais pas que...

 

Un roman à quatre mains ! Depuis, Maj Sjöwall et Per Wahlöö les deux époux suédois créateurs de Martin Beck, je n’en avais plus gouté. Mais, celui-ci vaut le détour. L’intrigue démarre sur les chapeaux de roue. Camille Jeanson, la quarantaine, célibataire, bisexuelle, professeur de biologie à Troyes, est agressée dans les toilettes du musée d’Orsay. Son sac à main est retrouvé sur le cadavre d’un SDF qui se révèle être celui du professeur Viguier. Pour Camille, il n’est pas un inconnu. Quinze ans auparavant, il était son directeur de thèse et s’était allègrement attribué les résultats de ses recherches pour les vendre à un laboratoire médical allemand qui finit par mettre au point un médicament contre le paludisme. Le capitaine Silas Kravinsky est chargé de l’enquête. C’est un policier, un brin caractériel, qui cache de profondes blessures. Leurs investigations vont les conduire à Dakar puisque les recherches de Camille portaient sur les propriétés d’une plante africaine servant dans la médecine traditionnelle. Le duo Camille-Silas est explosif car tous deux sont dotés d’une forte personnalité. Au-delà de l’intrigue policière, le roman fait émerger quelques plaies de notre société contemporaine. Le monde impitoyable de l’industrie pharmaceutique dans lequel la recherche du profit prime sur la santé publique.  Il met en lumière également nos rapports avec l’Afrique qui sont loin d’être sortis de leur gangue néo-colonialiste. Bref ce roman est un vrai polar contemporain qui ne se contente pas de résoudre une énigme policière. On attend avec impatience la prochaine enquête du capitaine Silas.

 


04/07/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 17

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Episode  17 : L’inconnue démasquée.

 

Laplume était un peu rassuré par sa visite chez Clémenceau. Maintenant, il allait traverser une longue période de silence. Le Tigre ne pouvait pas espérer faire libérer Giovanni dans la journée. En attendant, il décida de s’occuper l’esprit en suivant de près l’enquête sur l’inconnue du Louvre. En examinant ses notes sur les deux crimes, il était frappé par quelques similitudes. D’abord, il y avait les lieux insolites ; une église et un musée. Ensuite, la volonté de mise en scène ; les deux victimes ne portaient pas leurs vêtements habituels. Difficile pourtant, d’imaginer que le même assassin frappe presque en même temps à Paris et à Rome. Il chassa cette idée et revint à l’inconnue du Louvre. Il y fut d’autant plus encouragé, que les efforts du commissaire Genet commençaient à porter leurs fruits. L’identification de la victime était en bonne voie. Dans Paris, au cours des deux jours qui précédaient le meurtre, trois disparitions de jeune femme, pouvant correspondre à la victime avaient été signalées. Deux étaient des jeunes femmes mariées, d’une trentaine d’années, dont les ménages étaient apparemment sans histoire. La troisième était à peine plus jeune, vingt cinq ans environ. Elle vivait seule dans un garni de Belleville, après s’être disputée avec ses parents. Pour Genet, allait commencer la sinistre tâche constant à conduire parents et époux à la morgue pour une reconnaissance éventuelle du corps. En trente ans de carrière, il ne s’était jamais habitué à cette pénible besogne. Il supportait mal de voir ces pauvres gens espérer secrètement que la personne, qu’ils allaient découvrir, n’était pas leur épouse ou leur fille, puis s’effondrer en larmes face à la réalité. Cette fois, le jeu ne dura pas longtemps. Le premier à se présenter était un jeune homme d’une trentaine d’années. L’individu présentait bien, il portait un costume noir et des manchettes de lustrine. Il avait le teint livide, provoqué par des nuits sans sommeil, rongé par l’inquiétude. Sans hésiter, il reconnut son épouse. L’inconnue du Louvre avait un nom : Ginette Lacroix. Trois jours auparavant, elle habitait avec son époux dans un modeste deux pièces du boulevard Voltaire. Une fois les formalités de reconnaissance accomplies, Genet invita Laplume à assister à l’interrogatoire du jeune homme. Sans se faire prier, il raconta sa vie, en apparence sans histoire. Lui, travaillait comme commis d’écriture à la Préfecture. Elle, tenait la caisse d’une épicerie de la rue Popincourt. 

            - Commençons par le début, monsieur Lacroix. Quand avez-vous été convaincu que votre épouse avait disparu. 

            - Dès le premier soir, lundi dernier. En général, elle termine son travail vers 8 heures du soir. Ce jour-là, à dix heures, elle n’était toujours pas là.

            - Cela ne lui arrivait jamais ?

            - Depuis deux ans que nous sommes mariés, c’était la première fois. 

            - Qu’avez-vous fait ?

            - J’ai pensé qu’elle avait été retardée, je suis parti  pensant la trouver sur le chemin. Les rues de Paris ne sont pas sûres le soir. Bien entendu, je ne l’ai pas rencontrée.  J’ai marché jusqu’à l’épicerie, elle n’est qu’à un quart d’heure de marche de notre appartement. Le magasin était fermé, mais les propriétaires sont de braves gens. Ils m’ont accueilli et ils m’ont affirmé que Ginette les avait quittés vers 8 heures comme d’habitude. 

            - Qu’avez-vous fait ?

            - Je me suis rendu au commissariat de la Bastille. Mais, vos collègues ont souri. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire, qu’elle était peut-être partie en goguette avec son amant. 

            - Vous n’y avez pas cru ?

            - Bien sûr que non, elle n’avait pas d’amant.

            - Comment pouvez-vous en être si sûr ?

            - Vous connaissiez les vêtements qu’elle portait ?

            - Non, je ne les avais jamais vus. 

 

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26/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 16.

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Episode 16 : le Tigre s’en mêle. 

 

Le télégramme des amis de Giovanni fit l’effet d’un coup de massue sur la tête de Laplume. Il ne pouvait se départir d’un sentiment de culpabilité. Il se sentait, pour partie, responsable de ce qui arrivait à son ami. Son entêtement à vouloir mettre le nez dans l’enquête sur la mort de Verduni avait dû sérieusement agacer la police italienne noyautée par les Chemises noires. Son séjour à Rome l’avait convaincu que ces gens-là étaient dénués de tout scrupule et donc que la vie de Giovanni était en danger. Et si son ami venait à disparaître, qu’adviendrait-il de la Mamma ? Seul, il ne pouvait entreprendre grand-chose. Retourner à Rome ne pourrait qu’envenimer la situation. Il ne voyait qu’un homme capable de l’aider : le Tigre. Depuis sa défaite face à Paul Deschanel, Clémenceau voyageait ! Par chance, il se trouvait à Paris après un long périple qui l’avait conduit en Inde et au Soudan pour chasser « le tigre ». Emile était une des rares personnes à pouvoir lui rendre visite sans prendre rendez-vous. Il arriva au moment où le Tigre s’apprêtait à déguster un vieux cognac. 

            - Sacré Emile, tu arrives toujours au moment opportun. Je suppose que tu m’accompagnes. 

Laplume consentit d’un signe de tête.

            - Tu n’es sûrement pas venu jusqu’à moi juste pour prendre de mes nouvelles.

            - Si tu étais mort, la presse l’aurait annoncé. Je voulais juste savoir si tu avais des relations avec le gouvernement italien. 

            - Toi, tu es encore allé fourrer ton nez dans une sale histoire. 

En quelques mots, le journaliste résuma les péripéties de son voyage à Rome. Clémenceau fit la moue.

            - Nous voilà dans une sale situation. D’abord, il faut faire sortir ton ami de prison. 

            - Peut-on le laisser en Italie ?

Le Tigre tira deux fois sur son cigare avant de répondre. 

            - C’est une question qui se posera après. 

            - S’il doit s’exiler, je compte sur ton aide. 

            - On fera au mieux.

            - Tu n’as pas eu l’occasion de fréquenter Verduni, au cours de tes longues pérégrinations ?

            - Non, et comme tu me l’as décrit, je suis content de ne pas l’avoir côtoyé. 

            - J’ai appris récemment que tu faisais ami-ami avec Basil Zaharoff[1], il pourrait peut-être nous éclairer sur Verduni. 

            - On ne peut rien te cacher ! J’essayerai d’en savoir un peu plus  sur ton mort. Mais, pourquoi cette affaire italienne te titille à ce point ?

            - C’est la première fois que je rencontre un cadavre dans une église. Je compte sur toi.

Laplume quitta Clémenceau le cœur un peu apaisé. Il savait que le sort de son ami était entre les mains d’un homme, sur lequel il pouvait compter. A Rome, Giovanni se trouvait moins à l’aise. Depuis un bon moment, il goûtait aux « délices » des geôles du commissariat de la Viale di Trastevere. Il se demandait quelle mouche avait pu le piquer pour qu’il prenne le risque de téléphoner au « Petit Parisien » quelques heures après le départ de Laplume, car la réaction du commissaire n’avait pas trainé. Moins d’une heure après il avait vu débarquer deux sbires qui l’avaient emmené sans ménagement. Dans son recoin, envahi par les rats, il sentait son esprit défaillir. Bien sûr, il avait déjà fait face à des situations difficiles dans lesquelles la raison d’état l’emportait sur la quête de vérité. Mais là, il avait le sentiment de découvrir un monde nouveau dans lequel le droit et la justice n’auraient plus leurs places. La mort d’un personnage de l’envergure de Verduni pouvait mettre l’Etat italien en difficulté, mais cela justifiait-il les moyens déployés pour la cacher ? En plus, lui aussi se sentirait coupable s’il devait arriver quelque chose à la Mamma. Il n’avait qu’un espoir, celui que son ami Laplume réussisse à le sortir de là. 

 

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[1]Célèbre marchand d’armes


19/06/2018
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Ton accordéon nous fatiguait pas Yvette.

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En 1966, dans sa chanson « Les élucubrations »,Antoine conseillait à Yvette Horner de jouer de la clarinette. Elle ne l’a pas écouté ! Elle a continué à faire courir ses doigts sur le piano à bretelles, réussissant même à « déringardiser » un instrument, qui depuis le début du  siècle dernier, était l’âme des bals musette.  Elle avait fait ses débuts au balajo, ce lieu mythique, dernier témoin du temps où le tout Paris venait s’encanailler à la Bastoche. Petit retour sur l’histoire de ces bals qui furent le résultat d’une rencontre entre Auvergnats, Italiens et le quartier de la Bastille. 

 

Au départ, étaient les Auverpins 

 

Au dix-neuvième siècle, les bals prolifèrent dans tous les quartiers de la Capitale. Citons le Bal du Prado, ouvert en 1810 en face du Palais de Justice dans l’île de la Cité, fréquenté surtout par les étudiants. Ensuite s’ouvrirent le Tivoli d’Hiver, non loin des Halles puis le Bal Mabille aux Champs-Elysées, l’Élysée Montmartre à Montmartre et ceux qui allaient devenir les plus célèbres : Tabarin, Moulin Rouge, Moulin de la Galette… Des bals chics et bals populaires. On changeait de milieu en passant des Champs-Élysées aux bals auvergnats de la rue au Maire, aux bals des “apaches”de la rue des Gravilliers et de la rue des Vertus, la mal nommée ! Mais, c’est surtout à la Bastille qu’ils allaient être les plus nombreux. Ce n’est pas le fruit du hasard, car c’est ici qu’a élu domicile une grande partie de la communauté auvergnate (on entend par Auvergnats tous les immigrés du massif Central) de Paris. Les premiers auvergnats arrivent avec le charbon de Brassac-les-Mines vers le milieu du XVIIèmesiècle après l’ouverture du canal de Briare. Les sapinières passent de la Loire vers la Seine, et de là remontent sur Paris avec leur cargaison. Arrivée à bon port, la sapinière est amarrée sur les quais de la Seine. Dès les marchandises écoulées, la sapinière est démantelée, débitée en planches et vendues comme bois de chauffage ou bois de charpente. Puis, les mariniers rentrent à pied à Brassac-les-Mines, avec l'argent cousu dans la doublure de leur blouse. Une fois rentrés, ils construisent un autre bateau, le chargent de nouveau puis repartent vers Paris. Certains de ces mariniers charbonniers restent et s’installent à Paris. Ils y exercent toutes sortes de métiers parmi les plus durs : ferrailleurs, frotteurs de parquets, laitiers, porteurs d'eau. Peu à peu les Auvergnats trouvent leur voie : celle du petit commerce où leur travail et leur sens de l'économie font merveille. Ils sont majoritairement marchands de vin, ferrailleurs ou cochers. Ils investissent la rue de Lappe, "le village des Auvergnats",idéalement placée entre les ferrailleurs du Marais et les vendeurs de bois du faubourg Saint-Antoine. Certains s’embauchent dans les ateliers d’ébénisterie du faubourg, voire y ouvrent un commerce. Le faubourg Saint-Antoine (comme le quartier du Temple lui aussi fréquenté par les Auvergnats) est exempté de tout règlement corporatif. On y commerce donc librement et cette situation favorise l’implantation d’anciens colporteurs arrivés sans le sou et aspirants commerçants.Dans la première moitié du XIXe siècle, la petite rue de Lappe est surtout consacrée à la ferraille. La plupart des boutiques distribue toutes sortes de métaux, du zinc des bistrots au cuivre des tuyaux en passant par le fer des instruments du travail du bois. Peu à peu, les activités festives prennent le pas sur les bougnats et les ateliers de ferraille.  Si bien que  la rue de Lappe finit par ressembler davantage à une rue d’Aurillac qu’à une rue parisienne ! Naturellement, pour se retrouver ensemble les dimanches, ils fréquentaient ces nombreux bistrots et ces bals dits “des familles”où l’ambiance était très provinciale. Pour danser la bourrée comme “au pays”, il n’y avait qu’un seul instrument de musique : la cabrette, genre de cornemuse (ou musette). Elle se distinguait des autres  car le joueur n’envoyait pas l’air dans le sac en peau de chèvre (cabre en occitan, d’où le nom de cabrette) en soufflant avec sa bouche, mais grâce à un soufflet attaché à la ceinture. On y buvait aussi, parfois sec, et on y cassait la croûte grâce aux cochonnailles et fromages d’Auvergne. En même temps, on écoutait le cabrettaïre de service qui jouait, une grelottière attachée à une cheville pour mieux marquer la cadence. Martin Cayla (1889-1951) se rendit célèbre dans ce quartier dès 1909 puisqu’il avait 20 ans lorsqu’il habita au n°21 de la rue de Lappe et joua de la cabrette dans le passage Thiéré où se trouvait le bal Mouminoux. Au n°13 de la rue de Lappe, prospérait le bal Bouscatel, du nom de son propriétaire Antoine Bouscatel, un remarquable joueur de cabrette né en 1867 au hameau de Cornézière, dans la commune de Lascelle (Cantal), près d’Aurillac. On y venait de tous les quartiers de Paris danser les bourrées, valses, scottish et autres polkas piquées. Mais déjà une autre communauté s’était implantée à la Bastoche : les Italiens.

 

Puis, arrivèrent les Ritals 

 

Apparus sur le pavé de la capitale dans les premières décennies du XIXe siècle comme musiciens de rue, mi-mendiants, mi-exploiteurs d'enfants, les Italiens sont à la fin du siècle les hommes à tout faire de l'âge industriel. Ce sont les derniers des étrangers, ils ont pris le relais des Belges et des Allemands comme journaliers et ouvriers du bâtiment. Les voilà pourtant qui s'unissent à la culture auvergnate pour donner au peuple de Paris sa musique, urbaine, moderne et populaire ! Et on sait que les Auvergnats, eux aussi longtemps véritables forçats de la ville (entre les porteurs d'eau et les charbonniers), font alors figure d'aristocratie provinciale dans la capitale où ils tiennent nombre de cafés, hôtels et bals. Dès que les ouvriers italiens se firent plus nombreux dans l'espace parisien, autour de 1880, on vit s'engager une véritable guerre des bals, avec règlements de compte au couteau entre cabrettetaïres  auvergnats et accordéonistes d'outremonts. Les immigrés italiens, à la recherche d'un complément de ressources, animaient de nombreux bals de quartier, faisant doublement concurrence aux bals tenus par les Auvergnats. Ici, les danses accompagnées par la cabrette restaient fidèles aux traditions rurales (du type bourrée), et l'usage voulait que les musiciens fissent payer chaque tour de danse. Là, les Transalpins se contentaient d'un cachet pour la soirée et l'accordéon, devenu chez eux un instrument populaire dont ils ne cessaient d'explorer les possibilités. Ils proposaient des airs plus modernes, qui se dansaient en couples et rencontraient un succès croissant. Les Auvergnats firent campagne contre les bals mal-famés où se produisaient les concurrents transalpins. Ainsi, dans l’ « l'Auvergnat de Paris », on pouvait lire :

 « Là où l'accordéon et le violon ont remplacé la musette, là où le chahut a remplacé la bourrée, là aussi le franc rire a été remplacé par le couteau.  La population italienne qui grouille par ici fait double tache sur le pavé révolutionnaire. Elle représente la fainéantise et la piété vile et veule».  « Chassez... l'odieux et banal accordéon, cet insinuant prostitué qui nous vient des pifferari », écrivait en écho Jules Vallès. Cette guerre allait, malgré tout, prendre fin car les deux communautés ne se contentaient plus de se côtoyer, petit à petit, elles fusionnaient.

 

Cabrette et accordéon.

 

La guerre prit fin grâce à l’intelligence de deux hommes : Bouscatel et Charles Péguri.  Ce dernier venait de quitter l’atelier de réparations d’accordéons que son père, Félix Péguri, avait installé rue de Flandre, à La Villette. C’était risqué pour lui de se promener avec un accordéon en plein fief auvergnat ! C’est vrai que l’instrument était à l’origine le compagnon des bergers des montagnes d’Italie. Il suivit les émigrants qui se fixèrent presque tous dans la Zone ou à la périphérie de Paris. Seuls ceux-ci jouaient de l’accordéon à l’époque et Félix Péguri ne manquait pas de travail dans son atelier. Son fils Charles, qui travaillait avec lui, cherchait des innovations techniques, ce qui déroutait le père. A la suite d’une dispute, Charles choisit la liberté. Il se rendit chez Bouscatel, lui proposant de l’accompagner à l’accordéon dans son bal. On est en 1904 lorsque Charles pénètre dans le bal Bouscatel. Bousca, prince des cabrettaïres, portant sa blouse légendaire, était sur l’estrade en train de donner à danser. Péguri s’approche et lui demande s’il peut jouer. Bousca reste froid et silencieux. 

                  - C’est que je suis musicien, monsieur Bouscatel. Je joue de l’accordéon.

                  - Bouscatel n’a besoin de personne. L’accordéon qu’est-ce que c’est ?

Sans se démonter Péguri ouvre son instrument et se met à jouer. Dès les premières notes, le visage de Bousca change. Il rejoint Péguri et  voilà, côte à côte, cabrette et accordéon. Le succès est inattendu, les danseurs en redemandent. Il est probable que Bouscatel avait senti depuis longtemps que l’accordéon allait remplacer la cabrette et en bon commerçant, il ne voulait pas laisser filer sa clientèle. Cette intuition donnait le signal de l’envol de la rue de Lappe. Elle se mit à attirer une nouvelle clientèle, pas toujours recommandable. Tout ce que Paris comptait d’accordéonistes avant la première guerre vint jouer rue de Lappe. A la fin de la Première Guerre mondiale le genre évolue.Le foxtrot, venu d’Amérique et des salons mondains, se développe et envahit les bals musette, tout comme, le tango venu d’Amérique du sud. Après s’être développé dans les salons parisiens à partir de 1907, il franchit lui aussi la barrière pour être introduit dans les bals de faubourgs. Les marches deviennent de plus en plus hispanisantes et se dansent en paso doble. La mazurka s’accélère et se danse de manière plus simple en java. La valse aussi s’accélère et devient valse musette. Au retour de la guerre en 45, le genre musette est à son apogée, il incarne la France et la musique populaire. Les accordéonistes célèbres deviennent des stars :  André Verchuren, Aimable, Yvette Horner, Louis Corchia, Maurice Larcange, Bruno Lorenzoni pour les plus connus. C’est toujours  la valse musette qui tient le haut du pavé pour les danseurs. En 1954, le Cha-cha-cha, un dérivé du mambo est introduit dans le répertoire des bals musette. Les marches, polkas, scottisches et autres galops tombent en désuétude pour laisser la place au rock ‘n roll qui devient à la mode. A partir de la fin des années 1960, le genre musette commence à régresser. Les causes en sont plurielles : le développement important du rock ‘n roll, le développement et l’emprise croissante des musiques anglo-saxonnes à la radio, le développement des musiques amplifiées et des synthétiseurs. L'accordéon, vers les années 1980, reprend du "service" par l'attrait des musiques traditionnelles et folkloriques qui l'utilisent (musique bretonne, slave, musique cajun). Quelques chanteurs français comme Renaud (et bien d’autres) le remettent au goût du jour.  Des d'accordéonistes majeurs, se détournant du musette, comme Marc Perrone ou Richard Galliano apparaissent. Des groupes de la scène alternative comme la Mano Negra ou Les Négresses Vertes ne sont pas en reste et en usent abondamment. Comme quoi Yvette, tu as bien fait de ne pas jouer de la clarinette !

 

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Ton-accorde--on-nous-fatiguait-pas-Yvette.pdf

 

 

 Bibliographie :

 

Claude Dubois- Une histoire du Paris populaire et criminel, La Bastoche- Editions Perrins- Avril 2011


18/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 15.

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Episode  15 : L’inconnue du Louvre 

 

En sortant du « Petit Parisien », Laplume était prêt à téléphoner à son ami Giovanni. Alors que depuis le début de l’affaire, il lui avait semblé se tenir en retrait, il paraissait étrange qu’il ait pris le risque d’alerter un journal parisien. Il ne voyait pas ce qu’il avait à gagner en agissant de la sorte. La mort de Verduni n’allait pas provoquer une mobilisation mondiale pour la recherche de la vérité. Finalement, il remit à plus tard son appel, par peur de mettre son ami en danger. Il se dirigea vers le Louvre. Comme il s’en doutait, la partie du musée où le corps avait été découvert était interdite au public. Heureusement, le commissaire était là. Il autorisa Emile à pénétrer sur les lieux du crime. Le corps avait été découvert dans la galerie de maitres italiens des XVIèmeet XVIIéme siècles. Comme le commissaire, Laplume nota que les traces de sang étaient inexistantes et donc que le corps avait été transporté, confirmant la thèse de la mise en scène. 

            - Rien de nouveau sur l’identité de la jeune femme ?

            - Absolument rien ! Enfin pas tout à fait. Selon les observations faites par le médecin, elle n’aurait pas plus de vingt-cinq ans. C’est bien d’un déguisement dont on l’a affublée car elle n’a rien d’une gitane. Si c’est ce que l’assassin veut nous faire croire, ce n’est pas une réussite. 

            - L’important n’est peut-être pas la personnalité de la victime, mais le costume.

            - En tout cas, la victime n’a pas été violée. Elle porte quelques traces de violences. Elle a, sans doute, été tuée par surprise et tenté de se défendre, assez faiblement. L’homme devait être plutôt costaud. Il ne lui a laissé guère de chance. 

            - On aurait pu s’en douter. Les violeurs viennent rarement exposer leur victime au milieu du musée. Généralement, ils cherchent à la camoufler en espérant qu’on ne la retrouve jamais. 

            - Pour l’instant, nous sommes condamnés à attendre. Nous avons lancé des appels à témoins. Tous les commissariats et les gendarmeries sont tenus de nous signaler toute disparition suspecte. On ne peut pas faire plus pour l’instant,  si ce n’est essayer de comprendre comment  l’assassin a pu pénétrer dans le musée avec un colis aussi encombrant alors que tout était fermé. 

            - Vous en êtes totalement sûr ?

            - Vous avez raison monsieur Laplume. Un gardien a pu oublier de fermer le soir et n’a rien dit de peur d’une réprimande. Mais, il faut supposer alors que l’assassin a eu une chance insolente pour tomber sur la seule porte ouverte ou que le gardien était complice.

            - Votre deuxième hypothèse n’est pas farfelue. 

            - Monsieur Laplume, on n’est pas dans une affaire crapuleuse ! Il arrive qu’on trouve dans une banque un caissier véreux,  qui se rend complice des auteurs d’un braquage, mais dans un musée !

            - Vous n’avez pas tort, commissaire ! Bien entendu, on n’a aucune idée de la personnalité du tueur, pas plus que du mobile. Cependant, imaginons que nous soyons en face d’un homme qui a quelques moyens. Il lui serait aisé de soudoyer un gardien pour qu’il « oublie » de fermer la porte. Si la somme est assez rondelette, le garde ne lui en demande pas la raison. 

            - C’est une piste qui mérite d’être creusée. 

            - Si je peux permettre, commissaire. A votre place, je passerais au peigne fin, la vie des cinq ou six employés chargés de surveiller le musée la nuit. Il est possible que l’un d’entre eux soit endetté à cause du jeu, des femmes ou que sais-je encore ?

            - Je m’y attelle, monsieur Laplume.

Emile resta un bon moment dans la galerie des maitres italiens. Il prit soin de noter la liste des peintres qui étaient exposés.  Il allait quitter les lieux, lorsque son jeune collègue du « Petit Parisien » arriva, essoufflé,  un papier bleu à la main. 

            - Monsieur Laplume, regardez ce qui vient d’arriver pour vous au journal.

Emile ouvrit le télégramme, il portait une simple phrase :

 

« Giovanni, emprisonné, sommes inquiets ».

 

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12/06/2018
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