Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Feuilleton


Meurtres en clair-obscur : Episode 17

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Episode  17 : L’inconnue démasquée.

 

Laplume était un peu rassuré par sa visite chez Clémenceau. Maintenant, il allait traverser une longue période de silence. Le Tigre ne pouvait pas espérer faire libérer Giovanni dans la journée. En attendant, il décida de s’occuper l’esprit en suivant de près l’enquête sur l’inconnue du Louvre. En examinant ses notes sur les deux crimes, il était frappé par quelques similitudes. D’abord, il y avait les lieux insolites ; une église et un musée. Ensuite, la volonté de mise en scène ; les deux victimes ne portaient pas leurs vêtements habituels. Difficile pourtant, d’imaginer que le même assassin frappe presque en même temps à Paris et à Rome. Il chassa cette idée et revint à l’inconnue du Louvre. Il y fut d’autant plus encouragé, que les efforts du commissaire Genet commençaient à porter leurs fruits. L’identification de la victime était en bonne voie. Dans Paris, au cours des deux jours qui précédaient le meurtre, trois disparitions de jeune femme, pouvant correspondre à la victime avaient été signalées. Deux étaient des jeunes femmes mariées, d’une trentaine d’années, dont les ménages étaient apparemment sans histoire. La troisième était à peine plus jeune, vingt cinq ans environ. Elle vivait seule dans un garni de Belleville, après s’être disputée avec ses parents. Pour Genet, allait commencer la sinistre tâche constant à conduire parents et époux à la morgue pour une reconnaissance éventuelle du corps. En trente ans de carrière, il ne s’était jamais habitué à cette pénible besogne. Il supportait mal de voir ces pauvres gens espérer secrètement que la personne, qu’ils allaient découvrir, n’était pas leur épouse ou leur fille, puis s’effondrer en larmes face à la réalité. Cette fois, le jeu ne dura pas longtemps. Le premier à se présenter était un jeune homme d’une trentaine d’années. L’individu présentait bien, il portait un costume noir et des manchettes de lustrine. Il avait le teint livide, provoqué par des nuits sans sommeil, rongé par l’inquiétude. Sans hésiter, il reconnut son épouse. L’inconnue du Louvre avait un nom : Ginette Lacroix. Trois jours auparavant, elle habitait avec son époux dans un modeste deux pièces du boulevard Voltaire. Une fois les formalités de reconnaissance accomplies, Genet invita Laplume à assister à l’interrogatoire du jeune homme. Sans se faire prier, il raconta sa vie, en apparence sans histoire. Lui, travaillait comme commis d’écriture à la Préfecture. Elle, tenait la caisse d’une épicerie de la rue Popincourt. 

            - Commençons par le début, monsieur Lacroix. Quand avez-vous été convaincu que votre épouse avait disparu. 

            - Dès le premier soir, lundi dernier. En général, elle termine son travail vers 8 heures du soir. Ce jour-là, à dix heures, elle n’était toujours pas là.

            - Cela ne lui arrivait jamais ?

            - Depuis deux ans que nous sommes mariés, c’était la première fois. 

            - Qu’avez-vous fait ?

            - J’ai pensé qu’elle avait été retardée, je suis parti  pensant la trouver sur le chemin. Les rues de Paris ne sont pas sûres le soir. Bien entendu, je ne l’ai pas rencontrée.  J’ai marché jusqu’à l’épicerie, elle n’est qu’à un quart d’heure de marche de notre appartement. Le magasin était fermé, mais les propriétaires sont de braves gens. Ils m’ont accueilli et ils m’ont affirmé que Ginette les avait quittés vers 8 heures comme d’habitude. 

            - Qu’avez-vous fait ?

            - Je me suis rendu au commissariat de la Bastille. Mais, vos collègues ont souri. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire, qu’elle était peut-être partie en goguette avec son amant. 

            - Vous n’y avez pas cru ?

            - Bien sûr que non, elle n’avait pas d’amant.

            - Comment pouvez-vous en être si sûr ?

            - Vous connaissiez les vêtements qu’elle portait ?

            - Non, je ne les avais jamais vus. 

 

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26/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 16.

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Episode 16 : le Tigre s’en mêle. 

 

Le télégramme des amis de Giovanni fit l’effet d’un coup de massue sur la tête de Laplume. Il ne pouvait se départir d’un sentiment de culpabilité. Il se sentait, pour partie, responsable de ce qui arrivait à son ami. Son entêtement à vouloir mettre le nez dans l’enquête sur la mort de Verduni avait dû sérieusement agacer la police italienne noyautée par les Chemises noires. Son séjour à Rome l’avait convaincu que ces gens-là étaient dénués de tout scrupule et donc que la vie de Giovanni était en danger. Et si son ami venait à disparaître, qu’adviendrait-il de la Mamma ? Seul, il ne pouvait entreprendre grand-chose. Retourner à Rome ne pourrait qu’envenimer la situation. Il ne voyait qu’un homme capable de l’aider : le Tigre. Depuis sa défaite face à Paul Deschanel, Clémenceau voyageait ! Par chance, il se trouvait à Paris après un long périple qui l’avait conduit en Inde et au Soudan pour chasser « le tigre ». Emile était une des rares personnes à pouvoir lui rendre visite sans prendre rendez-vous. Il arriva au moment où le Tigre s’apprêtait à déguster un vieux cognac. 

            - Sacré Emile, tu arrives toujours au moment opportun. Je suppose que tu m’accompagnes. 

Laplume consentit d’un signe de tête.

            - Tu n’es sûrement pas venu jusqu’à moi juste pour prendre de mes nouvelles.

            - Si tu étais mort, la presse l’aurait annoncé. Je voulais juste savoir si tu avais des relations avec le gouvernement italien. 

            - Toi, tu es encore allé fourrer ton nez dans une sale histoire. 

En quelques mots, le journaliste résuma les péripéties de son voyage à Rome. Clémenceau fit la moue.

            - Nous voilà dans une sale situation. D’abord, il faut faire sortir ton ami de prison. 

            - Peut-on le laisser en Italie ?

Le Tigre tira deux fois sur son cigare avant de répondre. 

            - C’est une question qui se posera après. 

            - S’il doit s’exiler, je compte sur ton aide. 

            - On fera au mieux.

            - Tu n’as pas eu l’occasion de fréquenter Verduni, au cours de tes longues pérégrinations ?

            - Non, et comme tu me l’as décrit, je suis content de ne pas l’avoir côtoyé. 

            - J’ai appris récemment que tu faisais ami-ami avec Basil Zaharoff[1], il pourrait peut-être nous éclairer sur Verduni. 

            - On ne peut rien te cacher ! J’essayerai d’en savoir un peu plus  sur ton mort. Mais, pourquoi cette affaire italienne te titille à ce point ?

            - C’est la première fois que je rencontre un cadavre dans une église. Je compte sur toi.

Laplume quitta Clémenceau le cœur un peu apaisé. Il savait que le sort de son ami était entre les mains d’un homme, sur lequel il pouvait compter. A Rome, Giovanni se trouvait moins à l’aise. Depuis un bon moment, il goûtait aux « délices » des geôles du commissariat de la Viale di Trastevere. Il se demandait quelle mouche avait pu le piquer pour qu’il prenne le risque de téléphoner au « Petit Parisien » quelques heures après le départ de Laplume, car la réaction du commissaire n’avait pas trainé. Moins d’une heure après il avait vu débarquer deux sbires qui l’avaient emmené sans ménagement. Dans son recoin, envahi par les rats, il sentait son esprit défaillir. Bien sûr, il avait déjà fait face à des situations difficiles dans lesquelles la raison d’état l’emportait sur la quête de vérité. Mais là, il avait le sentiment de découvrir un monde nouveau dans lequel le droit et la justice n’auraient plus leurs places. La mort d’un personnage de l’envergure de Verduni pouvait mettre l’Etat italien en difficulté, mais cela justifiait-il les moyens déployés pour la cacher ? En plus, lui aussi se sentirait coupable s’il devait arriver quelque chose à la Mamma. Il n’avait qu’un espoir, celui que son ami Laplume réussisse à le sortir de là. 

 

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[1]Célèbre marchand d’armes


19/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 15.

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Episode  15 : L’inconnue du Louvre 

 

En sortant du « Petit Parisien », Laplume était prêt à téléphoner à son ami Giovanni. Alors que depuis le début de l’affaire, il lui avait semblé se tenir en retrait, il paraissait étrange qu’il ait pris le risque d’alerter un journal parisien. Il ne voyait pas ce qu’il avait à gagner en agissant de la sorte. La mort de Verduni n’allait pas provoquer une mobilisation mondiale pour la recherche de la vérité. Finalement, il remit à plus tard son appel, par peur de mettre son ami en danger. Il se dirigea vers le Louvre. Comme il s’en doutait, la partie du musée où le corps avait été découvert était interdite au public. Heureusement, le commissaire était là. Il autorisa Emile à pénétrer sur les lieux du crime. Le corps avait été découvert dans la galerie de maitres italiens des XVIèmeet XVIIéme siècles. Comme le commissaire, Laplume nota que les traces de sang étaient inexistantes et donc que le corps avait été transporté, confirmant la thèse de la mise en scène. 

            - Rien de nouveau sur l’identité de la jeune femme ?

            - Absolument rien ! Enfin pas tout à fait. Selon les observations faites par le médecin, elle n’aurait pas plus de vingt-cinq ans. C’est bien d’un déguisement dont on l’a affublée car elle n’a rien d’une gitane. Si c’est ce que l’assassin veut nous faire croire, ce n’est pas une réussite. 

            - L’important n’est peut-être pas la personnalité de la victime, mais le costume.

            - En tout cas, la victime n’a pas été violée. Elle porte quelques traces de violences. Elle a, sans doute, été tuée par surprise et tenté de se défendre, assez faiblement. L’homme devait être plutôt costaud. Il ne lui a laissé guère de chance. 

            - On aurait pu s’en douter. Les violeurs viennent rarement exposer leur victime au milieu du musée. Généralement, ils cherchent à la camoufler en espérant qu’on ne la retrouve jamais. 

            - Pour l’instant, nous sommes condamnés à attendre. Nous avons lancé des appels à témoins. Tous les commissariats et les gendarmeries sont tenus de nous signaler toute disparition suspecte. On ne peut pas faire plus pour l’instant,  si ce n’est essayer de comprendre comment  l’assassin a pu pénétrer dans le musée avec un colis aussi encombrant alors que tout était fermé. 

            - Vous en êtes totalement sûr ?

            - Vous avez raison monsieur Laplume. Un gardien a pu oublier de fermer le soir et n’a rien dit de peur d’une réprimande. Mais, il faut supposer alors que l’assassin a eu une chance insolente pour tomber sur la seule porte ouverte ou que le gardien était complice.

            - Votre deuxième hypothèse n’est pas farfelue. 

            - Monsieur Laplume, on n’est pas dans une affaire crapuleuse ! Il arrive qu’on trouve dans une banque un caissier véreux,  qui se rend complice des auteurs d’un braquage, mais dans un musée !

            - Vous n’avez pas tort, commissaire ! Bien entendu, on n’a aucune idée de la personnalité du tueur, pas plus que du mobile. Cependant, imaginons que nous soyons en face d’un homme qui a quelques moyens. Il lui serait aisé de soudoyer un gardien pour qu’il « oublie » de fermer la porte. Si la somme est assez rondelette, le garde ne lui en demande pas la raison. 

            - C’est une piste qui mérite d’être creusée. 

            - Si je peux permettre, commissaire. A votre place, je passerais au peigne fin, la vie des cinq ou six employés chargés de surveiller le musée la nuit. Il est possible que l’un d’entre eux soit endetté à cause du jeu, des femmes ou que sais-je encore ?

            - Je m’y attelle, monsieur Laplume.

Emile resta un bon moment dans la galerie des maitres italiens. Il prit soin de noter la liste des peintres qui étaient exposés.  Il allait quitter les lieux, lorsque son jeune collègue du « Petit Parisien » arriva, essoufflé,  un papier bleu à la main. 

            - Monsieur Laplume, regardez ce qui vient d’arriver pour vous au journal.

Emile ouvrit le télégramme, il portait une simple phrase :

 

« Giovanni, emprisonné, sommes inquiets ».

 

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12/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 14.

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Episode 14 : Le cadavre du Louvre. 

 

En entendant les paroles du commissaire Genet, la curiosité et l’impatience de Laplume firent un bond. Instinctivement, il comprit qu’il faisait face à une affaire peu banale.

            - J’imagine que vous avez fait faire une photographie, commissaire.

            - Je ne pensais pas vous trouver là, monsieur Laplume. Sinon, je vous l’aurais apportée. Cependant, nous pouvons passer par mon bureau, j’ai rédigé un compte rendu de la découverte. J’imagine que cela vous intéresse.

            - Prenons le temps d’un verre de Calvados et en route.

Il était près de 23 heures quand ils arrivèrent au commissariat, l’heure à laquelle les cellules commencent à se remplir des ivrognes patentés. La découverte du corps datait de quelques heures, aussi le dossier du commissaire n’était guère épais, mais il contenait plusieurs photographies du lieu du crime. Le cadavre n’était pas beau à regarder. Une large balafre barrait la gorge d’une jeune femme. Plus étonnant encore, était son habillement. A la manière des gitanes, elle portait un turban blanc enroulé autour de la tête. Son corps était vêtu d’une chemise blanche, d’une longueur juste nécessaire à masquer son intimité. Par-dessus cette chemise, avait été jeté un châle qui semblait bicolore.

            - Cela ressemble à une mise en scène. 

            - Je ne vous le fais pas dire, monsieur Laplume. Le corps de cette pauvre femme a été transporté dans la galerie. Je peux vous assurer qu’elle n’a pas été tuée au Louvre Il n’y avait presque pas de sang autour du cadavre. 

            - Vous avez réussi à l’identifier ?

            - Nous y travaillons, mais c’est assez mystérieux. Car, on ne voit pas comment quelqu’un a pu pénétrer dans le musée pour y déposer un cadavre. A priori, tout est verrouillé. On  a relevé des empreintes tout autour, on est en train de les vérifier. Mais, je n’ai pas d’illusion ! Il y en probablement beaucoup qui appartiennent aux visiteurs. 

            - Et vous ne pouvez pas interroger le voisinage !

            - Il y a bien quelques veilleurs de nuit. Ils disent n’avoir rien vu plutôt que d’avouer qu’ils dormaient. Mon urgence, c’est d’identifier la victime. On pourra, au moins, interroger son entourage. Peut-être que la photographie dans les journaux ?

Emile abandonna le commissaire avec un triste sentiment de « déjà vu ». Il passa une nuit agitée, comme s’il redoutait de voir débarquer le commissaire romain. Dès son réveil, il se précipita au kiosque pour voir ce qu’en disaient les journaux. Il n’en apprit pas plus que ce que lui avait dit le commissaire. Dans un recoin du « Petit Parisien », il découvrit un encart consacré à la mort de Verduni. Il était simplement mentionné qu’un riche homme d’affaires avait trouvé la mort dans des circonstances troublantes. Avant, de se pencher, de nouveau sur l’affaire du Louvre, Emile se découvrit une urgence. Savoir comment l’information sur la mort de Verduni était parvenue au « Petit Parisien ». Il avala sur le pouce une tartine et un bol de café et fila rue d’Enghien, au siège du journal qui l’avait accueilli à ses débuts. Il n’eut aucun mal à trouver l’auteur de l’encart. Il s’agissait d’un jeune pigiste, Albert Berlin, qui commençait à user ses semelles dans les couloirs du palais de justice.

            - Ravi de vous revoir, monsieur Laplume. Je vous croyais en Italie.

            - J’y serais encore si Verduni était encore en vie. Dis-moi, comment as-tu eu l’information sur sa mort ? Quand j’ai quitté Rome aucun journal n’en parlait. 

            - Je crois que ça n’a pas changé. J’ai reçu, hier en début d’après-midi, un télégramme me demandant d’appeler le numéro de téléphone inscrit sur le papier bleu. J’ai eu en ligne un journaliste qui m’a raconté toute l’histoire. 

            - Et tu l’as cru comme ça, sans vérifier.

            - Il m’a dit s’appeler Giovanni et être de vos amis. 

 

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05/06/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 13.

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Episode 13 : Retour à Paris. 

 

L’irruption du commissaire et de ses sbires ne faisait pas les affaires du patron de la trattoria. Tous les clients, à l’exception de la tablée des deux journalistes, prirent la poudre d’escampette. Certains en profitèrent pour oublier la note. Aux yeux d’Emile, cela en disait long sur l’atmosphère qui commençait à régner sur Rome. Naturellement, le commissaire se mit à vociférer.

            - Encore là, messieurs les journalistes ! Vous êtes incorrigibles. Cette fois, vous avez dépassé les bornes. 

Giovanni osa une remarque.

            - Vous nous surveillez ?

            - Pas besoin, la mère maquerelle, qui tient la maison de rendez-vous, m’a averti des allées et venues du curé. Du coup, nous ne l’avons plus lâché d’une semelle. 

Le curé s’inquiéta.

            - Vous savez tout alors ?

            - Vous n’ignorez pas que ces filles sont malléables à souhait. Je n’ai guère eu besoin de me fâcher pour en apprendre autant que vous.

            - Je vous promets que ce garçon n’a rien fait. 

            - C’est moi qui en jugerai, monsieur le curé. En attendant, vous, les deux journalistes, vous allez déguerpir. Monsieur Laplume, deux de mes hommes vont vous raccompagner gare Termini et vous mettre dans le premier train en partance pour l’étranger. Qu’il soit en direction de Vienne, Paris ou Sarajevo, je n’en ai cure. 

Emile tenta de se rebeller.

            - Je suis ressortissant français. J’ai le droit d’alerter mon ambassade.

            - Alertez, alertez, monsieur Laplume, mais je doute que votre gouvernement risque un incident diplomatique pour un journaliste qui fait obstacle à la justice italienne. 

            - Je peux quand même récupérer mon bagage.

            - Votre ami Giovanni se chargera de vous l’expédier. Et, si vous manquez d’argent, l’Etat italien vous offrira le prix du voyage. Ce n’est pas cher pour éloigner un fouille-merde de votre acabit.

Le curé tenta de s’interposer.

            - Vous outrepassez vos droits, commissaire. 

            - Monsieur le curé, vous n’êtes guère en position de discuter. Il suffit que j’informe votre évêque de vos fréquentations et vous vous retrouvez curé du village le plus reculé des Pouilles. 

Emile ne sut rien de la suite. Ses deux accompagnateurs lui avaient déjà mis la main sur l’épaule. A vingt et une heures, il était sur le quai de la gare. Par chance, le premier train, qui partait, était en direction de Paris. L’Etat italien s’étant fendu du prix d’un wagon-lit, Emile arriva en bonne forme, le lendemain vers dix-neuf heures à la gare de Lyon. Il se souvint que chez Félicie, c’était le jour des pieds paquets et, sans hésiter, il prit la direction de Saint-Sulpice. Il était à peine installé devant un verre de Muscadet, lorsque l’inspecteur Genet fit son entrée.

            - Monsieur Laplume, vous n’êtes pas resté longtemps à Rome ! La nourriture vous déplaisait ?

            - Ah non ! Je ne suis pas rentré de mon plein gré, mais je vous raconterai cela plus tard. Vous avez des nouvelles de notre ami Isidore ? 

            - Il pêche !

            - Paris ne lui manque pas ?

            - Je crois que si nous voulons le revoir, il faudra nous mettre aussi à la pêche. Je vous invite ce soir, monsieur Laplume. Je viens d’être nommé commissaire et je remplace notre ami Isidore. 

            - Félicitations ! Je dois donc vous appeler, commissaire.

            - Si vous me racontiez votre séjour romain et pourquoi il a été écourté.

Tout en savourant, l’immense assiette de pieds paquets, Emile raconta en essayant de n’omettre aucun détail.

            - Hé bien, voilà une étrange affaire. Les journaux parisiens n’en ont pas parlé, pourtant Verduni semble être un personnage important. 

            - Il n’est pas sûr que les journaux italiens puissent en parler. 

            - Dieu merci, nous n’en sommes pas là encore à Paris. Demain, vous allez être surpris de lire dans « le Petit Parisien », une affaire bien aussi étrange.

            - Vous allez me raconter, commissaire.

            - Dans une des galeries du Louvre, ce matin, on a découvert le cadavre d’une femme d’une trentaine d’années. Elle était égorgée, tout comme votre monsieur Verduni.

 

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29/05/2018
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