Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Jeanne Baret : Une femme autour du monde.

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« Solanum baretiae » est le nom d’une petite plante andine qui pousse sur les hauteurs sud du Pérou. De la même famille que la pomme de terre ou la tomate, cette solanacée n'a rien d'extraordinaire, avec sa fleur à cinq pétales et son fruit orangé. Le genre Solanum auquel elle appartient est l'un des plus vastes au monde. Elle a été décrite et reçu son nom en 2012. Ce qui la distingue avant tout, c'est le nom latin que ses découvreurs ont choisi de lui donner : « Solanum baretiae, en l'honneur de la botaniste Jeanne Baret (1740-1807), la première femme à avoir fait le tour du monde en bateau »

Jeanne Baret a accompli son périple entre 1766 et 1769. Son exploit n’en est que plus remarquable si on songe que la présence des femmes sur un navire était alors plus considérée comme une malédiction que comme un bienfait.  Elle accomplit son tour du monde avec un des navigateurs les plus célèbres de cette époque : Louis Antoine de Bougainville.

 

Un itinéraire singulier 

 

Jeanne Baret voit le jour le 27 juillet 1740 à La Comelle, une petite ville de Saône-et-Loire. Sur le registre paroissial, son père est qualifié de « journalier », ce qui signifie que pour seule ressource, il a ses bras qu’il loue à la journée dans les fermes environnantes. Ses années de jeunesse demeurent obscures. Devenue orpheline, elle entre comme domestique dans les bonnes familles de Toulon-sur-Arroux. On ne sait pas avec certitude comment elle a acquis les rudiments de lecture et d’écriture qui vont lui permettre de devenir gouvernante de la famille Commerson. L’un de ses biographes, Glynis Ridley, suggère que sa mère peut avoir été d’origine huguenote, dont la tradition d’alphabétisation était supérieure à celle typique des classes paysannes de l’époque, sans toutefois en apporter la preuve. En 1762, la femme de Philibert Commerson, médecin et botaniste,  décède après avoir mis au monde un garçon Anne François Archambaud. Jeanne Baret devient alors sa gouvernante et veille à son éducation. Sa vie vient de basculer.

 

La botanique pour passion

 

Philibert Commerson est un personnage fascinant, énigmatique et complexe lui aussi. Capable de secret ou d'ostentation, capable de passion ou de haines effrayantes, il est l'homme des excès. Curieux de tout et d'une grande force de concentration, c'est un travailleur illimité illustrant l'esprit encyclopédique de son siècle. Il a laissé d'innombrables pages manuscrites d'études diverses, notamment chimie, minéralogie, anatomie et ichtyologie. La matière, qui prédomine parmi ses activités, est la botanique à laquelle il vouera sa vie, jusqu'à l'épuisement de ses forces. Très vite séduit par la jeune femme, Commerson lui donne des cours de botanique et lui confie la préparation des herbiers. Elle se passionne pour cette nouvelle discipline à la mode, devient sa secrétaire particulière, puis sa maîtresse. En août 1764, enceinte de cinq mois, Jeanne est obligée de se déclarer fille-mère. Elle a choisi un notaire de Digoin, une ville des environs. Néanmoins, le scandale ne peut être évité. Comme il est sollicité depuis quelques années par ses amis naturalistes à Paris, Commerson décide de s'installer avec Jeanne Baret dans la capitale. Elle accouche en décembre 1764, et son fils, qui a reçu le nom de Jean-Pierre Baret, est directement confié à l’Assistance publique qui le place rapidement chez une mère adoptive. Il mourra quelques mois plus tard, à l’été de 1765. Commerson avait laissé son fils légitime aux soins de son beau-frère à Toulon-sur-Arroux. Il ne le reverra jamais. En 1765, Commerson est invité à rejoindre l’expédition de Bougainville. Hésitant à accepter à cause de sa mauvaise santé, il exige l’assistance de Baret comme infirmière ainsi que pour tenir son ménage et gérer ses collections et ses papiers. Sa nomination lui permet d'être accompagné d'un serviteur, payé par la  dépense royale, mais les femmes sont, à l’époque, complètement interdites sur les navires de la marine française.  C’est de ce moment, que date l’idée de déguiser Baret en homme pour accompagner Commerson. Pour échapper à tout contrôle, elle doit se joindre à l’expédition immédiatement avant le départ du navire, en prétendant ne pas le connaitre.

 

Une rude expédition

 

L'expédition comporte deux embarcations : une frégate, La Boudeuse, petit vaisseau en réduction où a pris place Bougainville, et une flûte, L'Étoile. La vie à bord n'est pas facile, mais elle l'est d'autant moins pour une femme à cause du manque d'hygiène, d'intimité et de place. Pour Jeanne Barret, le problème du linge propre et des ablutions est un défi sans cesse renouvelé́. L'eau est rare, et il lui est impossible de satisfaire ses besoins intimes en public, pudeur oblige... Elle redouble d'efforts pour apparaitre « virile », se bande la poitrine et se bourre la taille de tissu. En outre, elle exécute des travaux de force jusqu'à ruisseler de chaleur, trime sans un murmure, entre dans l'eau glacée pour la récolte de coquillages. Ou encore, elle affronte des escalades par quarante degrés au-dessous de zéro au détroit de Magellan, dans la mousse ou les rochers, chargée d'un fusil, d'une gibecière, de matériel de notes et de provisions pour la journée. Ainsi, elle se forge une réputation qui lui vaudra le sobriquet de « bête de somme ». François Vivès, en tant que chirurgien major aguerri et sûrement jaloux du statut de botaniste du Roi de Commerson, fut le tout premier à repérer la supercherie chez Jeanne : « la petite taille, courte et grosse, de larges fesses, une poitrine élevée, une petite tête ronde, un visage garni de rousseur, une voix tendre et claire, une adroite et délicatesse … faisaient le portrait d'une fille laide et assez mal faite ». Il fut peut être l'initiateur de la rumeur disant qu'il y avait une femme à bord. Le bruit s'étendit au point que Jeanne Baret fut obligée de rejoindre les autres domestiques sous le gaillard dans un hamac pour éviter les soupçons. Mais la punition fut terrible car ses compagnons tentaient de vérifier s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Ils s’offraient des privautés, la harcelaient de grivoiseries des plus salaces. Ses nerfs furent mis à rude épreuve mais elle se défendit en révélant qu'elle était un eunuque. Afin de parer à tout éventuel harcèlement ou agression, elle ne se déplaçait plus sans une arme afin de dissuader les curieux et les importuns. Ce stratagème calma les esprits le temps de leur séjour en Amérique du sud. C’est durant ces relâches que Commerson découvrit cette belle plante mauve qu’il baptisa Bougainvillée. Les deux commandants pour ne pas compromettre les chances de cette expédition feignirent d’ignorer cette sulfureuse rumeur.

 

La supercherie mise à jour. 

 

Jusqu’à l’escale de Tahiti, elle poursuivit son assistance auprès de Philibert avec ténacité. Hélas pour elle, un incident mit fin à la supercherie après 16 mois de navigation. Le 4 avril 1768, un insulaire du nom de Aotourou (Ahutoru en langue vernaculaire) était monté à bord de l’Étoile. « L'équipage se pressa dans la grande chambre de bord autour d'Aotourou qui criait « ayene », une fille ! (en fait vahiné en langue locale). Les marins se tournèrent vers l'armurier Labarre, dont la figure était efféminée. Mais Aotourou désignait le domestique de Commerson, qui perdit contenance et vida la place ».Un autre événement de ce genre eut lieu quelques jours après, le 7 avril 1768 : « Notre botaniste se rend à terre pour herboriser, selon son habitude, et il est accompagné de son valet. Un groupe d'autochtones entoure alors le jeune domestique, se met à crier « ayenene ! Ayenene ! » (fille ! Fille!) et entreprend de le déshabiller. Il ne s'agit pas là d'une quelconque agression mais , d'un signe de bienvenue, d'une invitation à participer aux rituels locaux assez festifs. Il fallut l'intervention musclée de quelques marins pour que le domestique soit libéré(e) et ramené(e) au bateau. ?» La légende raconte que les Tahitiens ont immédiatement décelé la présence féminine à cause de leur odorat subtil et de l’hygiène très négligée à bord des navires. Probablement aussi parce qu’ils n'avaient pas d’à priori sur le langage social du vêtement chez les Européens. 

 

La vie mauricienne

 

Après avoir traversé le Pacifique, l’expédition était désespérément dépourvue de vivres. Après un bref arrêt de ravitaillement dans les Indes orientales néerlandaises, les navires ont fait un arrêt plus long à l’Isle-de-France (l’île Maurice), dans l’océan Indien, qui était alors un important comptoir français. Bougainville les y débarque. Commerson, constatant que son vieil ami le botaniste Pierre Poivre[1]  était gouverneur de l’île, décide de rester. Il est probable que Bougainville a activement encouragé cet arrangement qui lui permettait de se débarrasser du problème d’une femme présente illégalement à bord de son expédition. Le 8 novembre 1768, laissant Bougainville retourner en Europe, le duo Commerson-Baret s’installe avec les collections constituées au cours de l’expédition   à l'Isle-de-France. L'échec au niveau scientifique de l'expédition et la tragique destinée de Commerson résident dans cette décision : aucune publication scientifique n’aboutira. Poivre a pour objectif d'acclimater à Maurice des espèces tropicales de plantes à épices afin de concurrencer les comptoirs hollandais. Philibert, toujours avec l'aide de Jeanne, participera à la création du Jardin du roi. Ensemble ils poursuivent des études végétales, animales, volcanologiques et anthropologiques dans l'archipel des Mascareignes (Bourbon et Madagascar), malgré une misère financière toujours croissante. En effet,  après le départ de Poivre, fin 1771,  le nouvel intendant réduit tous les appointements. Commerson et ses compagnons doivent emménager dans une maison vétuste. Les caisses de récoltes y dégagent une puanteur incommodante et les scorpions y prolifèrent. Le 13 mars 1773, Commerson décède des suites d'une pleurésie dans un découragement moral et physique qui laisse sa compagne sans ressource.

 

Difficile retour.

 

A la mort de Commerson, Jeanne, désormais seule et sans ressources, décide d’ouvrir un cabaret à Port-Louis. A la fois débit de boisson et salle de spectacle, ces petits établissements peuvent aussi faire office d’auberge. A cette époque, on  estime qu’il en existe 125 dans toute la ville. En général, ce sont  des cases en bois, comme la plupart des établissements de la ville. Ils accueillaient les voyageurs de passages et les équipages. En 1774 Jeanne rencontre un officier de marine français, originaire du Périgord, Jean Dubernat, qu’elle épouse le 17 mai 1774 dans la cathédrale Saint-Louis. Le couple rentre alors en France. Ce retour marque la fin de la courte carrière de Jeanne Baret dans l’hôtellerie et la restauration et lui permet surtout de boucler son tour du monde. Jeanne ramène en France les récoltes botaniques de Commerson destinées au Jardin du roi, soit 30 caisses contenant quelques 5 000 espèces, dont 3 000 sont décrites comme nouvelles. Elle reçoit sa part de l’héritage de Commerson et le roi Louis XVI, qui reconnaît ses mérites comme aide-botaniste, la félicite pour sa bonne conduite, la désigne comme « femme extraordinaire » et lui verse une rente. À sa mort en 1807, elle est enterrée au cimetière de l’église de Saint-Aulaye, située sur la commune de Saint-Antoine-de-Breuilh en Dordogne.  Au cours du voyage, Commerson lui dédie un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia. Néanmoins, l'espèce changera, par la suite, de nom pour devenir Turraea floribunda. Le 26 avril 2018, le nom de monts Baret est donné officiellement à une chaîne de montagnes de Pluton. 

 

Pour en savoir plus :

 

Henriette Dussourd - Jeanne Baret (1740-1816) : première femme autour du monde-Moulins, Pottier, 1987.

Jean-Jacques Antier,- La prisonnière des mers du sud- Presses de la Cité, Paris, 2009.

Michèle Kahn - La Clandestine du voyage de Bougainville- Éditions Le Passage, 2014

 

https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1996_num_83_310_3399

 

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[1]Pierre Poivre, né le 23 août 1719 à Lyon (France) et mort le 6 janvier 1786 au château de la Freta, à Saint-Romain-au-Mont-d'Or, est un horticulteur, botaniste, agronome, missionnaire et administrateur colonial français du XVIIIème  siècle.


17/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 11.

Episode  11 : Un suspect sérieux ?

 

Avec les révélations du curé, les deux journalistes pensaient tenir une bonne piste. Il leur restait, toutefois, à identifier l’auteur des lettres de menace. La tâche était d’autant moins aisée, qu’ils se savaient sous la surveillance du commissaire. Aussi, avant de continuer l’enquête, ils décidèrent de jouer aux parfaits touristes. Ils espéraient que les flics allaient relâcher leur surveillance et  ainsi gagner un peu de liberté de mouvements. Ils passèrent deux jours à arpenter la Rome antique et moderne, allant du capitole à la chapelle Sixtine en passant par  Castel Sant'Angelo. Emile était ravi, d’autant qu’ils ne privèrent pas de quelques arrêts dans les trattorias qui servaient des antipasti à volonté. Au soir, du deuxième jour, ils avaient les jambes lourdes et les pieds douloureux. Ils s’apprêtaient à se mettre à table chez la Mamma, devant un somptueux plat de Puntarelle[1], lorsque le curé fit son apparition. Il semblait prendre goût à la cuisine de la Mamma. 

            - Monsieur le curé, ravis de vous revoir ! Vous avez des choses à vous faire pardonner pour venir nous voir aussi souvent ? Pourtant, la police n’a pas une grande considération pour nous !

            - Je crois que j’ai quelque chose qui pourrait vous aider. 

            - Mais, monsieur le Curé, que n’allez-vous à la police ?

            - Je ne veux pas voir salir la mémoire de monsieur Verduni, je croyais vous l’avoir déjà dit. 

Giovanni n’insista pas. 

            - Nous vous écoutons, monsieur le Curé.

            - Je pense avoir identifié, l’auteur des menaces sur monsieur Verduni.

L’attention des deux journalistes redoubla.

            - Je me suis rendu, dans la maison où monsieur Verduni a brutalisé cette pauvre fille, en tout bien tout honneur.

            - Nous ne pensions pas autre chose, monsieur le curé. 

            - J’ai réussi à rencontrer cette pauvre fille. Je dois dire que j’ai été surpris quand elle m’a raconté les violences qu’elle a subies de la part de monsieur Verduni.

            - Bien des hommes ont une face cachée, monsieur le curé. 

Le prêtre se garda bien de répondre.

            - La fille m’a bien confirmé que son frère avait eu l’intention de la venger. Elle a reconnu son écriture sur la lettre que je lui ai montrée. Mais, elle m’a affirmé qu’elle l’avait découragé

            - Vous étiez donc en sa possession, encore un mensonge, monsieur le curé.

            - J’ai péché par omission. Monsieur Verduni me l’avait confiée pour la mettre en lieu sûr.  Le frère en question est commis aux écritures chez un notaire de la via Cremona.

            - Et vous êtes allé lui rendre visite !

            - Non, j’ai pensé que vous seriez mieux à même de lui poser des questions.

            - Bref vous vous occupez de la compassion pour les victimes et vous nous laissez traiter avec les suspects. 

Emile se glissa dans la conversation. 

            - D’après vous, est-ce que la fille était sincère ?

            - Il m’a semblé. Vous pouvez nous montrer la lettre de menace en question.

Le curé s’exécuta. Le billet se limitait à une lettre.

«  Espèce de salopard de bourgeois, tu éprouveras les souffrances du fouet et du couteau.  »

En se remémorant la vue du cadavre de Verduni, les deux journalistes convinrent qu’il n’était pas impossible que le frère ait mis en œuvre ses menaces. Giovanni conclut.

            - Vous avez bien travaillé, monsieur le curé. Mais, je ne vois pas comment, nous allons pouvoir cacher cette information à la police si le frère nous apparaît comme un suspect sérieux. 

Le curé haussa les épaules en signe de désappointement. 

            - J’espère que non, je préférais que le vagabond soit coupable.

            - Comme çà, la réputation de votre cher monsieur Verduni serait épargnée !

 

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[1]Endives servies avec une sauce à l’ail et aux anchois


15/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 10.

Episode  10 : Quelques vérités sur Verduni.

 

Le curé passa une nouvelle nuit chez la Mamma. Emile et Giovanni avaient prolongé un peu la soirée.

            - Giovanni, à ton avis qui pourrait nous renseigner sur les fréquentations nocturnes de Verduni ?

            - Tu pensais que le crime relevait plutôt du rituel que de la vengeance ou de la crapulerie.

            - C’est vrai que c’est ma première intuition. Cependant, on ne peut pas fermer toutes les portes sans regarder ce qu’il y a derrière. On ne peut pas, non plus, exclure qu’on veuille nous faire croire qu’il s’agit d’un crime rituel. 

            - Une sorte d’habillage en somme, mais je te rappelle que pour l’instant nous avons un clodo avec le portefeuille du mort et un fils au trois-quarts timbré. 

            - Il nous faut du plus solide.

            - Tu as raison, Emile, mais n’oublie pas que nous avons le commissaire sur le dos et qu’il ne me fera pas de cadeau.

            - Je pense aussi que le curé en sait plus qu’il n’en dit. Demain matin, au petit déjeuner, on va l’entreprendre. Car, je ne comprends toujours pas pourquoi il est venu nous trouver.

Si le prêtre était un lève-tôt, Giovanni aimait trainer au lit. Aussi, il était près de neuf heures quand les trois hommes se retrouvèrent autour des bols de café fumant et des cornettos. Le curé avalait la dernière bouchée lorsque le journaliste lança la discussion.

            - Monsieur le curé, sans vous faire offense, je crois que vous nous cachez des choses.

            - Mais, je ne vois pas, monsieur Giovanni. Concernant, monsieur Verduni, je vous ai tout dit.

            - Non, monsieur le curé. Est-ce que monsieur Verduni avait des sympathies pour les chemises noires ?

            - Je peux vous assurer que non. Il les considérait comme des mécréants. C’était, d’ailleurs, un sujet de dispute supplémentaire avec son fils, qui ne cachait pas qu’il attendait leur arrivée. Monsieur Verduni était profondément respectueux de l’église.

Giovanni faillit ajouter qu’il prenait, quand même ses aises avec les recommandations de la religion. Cependant, il s’abstint, le curé aurait pu se murer dans le silence. Emile prit le relais.

            - Monsieur le curé, notre homme multipliait les aventures galantes. Pensez-vous qu’un père ou un mari jaloux ait pu vouloir se venger ?

            - Chaque fois qu’il a commis des fautes, il les a réparées.

            - En monnaie sonnante et trébuchante, mais l’argent ne lave pas l’honneur. 

            - C’est vrai qu’il m’a confié avoir reçu des lettres de menace.

            - Il y a longtemps ?

            - Six mois environ. 

            - Je croyais que vous ne l’aviez pas revu depuis quatre ou cinq ans. C’est un péché de mentir, monsieur le curé.

            - Je pensais que ce n’était pas important.

            - Vous venez nous demander de découvrir l’assassin, vous nous mentez et vous nous cachez des suspects potentiels. Que doit-on croire, monsieur le curé ?

            - Vraiment, je m’excuse. 

            - N’en parlons plus. De qui émanaient ces menaces ?

Le curé marqua une longue pause. Il cherchait ses mots probablement pour épargner le plus possible Verduni père.

            - Ce n’était pas un personnage très reluisant. 

            - Nous nous en doutons, mais encore.

            - C’était le tenancier d’une maison de rendez-vous, où monsieur Verduni se rendait de temps en temps, sans penser à mal. 

Emile se mêla de la conversation. 

            - Jusqu’à présent ce n’est pas un crime. J’imagine que les Romains ne sont pas plus vertueux que les Parisiens. 

            - Sauf que monsieur Verduni s’est laissé imprudemment emporté par ses instincts. Il a brutalisé une des filles. 

            - Bien sûr, le tenancier a menacé de porter plainte. 

            - S’il n’y avait eu que cela, monsieur Verduni aurait réglé l’affaire avec quelques milliers de lires. 

Le curé hésita encore. 

            - Terminez votre confession, monsieur le Curé.

            - La fille a été sérieusement défigurée et son frère s’est mis en tête de la venger. Il a menacé monsieur Verduni de lui faire subir le même sort. 

 

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09/05/2018
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Henri Duveyrier : Aux portes du désert.

 

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Singulier destin que celui d'Henri Duveyrier ! Ce voyageur et géographe distingué dans l'ordre de la Légion d'honneur à 21 ans, connaît la gloire puis la critique et la mise à l'écart. Incompris des politiques, injustement oublié, il sombre dans la mélancolie et finit par se tirer une balle dans la tête à 52 ans. Son geste inexpliqué suscite encore de nombreuses interrogations.

 

La tentation du désert.

 

Henri Duveyrier naît à Paris, rue de la Chaussée d'Antin, le 28 février 1840. Son père, Charles-Constant-Honoré Duveyrier (1803-1866) est un homme de lettres, auteur d'œuvres politiques et de pièces de théâtre, qui fréquente assidûment les saint-simoniens (voir encadré). Il est un proche de Prosper Enfantin, le père spirituel du mouvement, qu'il avait accompagné dans la communauté́ fondée à Ménilmontant en 1828. C'est au Père Enfantin que Charles Duveyrier écrit à l'occasion de la naissance de son premier enfant, «Le moutard se nomme Henry, tout court. J'ai expérimenté́ tous les inconvénients de la pluralité́ des noms de baptême. J'ai laissé la maman lui choisir un nom à condition qu'il n'en aurait qu'un. Ce nom me rappellera Henry IV ». Sa mère, Ellen-Clare, née Denie, est anglaise, ce qui explique peut-être l'orthographe du prénom de son fils que l'on verra indifféremment écrit Henri ou Henry, et ce, par l'intéressé lui-même. Son époux la décrit comme « une petite femme délicate, anglaise et très pieuse catholique ». Malheureusement Ellen Duveyrier décède prématurément de la tuberculose, à Passy (Hauts-de-Seine), le 4 juin 1854, laissant son mari seul avec leurs trois enfants, Henri, l'ainé, alors âgé de quatorze ans, Pierre, son cadet de trois ans, et Marie, née en 1849.

Trois mois après la mort de son épouse, Charles Duveyrier décide d'envoyer son fils ainé poursuivre ses études en Allemagne. Il ne possède pas beaucoup de fortune et souhaite voir son enfant trouver au plus vite une situation. Il lui choisit un collège en Bavière, à Lautrach, où Henri séjourne une année au cours de laquelle il apprend l'allemand et effectue, semble-t-il, ses premières observations scientifiques. La linguistique le passionne également et l'année suivante, ayant quitté Lautrach pour l'école de commerce de Leipzig, il s'initie à l'arabe avec le Dr Pfleisher, professeur à l'université. De retour à Paris, il songe sérieusement à un premier voyage d'exploration et se perfectionne en minéralogie, botanique et zoologie. Âgé seulement de 17 ans, Henri Duveyrier part de Marseille le 23 février 1857, et arrive à Alger le 26. Il y rencontre Oscar Mac Carthy qui, inquiet de son jeune âge et de sa méconnaissance du pays, s'abstient dans un premier temps de lui donner le moindre encouragement. A Boghar, alors à la limite des zones sud d'accès au Sahara, le général Castre adopte la même attitude et lui refuse des montures. Avec un retard consécutif à cet arrêt forcé à Boghar, Henri Duveyrier poursuit cependant sa route en compagnie d'Oscar Mac Carthy. Ce dernier, intéressé par l'entreprise du jeune homme, accepte finalement de l'accompagner. Henri Duveyrier et le célèbre géographe arrivent à Laghouat le 24 mars 1857, après un arrêt au tombeau du marabout de Sidi-Makhlouf. Face à cette manifestation de l'Islam, Henri Duveyrier ressent sa première émotion religieuse. Bien que situé à 400 kilomètres au sud d'Alger, Laghouat n'était alors occupé que depuis cinq ans par la France. Il y est séduit par l'oasis, son silence, ses palmiers superbes protégeant des arbres fruitiers et une luxuriante végétation. Sa rencontre avec un Targui nommé Mohammed-Ahmed lui fait grande impression. Ce nomade a une voix douce et lui promet que, dès son retour à Ghât, il lui enverra un livre en " tifinar ",la langue des Touareg. En remerciement, Henri Duveyrier lui offre ses pistolets et sa poire à poudre. Selon son " Journal d'un voyage dans la Province d'Alger "(février, mars, avril 1857), ce don avait été précédé par celui d'une carabine par le commandant Margueritte lui même. Devant ces présents, le nomade veut offrir son chameau. Le commandant supérieur du cercle de Laghouat ainsi que son hôte ont beaucoup de mal à l'en dissuader. Promesse est faite qu'un jour il ira le voir. C'est peut-être à Laghouat qu'Henri Duveyrier découvre pour la première fois ces " bons Touareg ".A son retour en métropole et alors qu'il est déjà membre de la Société Orientale de Berlin, Duveyrier fait en allemand une communication sur les Beni-Menasser, les Zaouaoua, les Mzabites et les Touareg Azdjer et leurs dialectes, communication que cette société allemande jugea digne d'être insérée en 1858 dans son recueil.

 

L’explorateur du pays Touareg. 

 

Puissamment soutenu et encouragé par des personnalités comme Heinrich Barth, le docteur Fleischer et avec l'aide financière de François-Barthélemy Arlès-Dufour, son père donne son accord à ses projets d'exploration du Touat du Hoggar et du Tchad. Une seule condition reste posée par Charles Duveyrier. Celle d'une préparation extrêmement minutieuse de son voyage. Henri Duveyrier s'entoure alors des conseils d'éminentes personnalités du monde scientifique, comme Lambert-Bey, Yvon Villarceau et Renou pour les méthodes d'observations météorologiques et le maniement des instruments de relevé des coordonnées. Pour la minéralogie et la géologie il recourt à Dufrénoy, Hugard, Hérincq et Duméril. Quant à Ernest Renan et Léon Rénier, ils font de lui un linguiste et un ethnographe. Enfin, Caussin de Perceval, Raynaud et le docteur Perron parachèvent l'enseignement du docteur Fleischer; Henri Duveyrier devient un parfait arabisant. Irrésistiblement attiré vers le continent africain, le jeune voyageur est étonnamment conscient des difficultés et des dangers qui l'attendent. Il s'y expose à nouveau avec comme seul objectif celui d'apporter sa modeste contribution au service de la France et de la science. En mai 1859, Henri Duveyrier traverse une nouvelle fois la Méditerranée, mais cette fois-ci, c'est seul qu'il tente l'aventure. Il séjourne d'abord dans la vallée du Mzab, à El-Guerara, Ghardaïa, Metlili (Algérie), s'enfonce dans le désert jusqu'à El-Goléa, puis revient par Ouargla, Touggourt, Biskra (Algérie) et Gabès (Tunisie). Au printemps 1860, il apprend que le ministre du Commerce lui attribue une subvention pour poursuivre son exploration. Il reçoit des instructions en conséquence, ainsi que du matériel pour mener à bien ses observations scientifiques et voyager plus confortablement. Henri Duveyrier retourne alors à Touggourt pour se diriger plus avant dans le désert, au sud-est, en direction de Ghadamès (Libye). Là, il apprend le tamahaq et s'initie à l'écriture tifinagh. C'est également à Ghadamès qu'il rencontre Ikhenoukhen, le chef de la confédération des Touaregs Ajjer qui l'accompagnera dans la suite de son périple et qui, d'ailleurs, lui sauvera la vie un peu plus tard. Henri Duveyrier quitte Ghadamès pour rejoindre Ghat (Libye), avant de se rendre à Mourzouk (Libye) pour enfin gagner Tripoli en octobre 1861. Il vient de passer deux ans et demi chez les Touaregs, et devient ainsi le premier Européen à pouvoir se prévaloir de les connaitre. De Tripoli, il se rend à Alger où il tombe très gravement malade. Son père vient à son chevet. Soigné par le docteur Warnier, il revient doucement à la vie. En janvier 1862, il est fait chevalier de la Légion d'honneur, il n'a pas vingt deux ans. Récompense ultime, il est chargé par le gouvernement d'accompagner à Paris le chef touareg qu'il connait bien, le Cheikh Othman, hôte de la France.

 

Les suites du voyage. 

 

À Alger, son « mentor systématique et autoritaire parfois»,le saint-simonien Auguste Warnier, spécialiste du monde « indigène »,s’empare de ses notes et commence à rédiger à sa place le rapport demandé par le gouvernement de l’Algérie. Ce rapport sera publié en 1864 sous le titre « Les Touaregs du Nord ». Il est difficile, aujourd'hui encore, de discerner ce qui, dans ce livre, vient de Duveyrier et ce qui vient de Warnier, qui souhaitait que la mission soit plus politique et commerciale et moins scientifique, mais il semble que l’apport de ce dernier concerne seulement le plan et la rédaction et non le fond, qui appartient à Duveyrier. Mais l'achèvement de l'ouvrage donna certainement lieu à des affrontements assez vifs, Duveyrier ayant confié à son père, le 10 février 1862, qu'il avait été vexé de voir Warnier mettre ses notes en forme. Son livre aura donc été le produit d’une entreprise qui garderait pour lui le goût de l’inachevé.« Les Touareg du Nord »devait être suivi d’un autre ouvrage sur le commerce saharien, qu'il n'écrivit pas, et d'un voyage au Soudan, qu’il ne fit pas. Mais les lenteurs, les obstacles invaincus, l’hostilité des gens du Touat et de Ghat l'auront contraint à rester, sept mois durant, l’« observateur stationné »des Touaregs Ajjers. Cet objectif-là, il l’a réalisé, et le reste aujourd'hui n'a plus tellement d’importance. Sa vie de pionnier, d'errant solitaire, d'ouvreur de routes, de découvreur de régions comme celle de l'Erg Isaouën où se trouve le plateau rocheux de l'Eg'eleh est désormais terminée. C'est lui, Henri Duveyrier qui a donné à ce massif le nom du point le plus remarquable de la région. Le site d'Eg'eleh ou Eguelé et plus tard d'Edjeleh est situé dans un ensemble montagneux dont la couleur noire tranche sur les teintes claires de l'Erg, pour lui faire mériter son nom qui signifie, scarabée en Tamacheq[1].  Les notables Touareg comme Ikhenoukhen et Sidi Ahmed El Bakkai reconnaissaient " qu'il est meilleur que les musulmans", alors qu'il n'avait jamais abjuré sa religion. 

 

Une triste fin. 

 

Entre 1874 et 1881 surviennent des évènements tragiques qui attristent profondément Henri Duveyrier. Les explorateurs Dournaux-Duperré, Joubert, des Pères Blancs, le colonel Flatters et les membres de la colonne qu'il dirigeait sont assassinés dans le Sahara. Ces différents crimes sont portés au crédit des Touaregs ; Henri Duveyrier rappelle qu'il a mis en garde tous les voyageurs qui sont venus lui demander conseil et appui. Il voit dans ces assassinats le résultat des agissements malfaisants de la confrérie religieuse musulmane As-sanûsiyya et il concentre bientôt tous ses travaux à l'étude de cette confrérie. En 1883, Henri Duveyrier se rend à Tripoli pour préparer une nouvelle expédition qui pourrait avoir un caractère militaire ou, tout du moins, préparer la pacification du Sahara central. Cette expédition n'aura pas lieu et il doit attendre deux années pour retourner en Afrique du Nord. Il rejoint son ami le consul Féraud qui doit accompagner le sultan du Maroc de Tanger à Meknès (Maroc). En 1886, fort d'une subvention obtenue du ministre de l'Instruction publique, il gagne le Maroc dans le but de pénétrer et d'explorer le Rif, contrée encore inconnue des occidentaux. Sa mission est un demi-succès mais la prudence lui avait commandé de ne pas poursuivre. Il rentre à Paris insatisfait mais vivant et peut recevoir l'hommage mérité́ que lui rendent ses pairs. Cette mission constitue son dernier contact avec l'Afrique car, malgré́ tous ses efforts, il ne réussira pas à monter une nouvelle expédition.

Le 25 avril 1892, Henri Duveyrier s'éloigne de sa maison de Sèvres (Hauts-de-Seine), il s'assied au pied d'un arbre et se tire une balle de revolver dans la tête. Il meurt célibataire, sans héritier.

 

 

Pour aller un peu plus loin :

 

Dominique Casajus -  Henri Duveyrier : un saint-simonien au désert-Paris, Ibis Press, 2007.

 

Philippe Valode - Les grands explorateurs français de Jacques Cartier à nos jours-L’Archipel, 2008. 

 

René Pottier -  Un prince saharien méconnu : Henri Duveyrier-  Paris, 1938

 


 

Le saint-simonisme est un mouvement de pensée et d'action qui répand et enrichit la doctrine de Saint-Simon. Mouvement socialiste : les contemporains l'ont jugé tel ; le gouvernement de Louis-Philippe l'a poursuivi ; effectivement il met en cause la répartition et la transmission des richesses, l'héritage et la propriété ; il propose une nouvelle équipe de gouvernement et une nouvelle religion. Toutefois le saint-simonisme n'est pas un socialisme égalitaire : il modifie les hiérarchies, les fonde sur d'autres critères, mais se garde de les abolir. Très vite il s'adapte au siècle, il s'assagit et rejette ou met en sommeil, les plus audacieuses de ses conceptions politiques et religieuses ; les saint-simoniens jouent un rôle dans l'économie et le journalisme ; le mouvement perd de sa cohésion et de sa hardiesse initiale, mais conserve une efficacité certaine. Mieux : de bons esprits sont persuadés que dans le monde occidental actuel, dans la société de consommation, les idées saint-simoniennes restent les plus fécondes des conceptions apparues dans la première moitié du XIXe siècle.

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[1]Le touareg ou tamasheq est un groupe de variantes berbères - le tamasheq, le tamahaq et le tamajaq (ou tamajaght), parlées par les Touareg.


05/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 9

La nouvelle de l’arrestation d’un vagabond, porteur du portefeuille de Verduni, semblait clore l’affaire. Cependant, elle ne pouvait satisfaire les journalistes attablés autour des choppes de « Helles diabolo ». Giovanni s’en émut le premier.

            - Ca ne prouve rien. Si vous voulez mon avis, c’est une manipulation. Il leur fallait un coupable et ils ont attrapé un pauvre type pour lui faire porter le chapeau.

            - Une histoire de crime crapuleux ne cadre pas bien avec la mise en scène du cadavre dans l’église Saint-Louis-des-Français, ajouta Emile. Mais, il n’est pas impossible que ce pauvre type ait ramassé le portefeuille quelque part. 

            - Vous ne savez pas comment, il a été arrêté ?

            - D’après mon informateur, il s’est bagarré dans une trattoria. Il était ivre. Le patron a appelé les agents et ils ont trouvé, sur lui, un paquet de lires et le portefeuille de Verduni. 

            - Donc, il y a bien des chances pour qu’il ait trouvé ce portefeuille quand l’assassin s’en est débarrassé, conclut Laplume. 

Giovanni ajouta.

            - C’est du pain béni pour le commissaire, une affaire résolue en moins de deux jours. Je prends les paris que demain certains journaux vont se battre pour lui tresser des louanges. 

 C’est sur ce constat désabusé que le groupe s’égaya. Giovanni et Laplume continuèrent leur conversation.

            - Je crois qu’on a plus qu’à baisser les bras, dit Giovanni. On va continuer tranquillement notre visite de Rome. 

            - C’est ce qu’on peut faire croire à notre facho de commissaire et essayer de continuer à enquêter.

            - Tu ne renonces jamais, Emile. Mais là, je te rappelle qu’on a affaire à des gens sans scrupule. En France, tu as des protections, ici, moi je n’ai rien. Ils peuvent s’en prendre à ma mère quand bon leur semblera. 

Emile n’avait pas pris totalement conscience de la situation italienne. En France, il avait eu droit aux lazzis et aux insultes lors de l’affaire Dreyfus, mais il n’avait jamais craint pour sa vie. Là, il sentait bien que son ami Giovanni redoutait le pire.

            - Tu as raison, Giovanni. On ne va pas risquer de mettre ta mère en danger. On va continuer tranquillement à visiter Rome et ne plus nous occuper de l’affaire. Après tout, on a l’informateur de ton copain dans la place et je pense que le curé est de notre côté. 

Les deux hommes continuèrent leur route en salivant à l’avance sur la spécialité qu’avait due préparer la Mamma. Celle-ci n’était pas seule. Attablé dans la cuisine devant un verre de Limoncello, le curé bavardait avec la Mamma.

            - Tiens, monsieur le curé, on ne s’attendait pas à vous revoir aussi vite. Le commissaire vous a  relâché ?

            - Il n’avait pas de raison pour me garder.

            - Certes, mais vous êtes le principal témoin. Mais, que nous vaut votre visite ?

            - J’ai pensé que vous aimeriez savoir ce qui s’est passé après votre départ. 

            - Cela ne serait pas pour nous déplaire. Nous vous écoutons. 

            - Après votre départ, Alfredo s’est un peu calmé, bien qu’il ait continué à boire plus que de raison. 

            - Est-ce que le commissaire l’a interrogé sur son emploi du temps ?

            - Pas du tout.

            - Donc, il le considère, par avance comme innocent.

            - Alfredo a confié qu’il avait vu son père, pour la dernière fois, il y a deux semaines environ et que la rencontre s’était mal passée. 

            - Ils se sont disputés ?

            - Assez violemment, au sujet de madame Verduni. Le fils a continué d’accuser son père d’être responsable de la folie de sa mère. 

            - Vous y croyez monsieur le curé ?

Le prêtre se montra dubitatif.

            - Je ne peux pas prétendre que monsieur Verduni père était un saint. Mais est-ce que cela suffit à expliquer la maladie de madame Verduni ? Je n’en sais rien. 

Laplume intervint.

            - Que savez-vous des fréquentations de Verduni fils ?

            - Pas grand-chose, monsieur Laplume, mais la faune nocturne romaine n’est sûrement pas meilleure que celle de Paris.

            - Où veux-tu en venir, Emile ?

            - Quand on a de l’argent, on peut acheter des amis n’importe où. 

 

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02/05/2018
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