Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Feuilleton


Meurtres en clair-obscur : Episode 29.

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Episode  29 : Et si le curé ?

Laplume ressortit de sa conversation avec le toubib, plus que dubitatif. De plus en plus, le mari faisait figure de suspect crédible. Cependant, plusieurs  zones d’ombre subsistaient. Par exemple, où aurait-il trouvé l’argent pour soudoyer le gardien du Louvre ? Comme, il se rendait rue Beccaria pour rendre visite à Giovanni et à la Mamma, une idée fit son chemin. Si le mari n’avait pu concevoir et exécuter seul le meurtre de sa femme, son état mental se prêtant aisément à la manipulation, il aurait pu être l’instrument de quelqu’un. Le nœud, qui manquait, était l’homme qui avait soudoyé le gardien. Sans lui, le meurtre avait de bonnes chances de rester inexpliqué. Giovanni n’avait pas fait grand chose de sa première journée d’exilé. Il s’était contenté d’accompagner la Mamma au marché d’Aligre, où ils avaient pu se procurer de quoi préparer des saltimboccas, même si la Mamma n’était pas complètement satisfaite de la coupe des escalopes. Tandis qu’elle s’affairait à leur préparation, Giovanni et Emile s’attaquèrent à une bouteille de Muscadet. Laplume fit part rapidement à son compère de ses découvertes, puis il ajouta :

            - Depuis quelques jours, je m’interroge sur la personnalité de notre curé. On n’a peut-être pas assez fouillé sa vie. 

            - La situation ne nous permettait pas d’enquêter à notre guise. Tu le soupçonnes de quoi ?

            - Oh, pour l’instant de rien, d’autant que c’est lui qui est venu vers nous. 

            - Oui, ça aurait plutôt tendance à l’innocenter. 

            - Sauf si, il nous a contactés dans l’espoir d’orienter nos investigations. 

            - Sois plus clair Emile, j’ai un peu de mal à te suivre.

            - Imaginons que le curé soit, d’une manière qui nous échappe encore, lié au meurtre de Verduni. Il nous tombe dessus à la sortie de l’église. Peut-être, te reconnaît-il ! Il se dit alors que tu vas fouiller et le que le meilleur moyen de se mettre les pieds aux secs, c’est de nous envoyer sur d’autres pistes. 

            - Tu spécules beaucoup, Emile. Mais, tu crois que le curé aurait transporté lui-même le cadavre ?

            - Pas nécessairement, il était peut-être là en simple superviseur. 

            - Ton hypothèse est bien tortueuse !

            - Je l’admets, mais ces deux crimes me semblent obéir à des mobiles assez peu ordinaires. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous sommes face à des victimes sacrificielles. On les a tuées au nom de quelque chose. 

            - Ici, je suis impuissant à t’aider. Cependant, je suis parti en emportant la liste des mes amis romains. Si leur sécurité n’est pas menacée, je suis sûr qu’ils feront l’impossible pour éclaircir cette affaire. 

            - Merci Giovanni, je ne ferai rien qui puisse les compromettre. 

En silence, les deux hommes dégustèrent leurs saltimboccas. Emile promit de prendre le temps d’emmener le lendemain, la Mamma à la tour Eiffel. Il était près de vingt-trois heures, lorsqu’il poussa la porte de son appartement. Sous celle-ci, était glissée une enveloppe marron à son nom. Il constata, avec plaisir, que le légiste ne l’avait pas oublié :

 

Cher Monsieur Laplume,

            Vous m’avez demandé de vérifier avec mes collègues italiens si les résultats de l’autopsie du corps, découvert à Saint-Louis-des-Français, présentaient des similitudes avec celui de Ginette Lacroix, découvert à l’intérieur du Louvre. Bien qu’il soit toujours difficile d’avoir des certitudes, car chaque cas est unique, il est cependant possible d’observer des ressemblances. D’après les observations transmises par mes collègues italiens, il semble bien que ces deux crimes soient comparables. Les deux victimes ont été exécutées par un objet, genre poignard arrondi. L’individu, qui le manipulait, était d’une adresse diabolique, un seul coup a suffi à trancher le cou des victimes. Si elles avaient été tuées dans la même ville, je dirais qu’il s’agit du même assassin.

Bien Cordialement. 

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Meurtres en clair-obscur


13/11/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 28.

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Episode  28 : Les visions du mari. 

 

La découverte du commissaire Genet était loin d’être mineure. Cependant, il restait à démontrer que le gardien de nuit connaissait le mari de Ginette et jusqu’à présent, aucun témoin n’affirmait les avoir vus ensemble et tous deux allaient sûrement nier s’être rencontrés. 

            - Bien joué, commissaire ! Voilà qui charge un peu plus la barque du mari. Il n’empêche que je suis d’autres pistes. 

            - Vous êtes toujours à la recherche de votre « internationale  des égorgeurs » ?

            - Oui, figurez-vous que je pense avoir découvert un troisième crime identique, à Amsterdam. 

            - Vous vous préparez à aller voir les canaux et les digues, monsieur Laplume ? 

            - Pas d’emballement, commissaire ! Toutefois, vous conviendrez que ces crimes nécessitent une organisation hors du commun !

            - Pas faux, monsieur Laplume ! Que me suggérez-vous ?

            - Continuez d’enquêter de manière classique, commissaire. Cela nous permet d’éliminer des pistes. 

            - Monsieur Laplume, je me demandais si vous accepteriez d’aller discuter du mari de Ginette avec un médecin de la Salpêtrière. Avec vous, il sera plus bavard qu’avec moi !

            - Avec plaisir, commissaire. 

Sans plus attendre, Laplume prit la direction de la Seine, par le boulevard de l’Hôpital. Après une demi-heure de marche, il se trouva au pied de l’imposant bâtiment, mieux gardé que l’Elysée. Il avait une idée très précise de l’homme qu’il venait voir. Il s’agissait du professeur Guillain, qu’il avait maintes fois croisé au Palais de Justice. Après quelques discussions, il trouva un infirmier complaisant qui le conduisit vers le bureau du professeur. 

            - Monsieur Laplume, j’hésite à vous demander quel bon vent ! Car je suppose qu’il s’agit d’une affaire criminelle. 

            - Vous avez raison, professeur, il s’agit même d’une affaire assez sordide. 

            - Je vous écoute, monsieur Laplume. 

            - Il s’agit du crime du Louvre.

            - Ah oui, l’histoire de cette fille qu’on a retrouvé vidée de son sang dans une galerie du musée.

            - Oui et c’est à son mari que je m’intéresse. Il se trouve qu’il a été enfermé durant deux ans ici.

            - Rappelez moi, son nom.

            - Lacroix.

            - Ah oui, cela me dit quelque chose. C’était plutôt un pauvre type.

            - Qui avait quand même essayé de poignarder une passante. De quelle maladie souffrait-il ?

            - Je pense qu’il s’agissait d’une forme de schizophrénie, doublée de crises hallucinatoires.

            - C’est-à-dire ?

            - Quand on lui a demandé pourquoi il s’en était pris à cette personne, il nous a dit qu’il avait reçu des ordres. 

            - Du genre.

            - D’après lui, il contemplait une image du Christ quand il aurait entendu Saint-Paul lui commander de supprimer un être maléfique afin de gagner son paradis. 

            - Comment l’avez-vous soigné ?

            - On ne dispose pas d’un grand arsenal de moyens pour ce genre de maladie. On l’a attaché pendant quelque temps pour éviter qu’il ne s’en prenne aux autres malades. Puis, petit-à-petit, il est devenu doux comme un agneau. Nous l’avons installé dans une salle commune. Il est vrai qu’il était renfermé, mais c’est souvent le cas des schizophrènes. 

            - Et vous avez pris la décision de le libérer.

            - Oui, il ne présentait plus de symptômes dangereux. Nous n’avions aucune raison de le garder. 

            - Je comprends, mais pensez-vous qu’il ait pu rechuter ?

            - Tout est possible, monsieur Laplume. 

            - En apparence, tout semblait bien aller. Il s’était marié.

            - Et vous le soupçonnez d’être l’auteur du meurtre !

            - Disons que c’est une hypothèse parmi d’autres. Il paraît qu’il serait impuissant, pensez-vous que cela expliquerait cet accès de folie.

            - Voilà quelque chose que j’ignorais et qui renforce singulièrement les soupçons. Dans son esprit troublé, la femme qu’il ne peut posséder pourrait devenir un être maléfique. 

 

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06/11/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 27.

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Episode  27 : Pas clair le mari de Ginette

 

Basile s’avéra incapable de dire où s’évaporait l’argent collecté par Verduni. Laplume essaya de lui tirer un peu plus les vers du nez. Mais, l’homme était retord.  On ne survit pas dans ce milieu, où la vie d’homme ne pèse pas plus que celle d’une mouche, sans se parer d’une solide cuirasse.  

            - Monsieur Verduni semblait être un véritable pervers avec les femmes.

Basile soupira. 

            - Vous voulez dire que c’était un véritable fou. Sa mort n’est que le reflet de sa vie. Ne cherchez pas plus loin monsieur Laplume, il s’agit de la vengeance d’un frère, d’un père ou d’un mari. 

            - Je reconnais que ce ne sont pas les suspects qui manquent. Mais, la mise en scène et surtout un crime quasi similaire à Paris et peut-être un autre à Amsterdam, nous poussent à l’explorer d’autres voies.

Clémenceau intervint.

            - Il faut que je t’explique Basile. Mon ami Emile déteste la simplicité et les évidences. Il ne peut pas s’empêcher d’aller regarder de l’autre côté du miroir et je dois dire qu’il a, le plus souvent raison. 

Laplume reprit la parole. 

            - Il est difficile de croire que ces crimes sont l’œuvre d’un individu isolé. Car, il faut mettre en place une véritable organisation, pour déposer le cadavre dans des lieux insolites. A Paris, on sait déjà qu’un gardien du Louvre a été soudoyé. Si on pousse le raisonnement un peu plus, ces crimes pourraient être l’œuvre d’une organisation qui a de puissants moyens. 

            - Je te vois venir Emile, tu penses que Verduni pouvait être un financeur. 

            - Oui, il était peut-être contraint, ce ne sont pas les moyens de chantage qui manquaient.

Basile répondit.

            - Je vous suis messieurs, mais il y a quand même une objection majeure. S’il était une vache à lait, pourquoi s’en débarrasser ?

L’objection était de taille, on tue rarement la poule aux œufs d’or. Le repas se termina sur une rafale de vieux cognac. Les trois hommes se séparèrent, non sans que Clémenceau croie bon d’ajouter. 

            - N’oublie pas de me tenir au courant, Emile. Je n’aime pas découvrir les résultats de tes exploits dans les journaux. 

N’ayant rien d’autre à entreprendre, Emile décida d’aller rendre visite au commissaire Genet. 

            - Bonjour monsieur Laplume, vous arrivez à point nommé. J’ai du nouveau.

            - Moi aussi, un peu, mais je vous écoute, commissaire. 

            - On s’est intéressé d’un peu plus près au mari de la victime. 

            - Ce n’est pas l’homme que vous pensiez ?

            - Je ne prétends pas qu’il nous ait caché des choses graves, mais quand même. Il a été enfermé à la Salpêtrière[1]pendant deux  ans. 

            - Pour quelle raison ?

            - C’est là que ca se gâte un peu pour lui. Il avait été arrêté fin 1918, pas loin de Montparnasse, errant dans la rue un couteau à la main. 

            - Il n’avait pas commis d’agression.

            - Si, c’est même pour çà qu’il a été arrêté. Il a tenté de poignarder une femme dans la rue. Il a saisi la victime par derrière, elle s’est débattue. Des passants se sont interposés. Ils ont réussi à le maitriser en attendant les gardiens de la paix. 

            - Il a été jugé ?

            - Non, car il était totalement hagard, incapable d’expliquer son geste. Il a dit ne pas se souvenir comment il était arrivé dans la rue avec ce couteau !

            - Il était ivre.

            - D’après les rapports de l’époque, même pas. Les médecins l’ont déclaré fou. Il a été enfermé pendant deux ans. Puis, comme il n’a pas eu d’autre crise, on l’a laissé sortir. 

            - Votre liste de suspects s’allonge, commissaire. 

            - C’est vrai, monsieur Laplume. Mais, le mari fait figure de favori.

            - Tout le monde dans sa vie peut dérailler, sans, pour autant, devenir un assassin.

            - Il y a un deuxième élément, monsieur Laplume. Le mari fréquentait le même bistrot que le gardien du Louvre. 

 

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[1]Etablissement parisien recueillant les aliénés.


30/10/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 26.

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Episode  26 : Arrangement entre marchands d’armes 

 

Le lendemain, Laplume laissa Giovanni tranquille. Ils avaient besoin de quelques temps pour trouver leurs repères. Il fila au « Petit Parisien » pour retrouver l’article concernant le crime du Rijksmuseum d’Amsterdam. En fait d’article, il s’agissait d’un encadré soulignant simplement que l’enquête ne serait pas simple puisque le crime n’avait pas  eu lieu à cet endroit. L’affaire remontait à un an et demi. Emile resta perplexe un bon moment. Puis, il se mit à la recherche de l’auteur de l’encart. C’était un jeune pigiste qu’on avait mis à surveiller les dépêches d’agence de presse et qui s’était inspiré d’un communiqué de l’agence allemande « Continentale ». Il n’en savait guère plus. Heureusement, ce jeune homme maitrisait parfaitement la langue de Goethe. Il se vit aussitôt chargé d’essayer d’en apprendre plus. Même si l’hypothèse que ses trois crimes étaient liés prenait corps dans l’esprit de Laplume, toutes les autres pistes étaient loin d’être fermées. C’est pourquoi, il décida de rendre visite à son ami Clémenceau. Normalement, il devait recevoir son ami Basil Zaharoff (voir épisode 16), qui, semble-t-il, connaissait bien Verduni. Lorsqu’il arriva rue Franklin, les deux hommes s’apprêtaient à partir déjeuner au Grand Venise. 

            - Allez Emile, joins-toi à nous, même si je sais que tu préfères les bougnats !

Le voyage en taxi fut court. Le restaurant se situait rue de la Convention. Peu habitué des hauts lieux, Laplume ne se sentait pas très à l’aise dans ce décor où les statues d’angelots dominaient les banquettes moelleuses. Quand ils furent confortablement installés, en bon habitué des lieux, Clémenceau conseilla ses hôtes. Finalement, tout le monde se laissa tenter par un minestrone et une assiette de spaghetti alle vogonle.  Basile n’avait pas encore desserré les dents. Quand le maitre se fut éclipsé, Clémenceau fit les présentations. Basile ouvrit enfin la bouche et s’exprima dans un français parfait.

            - Ainsi, monsieur Laplume, vous vous passionnez pour la mort de Verduni ?

            - Disons que son cadavre a gâché mon voyage en Italie. 

            - Je comprends, mais si vous cherchez le coupable chez ses ennemis, votre vie n’y suffira peut-être pas. 

Clémenceau intervint.

            - Mon ami adore les images, un peu excessives.

            - A peine, Georges. Verduni est un des types les détestables qu’il m’ait été donné de rencontrer. 

            - Vous étiez en affaire avec lui ?

            - Cela m’est arrivé et ca n’a jamais été facile. Un véritable rapace !

            - Donc, une foule de suspects…

            - Oui, car ses affaires étaient loin d’être toutes légales.

            - Ce qui nous préoccupe, c’est la manière dont il a été tué. Il n’aurait pas été compliqué de l’abattre au pistolet ou au poignard dans un coin sombre de  Rome ou d’ailleurs ! Savez-vous s’il appartenait à une secte satanique ou autre.

            - L’individu ne se livrait pas facilement. Mais je me suis toujours demandé s’il agissait de son libre arbitre.

Clémenceau intervint.

            - Tu veux nous dire qu’il agissait sur ordre ou pour le compte de quelqu’un d’autre ?

            - Un peu oui.

            - Qu’est-ce que te fait dire çà ? 

            - Tu sais bien Georges que je ne suis pas un ange de vertu. J’achète et je revends des armes. Bien sûr, d’abord pour mes compatriotes grecs, mais pas que ! Verduni avait la capacité de nous fournir du matériel de guerres : des fusils, des mitrailleuses de l’armée italienne et je ne suis pas sûr qu’il était totalement maitre de l’argent qu’il en retirait. 

            - Vous pensez qu’une partie s’évaporait.

            - Oui, vers une organisation.

            - Les Chemises noires.

            - Je ne crois pas qu’il s’agissait d’une organisation politique. 

            - Mais alors où ?

 

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23/10/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 25.

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Episode  25 : Des nouvelles de Rome.

 

A l’heure dite, Laplume était à la Gare de Lyon, au pied du wagon qui ramenait la mamma et Giovanni de Rome. Il avait demandé un porteur qui dû trouver la tâche bien légère. Les autorités italiennes ne leur avaient pas laissé le temps de faire profusion de bagages et c’est avec deux maigres valises qu’ils descendirent du train. Chez Giovanni, à la joie des retrouvailles se mêlait la tristesse des exilés. La  mamma ne disait rien. Elle réalisait sans doute qu’elle ne reverrait jamais Rome et que c’est ici qu’elle achèverait sa vie. Ils arrivèrent en taxi à leur nouveau domicile rue Beccaria[1]. La mamma se montra satisfaite. D’un regard, elle remercia Laplume. Les deux hommes sortirent pour la laisser s’installer et discuter à leur aise. Ils s’installèrent devant un pichet de Sauvignon, dans un bistrot non loin du marché d’Aligre. 

            - Je ne  te remercierai jamais assez, Emile. Je crois que sans l’intervention de Clémenceau, j’étais bon pour pourrir au cachot, je ne sais combien de temps. Quant à la mamma !

            - Je me sentais un peu coupable de t’avoir entrainé à suivre cette affaire de Saint-Louis-des-Français.

            - Même sans toi, je crois que je n’aurais pas pu m’en désintéresser. 

            - Tu es bien conscient, que sauf changement majeur, tu ne pourras pas retourner à Rome.

            - Je me suis fait une raison. 

            - Tu as eu connaissance de nouveaux développements concernant l’affaire Verduni. 

            - Tu penses bien que les flics qui me gardaient ne m’ont pas tenu au courant. Mais, je pense qu’ils vont tout mettre sur le dos de ce clochard sur lequel on a trouvé le portefeuille de Verduni. 

            - C’est invraisemblable ! Pas besoin d’une telle mise en scène pour s’emparer de quelques billets. 

            - Mes amis journalistes m’ont promis de me tenir informé, mais ils n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Notre meilleure source va rester le curé. J’ai son adresse et je ne pense pas que les flics surveillent son courrier. 

            - Tu sais que nous avons eu à Paris un crime qui ressemble à celui que nous avons découvert à Saint-Louis-des-Français. 

            - Oui, tu m’en avais parlé. Mais les deux victimes n’ont rien en commun. 

            - C’est bien çà qui me pose problème ! Si on s’en tenait à la mise en scène, on pourrait en conclure que nous sommes face à une « monomanie homicide »,comme dirait Lacassagne[2], une sorte de Joseph Vacher[3]en plus cultivé. Cependant à Paris, nous avons une piste sérieuse.

            - Explique-moi vite.

            - Le Louvre est fermé la nuit. Pour y introduire le cadavre, il fallait une complicité de l’intérieur. Le commissaire Genet a découvert  qu’un gardien endetté jusqu’au cou avait été payé pour laisser une porte ouverte.

            - Vous avez découvert par qui il a été payé ?

            - C’est ce que cherche le commissaire Genet.

            - Bref, vous n’êtes guère avancés.

            - Je te le concède. Toutefois, cela démontre que nous ne sommes pas face à un individu qui frappe au hasard, mais à quelqu’un qui prépare méthodiquement ses crimes et ses mises en scène. 

            - Je pense que pour Rome, c’est la même situation. 

            - Oui, mais pour un seul homme, cela me semble difficile d’organiser deux crimes aussi éloignés en aussi peu de temps. 

            - Alors tu déduis que ? 

            - Ce n’est pas l’affaire d’un tueur isolé. Les mises en scène me font penser à des crimes rituels, dignes d’organisations sectaires voir sataniques. 

            - D’accord Emile, mais quel message une secte voudrait-elle adresser avec ses crimes. Car ce genre d’organisation ne commet pas de crime gratuit !

            - Quand nous le saurons, nous ne serons pas loin des coupables. Allez, on rentre. On ne va pas laisser la mamma seule pour sa première soirée parisienne. 

 

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[1]Célèbre criminaliste, italien du XVIIIè siècle, opposé à la peine de mort.

 

[2]Alexandre Lacassagne est l'un des fondateurs de l'anthropologie criminelle. 

[3]Surnommé le « tueur de bergers, considéré comme l’auteur d'une trentaine de meurtres, dont l'égorgement d'au moins vingt femmes et adolescents


16/10/2018
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