Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Feuilleton


Meurtres en clair-obscur : Episode 11.

Episode  11 : Un suspect sérieux ?

 

Avec les révélations du curé, les deux journalistes pensaient tenir une bonne piste. Il leur restait, toutefois, à identifier l’auteur des lettres de menace. La tâche était d’autant moins aisée, qu’ils se savaient sous la surveillance du commissaire. Aussi, avant de continuer l’enquête, ils décidèrent de jouer aux parfaits touristes. Ils espéraient que les flics allaient relâcher leur surveillance et  ainsi gagner un peu de liberté de mouvements. Ils passèrent deux jours à arpenter la Rome antique et moderne, allant du capitole à la chapelle Sixtine en passant par  Castel Sant'Angelo. Emile était ravi, d’autant qu’ils ne privèrent pas de quelques arrêts dans les trattorias qui servaient des antipasti à volonté. Au soir, du deuxième jour, ils avaient les jambes lourdes et les pieds douloureux. Ils s’apprêtaient à se mettre à table chez la Mamma, devant un somptueux plat de Puntarelle[1], lorsque le curé fit son apparition. Il semblait prendre goût à la cuisine de la Mamma. 

            - Monsieur le curé, ravis de vous revoir ! Vous avez des choses à vous faire pardonner pour venir nous voir aussi souvent ? Pourtant, la police n’a pas une grande considération pour nous !

            - Je crois que j’ai quelque chose qui pourrait vous aider. 

            - Mais, monsieur le Curé, que n’allez-vous à la police ?

            - Je ne veux pas voir salir la mémoire de monsieur Verduni, je croyais vous l’avoir déjà dit. 

Giovanni n’insista pas. 

            - Nous vous écoutons, monsieur le Curé.

            - Je pense avoir identifié, l’auteur des menaces sur monsieur Verduni.

L’attention des deux journalistes redoubla.

            - Je me suis rendu, dans la maison où monsieur Verduni a brutalisé cette pauvre fille, en tout bien tout honneur.

            - Nous ne pensions pas autre chose, monsieur le curé. 

            - J’ai réussi à rencontrer cette pauvre fille. Je dois dire que j’ai été surpris quand elle m’a raconté les violences qu’elle a subies de la part de monsieur Verduni.

            - Bien des hommes ont une face cachée, monsieur le curé. 

Le prêtre se garda bien de répondre.

            - La fille m’a bien confirmé que son frère avait eu l’intention de la venger. Elle a reconnu son écriture sur la lettre que je lui ai montrée. Mais, elle m’a affirmé qu’elle l’avait découragé

            - Vous étiez donc en sa possession, encore un mensonge, monsieur le curé.

            - J’ai péché par omission. Monsieur Verduni me l’avait confiée pour la mettre en lieu sûr.  Le frère en question est commis aux écritures chez un notaire de la via Cremona.

            - Et vous êtes allé lui rendre visite !

            - Non, j’ai pensé que vous seriez mieux à même de lui poser des questions.

            - Bref vous vous occupez de la compassion pour les victimes et vous nous laissez traiter avec les suspects. 

Emile se glissa dans la conversation. 

            - D’après vous, est-ce que la fille était sincère ?

            - Il m’a semblé. Vous pouvez nous montrer la lettre de menace en question.

Le curé s’exécuta. Le billet se limitait à une lettre.

«  Espèce de salopard de bourgeois, tu éprouveras les souffrances du fouet et du couteau.  »

En se remémorant la vue du cadavre de Verduni, les deux journalistes convinrent qu’il n’était pas impossible que le frère ait mis en œuvre ses menaces. Giovanni conclut.

            - Vous avez bien travaillé, monsieur le curé. Mais, je ne vois pas comment, nous allons pouvoir cacher cette information à la police si le frère nous apparaît comme un suspect sérieux. 

Le curé haussa les épaules en signe de désappointement. 

            - J’espère que non, je préférais que le vagabond soit coupable.

            - Comme çà, la réputation de votre cher monsieur Verduni serait épargnée !

 

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[1]Endives servies avec une sauce à l’ail et aux anchois


15/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 10.

Episode  10 : Quelques vérités sur Verduni.

 

Le curé passa une nouvelle nuit chez la Mamma. Emile et Giovanni avaient prolongé un peu la soirée.

            - Giovanni, à ton avis qui pourrait nous renseigner sur les fréquentations nocturnes de Verduni ?

            - Tu pensais que le crime relevait plutôt du rituel que de la vengeance ou de la crapulerie.

            - C’est vrai que c’est ma première intuition. Cependant, on ne peut pas fermer toutes les portes sans regarder ce qu’il y a derrière. On ne peut pas, non plus, exclure qu’on veuille nous faire croire qu’il s’agit d’un crime rituel. 

            - Une sorte d’habillage en somme, mais je te rappelle que pour l’instant nous avons un clodo avec le portefeuille du mort et un fils au trois-quarts timbré. 

            - Il nous faut du plus solide.

            - Tu as raison, Emile, mais n’oublie pas que nous avons le commissaire sur le dos et qu’il ne me fera pas de cadeau.

            - Je pense aussi que le curé en sait plus qu’il n’en dit. Demain matin, au petit déjeuner, on va l’entreprendre. Car, je ne comprends toujours pas pourquoi il est venu nous trouver.

Si le prêtre était un lève-tôt, Giovanni aimait trainer au lit. Aussi, il était près de neuf heures quand les trois hommes se retrouvèrent autour des bols de café fumant et des cornettos. Le curé avalait la dernière bouchée lorsque le journaliste lança la discussion.

            - Monsieur le curé, sans vous faire offense, je crois que vous nous cachez des choses.

            - Mais, je ne vois pas, monsieur Giovanni. Concernant, monsieur Verduni, je vous ai tout dit.

            - Non, monsieur le curé. Est-ce que monsieur Verduni avait des sympathies pour les chemises noires ?

            - Je peux vous assurer que non. Il les considérait comme des mécréants. C’était, d’ailleurs, un sujet de dispute supplémentaire avec son fils, qui ne cachait pas qu’il attendait leur arrivée. Monsieur Verduni était profondément respectueux de l’église.

Giovanni faillit ajouter qu’il prenait, quand même ses aises avec les recommandations de la religion. Cependant, il s’abstint, le curé aurait pu se murer dans le silence. Emile prit le relais.

            - Monsieur le curé, notre homme multipliait les aventures galantes. Pensez-vous qu’un père ou un mari jaloux ait pu vouloir se venger ?

            - Chaque fois qu’il a commis des fautes, il les a réparées.

            - En monnaie sonnante et trébuchante, mais l’argent ne lave pas l’honneur. 

            - C’est vrai qu’il m’a confié avoir reçu des lettres de menace.

            - Il y a longtemps ?

            - Six mois environ. 

            - Je croyais que vous ne l’aviez pas revu depuis quatre ou cinq ans. C’est un péché de mentir, monsieur le curé.

            - Je pensais que ce n’était pas important.

            - Vous venez nous demander de découvrir l’assassin, vous nous mentez et vous nous cachez des suspects potentiels. Que doit-on croire, monsieur le curé ?

            - Vraiment, je m’excuse. 

            - N’en parlons plus. De qui émanaient ces menaces ?

Le curé marqua une longue pause. Il cherchait ses mots probablement pour épargner le plus possible Verduni père.

            - Ce n’était pas un personnage très reluisant. 

            - Nous nous en doutons, mais encore.

            - C’était le tenancier d’une maison de rendez-vous, où monsieur Verduni se rendait de temps en temps, sans penser à mal. 

Emile se mêla de la conversation. 

            - Jusqu’à présent ce n’est pas un crime. J’imagine que les Romains ne sont pas plus vertueux que les Parisiens. 

            - Sauf que monsieur Verduni s’est laissé imprudemment emporté par ses instincts. Il a brutalisé une des filles. 

            - Bien sûr, le tenancier a menacé de porter plainte. 

            - S’il n’y avait eu que cela, monsieur Verduni aurait réglé l’affaire avec quelques milliers de lires. 

Le curé hésita encore. 

            - Terminez votre confession, monsieur le Curé.

            - La fille a été sérieusement défigurée et son frère s’est mis en tête de la venger. Il a menacé monsieur Verduni de lui faire subir le même sort. 

 

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09/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 9

La nouvelle de l’arrestation d’un vagabond, porteur du portefeuille de Verduni, semblait clore l’affaire. Cependant, elle ne pouvait satisfaire les journalistes attablés autour des choppes de « Helles diabolo ». Giovanni s’en émut le premier.

            - Ca ne prouve rien. Si vous voulez mon avis, c’est une manipulation. Il leur fallait un coupable et ils ont attrapé un pauvre type pour lui faire porter le chapeau.

            - Une histoire de crime crapuleux ne cadre pas bien avec la mise en scène du cadavre dans l’église Saint-Louis-des-Français, ajouta Emile. Mais, il n’est pas impossible que ce pauvre type ait ramassé le portefeuille quelque part. 

            - Vous ne savez pas comment, il a été arrêté ?

            - D’après mon informateur, il s’est bagarré dans une trattoria. Il était ivre. Le patron a appelé les agents et ils ont trouvé, sur lui, un paquet de lires et le portefeuille de Verduni. 

            - Donc, il y a bien des chances pour qu’il ait trouvé ce portefeuille quand l’assassin s’en est débarrassé, conclut Laplume. 

Giovanni ajouta.

            - C’est du pain béni pour le commissaire, une affaire résolue en moins de deux jours. Je prends les paris que demain certains journaux vont se battre pour lui tresser des louanges. 

 C’est sur ce constat désabusé que le groupe s’égaya. Giovanni et Laplume continuèrent leur conversation.

            - Je crois qu’on a plus qu’à baisser les bras, dit Giovanni. On va continuer tranquillement notre visite de Rome. 

            - C’est ce qu’on peut faire croire à notre facho de commissaire et essayer de continuer à enquêter.

            - Tu ne renonces jamais, Emile. Mais là, je te rappelle qu’on a affaire à des gens sans scrupule. En France, tu as des protections, ici, moi je n’ai rien. Ils peuvent s’en prendre à ma mère quand bon leur semblera. 

Emile n’avait pas pris totalement conscience de la situation italienne. En France, il avait eu droit aux lazzis et aux insultes lors de l’affaire Dreyfus, mais il n’avait jamais craint pour sa vie. Là, il sentait bien que son ami Giovanni redoutait le pire.

            - Tu as raison, Giovanni. On ne va pas risquer de mettre ta mère en danger. On va continuer tranquillement à visiter Rome et ne plus nous occuper de l’affaire. Après tout, on a l’informateur de ton copain dans la place et je pense que le curé est de notre côté. 

Les deux hommes continuèrent leur route en salivant à l’avance sur la spécialité qu’avait due préparer la Mamma. Celle-ci n’était pas seule. Attablé dans la cuisine devant un verre de Limoncello, le curé bavardait avec la Mamma.

            - Tiens, monsieur le curé, on ne s’attendait pas à vous revoir aussi vite. Le commissaire vous a  relâché ?

            - Il n’avait pas de raison pour me garder.

            - Certes, mais vous êtes le principal témoin. Mais, que nous vaut votre visite ?

            - J’ai pensé que vous aimeriez savoir ce qui s’est passé après votre départ. 

            - Cela ne serait pas pour nous déplaire. Nous vous écoutons. 

            - Après votre départ, Alfredo s’est un peu calmé, bien qu’il ait continué à boire plus que de raison. 

            - Est-ce que le commissaire l’a interrogé sur son emploi du temps ?

            - Pas du tout.

            - Donc, il le considère, par avance comme innocent.

            - Alfredo a confié qu’il avait vu son père, pour la dernière fois, il y a deux semaines environ et que la rencontre s’était mal passée. 

            - Ils se sont disputés ?

            - Assez violemment, au sujet de madame Verduni. Le fils a continué d’accuser son père d’être responsable de la folie de sa mère. 

            - Vous y croyez monsieur le curé ?

Le prêtre se montra dubitatif.

            - Je ne peux pas prétendre que monsieur Verduni père était un saint. Mais est-ce que cela suffit à expliquer la maladie de madame Verduni ? Je n’en sais rien. 

Laplume intervint.

            - Que savez-vous des fréquentations de Verduni fils ?

            - Pas grand-chose, monsieur Laplume, mais la faune nocturne romaine n’est sûrement pas meilleure que celle de Paris.

            - Où veux-tu en venir, Emile ?

            - Quand on a de l’argent, on peut acheter des amis n’importe où. 

 

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02/05/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 8.

 

Episode  8 : Ca tourne au vinaigre.

 

En réponse à sa question, Giovanni reçut le fond du verre de whisky dans la figure.  Alfredo, le visage rouge de colère se mit à éructer.

            - Tais-toi, pisse-copie ! Tu n’as rien à faire ici. Fous le camp avec ton curé de malheur.

Le prêtre tenta, sans succès, de le calmer. Le commissaire prit son parti.

            - Les deux journalistes, remontez dans votre auto. Vous, monsieur le curé, vous restez là, vous avez sûrement des tas de choses à me raconter. 

Emile et Giovanni n’eurent d’autre choix que de plier bagage.  

            - Au lieu de visiter Rome, te voilà embarqué dans une drôle d’histoire, Emile.

            - Que veux-tu ! Le hasard est parfois malicieux. Tu m’emmènes au Colisée ?

            - C’est parti.

Il était près de 15 heures lorsque les deux hommes se trouvèrent au pied de cet immense amphithéâtre construit entre  l'Esquilin et le Cælius où s’étaient affrontés des milliers d’hommes et d’animaux. Ils passèrent trois heures à user leurs chaussures au milieu des ruines.  La  restauration du monument s’achevait lentement. Pas une fois, ils n’évoquèrent l’affaire. Emile écoutait religieusement les explications de Giovanni. A la fin de la visite, ils retournèrent boire une bière près du temple d’Hadrien. L’affaire revint alors dans la conversation.

            - Emile, tu crois que le fils fait un suspect présentable ?

            - Non, malgré ses rodomontades, c’est un lâche. Il détestait sûrement son père, mais je ne lui vois pas le courage de le tuer.

            - Dans un accès de colère ?

            - Peut-être, mais pourquoi cette mise en scène ? On n’égorge pas dans un moment de colère. On poignarde, on tire et de plus, on ne prend pas la peine de dénuder à moitié le corps et de le transporter dans une église. 

            - Que penses-tu de cette mise en scène ?

            - Pour l’instant, pas grand chose ! Je n’ai connu qu’un tueur qui pratiquait des meurtres rituels. Il nous a fallu plus de dix ans pour l’identifier (voir https://www.pierre-mazet42.com/blog/meurthe). Il a réussi à se faire passer pour fou. 

            - Une sorte d’Antonio Boggia[1] ?

            - Si tu veux ! 

            - Donc, on pourrait s’attendre à des crimes similaires ?

            - Oui mais nul ne peut dire où et quand, peut-être que le notre ne frappera plus jamais et on va rester avec un meurtre inexpliqué. 

Ils attaquaient leur deuxième choppe lorsqu’un ami de Giovanni vint les rejoindre. 

            - Alors, vous avez usé vos chaussures sur le pavé romain ?

            - En partie oui, mais on a surtout rendu visite au fils Verduni.

Giovanni lui conta, par le menu, leur mésaventure.

            - Je ne suis pas surpris, car j’ai fait, moi aussi, ma petite enquête. Le commissaire et le fils Verduni sont pain et fromage.

Devant le regard éberlué de Laplume, Giovanni précisa.

            - C’est la formule italienne pour dire qu’ils sont à tu et à toi. 

            - Oui, ils sont tous les deux membres du parti fasciste et il paraît qu’une bonne partie de l’argent, que Verduni père donne à son gamin, finit dans les poches des Chemises Noires. 

            - Maintenant ils vont pouvoir bénéficier de la fortune entière, dit Giovanni. Emile, tu crois qu’il n’y a rien à creuser ici ?

            - On ne peut pas l’exclure. Mais, ca n’explique pas la mise en scène.

            - Excusez-moi, monsieur Laplume, vous êtes un esprit très rationnel. Mais, nous en Italie, on a le sens du théâtre. Mettre le cadavre d’un milliardaire dans une église, peut vouloir dire à ceux qui ont de l’argent qu’ils risquent la damnation s’ils ne soutiennent pas le parti fasciste. 

Emile ne fut pas convaincu par l’explication. Ils allaient rentrer chez la Mamma lorsqu’un autre journaliste fit son apparition. 

            - Alors Giovanni, du nouveau ?

            - Oui, on a rencontré le fils Verduni.

            - Moi, j’ai du nouveau ! J’ai encore la chance d’avoir un informateur au sein du commissariat. Il vient de me dire qu’on avait arrêté un vagabond en possession du portefeuille de Verduni. 

 
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[1]Tueur en série italien du XIXèmesiècle, surnommé le « monstre de Milan »


24/04/2018
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Meurtres en clair-obscur : Episode 7

Episode  7 : Le vrai visage d’Alfredo Verduni.

Le débarquement en force du commissaire ne permit pas aux journalistes d’approfondir la conversation avec Alfredo. Quand il les aperçut, son visage blêmit de colère. 

            - Je vous avais demandé de ne pas vous mêler de cette affaire. D’abord, je ne comprends pas que vous veniez torturer un homme qui vient de perdre son père.

Alfredo, qui, malgré l’heure matinale n’en était pas à son premier verre, partit dans un grand éclat de rire.

            - Commissaire, il n’y a pas de nouvelle qui pouvait me faire le plus plaisir. Mon père était un tyran, c’est pour cela que ma mère est devenue folle. Quant à moi, il ne supportait pas que je ne sois pas comme lui, une saloperie de bourgeois qui ne pense qu’à s’engraisser.

            - Arrêtez, votre père était un parfait honnête homme. Il était bon avec les siens et, à sa manière, il vous aimait. 

            - Ca suffit curé, gardez vos paroles pour son oraison funèbre. Vous et votre père n’étiez que des carpettes, vous étiez prêts à lui lécher les pieds pour qu’il vous distribue quelques miettes. 

Giovanni et Emile assistaient, impuissants, à ce déferlement de haine. Le commissaire attendait tranquillement la suite. Comme Alfredo se servait un nouveau verre, il se tourna vers le curé.

            - Mon père, vous avez le don de vous trouver au mauvais endroit, hier matin au pied d’un cadavre, aujourd’hui chez son fils, il va falloir vous confesser, monsieur le curé.

Giovanni tenta de s’interposer.

            - Monsieur le Curé n’est qu’un témoin par hasard. 

            - Monsieur le journaliste, il n’a pas besoin de vous pour répondre à sa place. 

En deux mots, le curé expliqua les circonstances de sa découverte. 

            - Et vous n’aviez aucune idée de la raison de cette invitation.

            - Aucune.

Alfredo, de plus en plus aviné, reprit la parole.

            - Sûrement pour baptiser un de ses bâtards. Vous l’avez déjà fait, curé ! Mon père croyait qu’avec quelques lires et le secours de l’Eglise, il réparait ses péchés et ainsi gagnait le paradis. S’il avait pu reconnaître ses bâtards en douce, il m’aurait sûrement déshérité. 

Le commissaire reprit la parole.

            - Monsieur le curé, vous avez bien conscience qu’on peut vous soupçonner, d’autant qu’au lieu de parler à la police, vous êtes allé vous refugier vers ces deux scribouillards.

            - J’avais peur.

            - De quoi ? Que je vous soupçonne ?

Alfredo intervint.

            - Je suis sûr que le curé est bien trop pleutre pour se rebeller. 

Emile tenta de se glisser dans la conversation.

            - Je ne veux pas intervenir dans votre travail, commissaire. Mais, est-il fréquent qu’en Italie, on trouve des cadavres à demi dénudés dans les églises. ?

Le commissaire ne savait pas  trop comment se comporter avec Emile. Il est toujours délicat de s’en prendre à un étranger, surtout s’il a une certaine réputation. 

            - J’ai pris des renseignements sur vous, monsieur Laplume. A Paris, vous êtes intouchables, mais ici, n’en faites pas trop. Non, ce n’est pas fréquent, et c’est bien ce qui fait la singularité de ce meurtre, car comme vous l’avez constaté, on ne l’a pas tué dans l’église. On s’est contenté d’y déposer son cadavre. Monsieur le Curé, quelqu’un d’autre était-il au courant de votre rendez-vous ?

            - Non, je n’en avais parlé à personne. 

Laplume répondit.

            - Donc, on est bien face d’une mise en scène. On peut imaginer que l’assassin voulait d’abord qu’on retrouve un cadavre dans l’église, pas forcément celui de monsieur Verduni. 

Le commissaire répondit brutalement.

            - Vous, les journalistes, il n’y a que les hypothèses farfelues qui vous intéressent, ça fait vendre du papier. Mais, je m’intéresse d’abord aux faits et je pense que beaucoup de gens avaient des raisons de s’en prendre à monsieur Verduni. 

Giovanni ne put s’empêcher d’ajouter.

            - A commencer par son fils non ?

 

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17/04/2018
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