Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Jules Sébastien Dumont d’Urville : une vie en mer.

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Quand on prononce le nom de Dumont d’Urville, on pense immédiatement à la Terre Adélie,  cette portion de l’Antarctique qu’il avait découvert en janvier 1840. Ironie du destin, cet homme, qui avait probablement passé plus de la moitié de sa vie en mer, trouva la mort dans un accident de chemin de fer, lors de l’inauguration  de la ligne Invalides- Versailles. Il appartient à la lignée des voyageurs, qui de Bougainville à Cook en passant par Lapérouse, n’ont eu de cesse d’explorer le Pacifique. 

 

Une enfance terrienne. 

 

Dumont d’Urville voit le jour à Condé-sur-Noireau à une centaine de kilomètres de Grandville, c’est-à-dire du bord de mer. Il nait le 23 mai 1790 de l'union de Jeanne de Croisille et de Gabriel Dumont, seigneur d'Urville.  Jules Sébastien est  élevé́ par sa mère et instruit par son oncle, l'abbé de Croisille, peu après le décès de son père alors qu'il n'a que quatre ans. Le destinant aux ordres religieux, sa mère lui donne une éducation quelque peu spartiate, ce qui fit que son caractère fut toujours strict tant avec lui-même qu'avec les autres. Sous la direction de l’oncle Chanoine, il acquiert les humanités et lit, dans le texte, les poètes grecs et latins. A vingt ans, trop jeune pour être reçu à l’école polytechnique, il est admis à l’école de marine en qualité d’aspirant. Polyglotte, il est curieux de tout et étudie l'Astronomie, la Géologie, l'Entomologie et la Botanique.

 

La Vénus de Milo. 

 

En 1811, il peut enfin commencer sa carrière de marin  sur le vaisseau l’Aquilon, puis il passe successivement sur l’Amazone, le Suffren, le Borée et la Ville de Marseille. Il gravit les échelons de la hiérarchie pour devenir, en 1812, enseigne de vaisseau. Trois ans plus tard, il épouse Adèle Pépin, la fille d'un horloger provençal installé à Toulon. En août 1816, Dumont d'Urville apprend le projet de circumnavigation de Louis de Freycinet. Il quitte Toulon pour Paris afin de convaincre Freycinet de le prendre à bord de l'Uranie mais l'état-major est déjà complet. Ensuite, il retourne à Toulon où il reprend ses études : physique, astronomie, sciences naturelles et langues étrangères. En 1819, il s’embarque sur leChevrette, pour une expédition scientifique en Méditerranée. Il est chargé lors de cette expédition des observations d'histoire naturelle et de l'archéologie. Le 8 mai 1820, le navire aborde la petite ile de Milo. Le hasard veut, que quelques jours avant, un paysan, nommé Yorgos Kentrotas, à la recherche de pierres pour bâtir un mur autour de son champ, ait mis à jour le buste d’une statue antique. Les circonstances dans lesquelles, le marquis de Rivière, ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte, est informé de la découverte restent mystérieuses. Dans diverses notices parues à l’époque, Dumont d’Urville affirme qu’il a été le premier à alerter l’ambassadeur. Cette affirmation a été depuis largement controversée. Mais qu’importe ! Après de sombres tractations, la statue rejoint le Louvre en 1821. Elle est considérée à partir de là, comme l’une des plus belles œuvres de la sculpture antique alliant héritage classique et modernité. Dumont d’Urville a désormais d’autres horizons, ce sont les expéditions océaniques qui sont au cœur de ses ambitions. 

 

Les expéditions océaniques.

 

La Coquille

 

À son retour en France, Dumont d'Urville est chargé au sein du dépôt des cartes de la Marine de mettre au clair les observations de la campagne. Parallèlement,  il conçoit un projet de tour du monde avec le capitaine Duperrey, marin expérimenté. Le projet est accepté par le ministère de la Marine mais avec un seul navire : La Coquille,une gabarre de 380 tonneaux qui fut remise en état et pour la circonstance rebaptisée corvette. Le 11 août 1822, la Coquille quitte le port de Toulon, traverse l’océan Atlantique jusqu’au Brésil. Elle remonte ensuite vers le nord en longeant les côtes du Chili, puis traverse l’océan Pacifique en suivant une route très voisine de celle de Bougainville.  Le voyage les conduit aux îles Tuamotu, Tahiti et Tonga. L'escale à Tahiti est une déception car des missionnaires anglais installés sur l'île ont évangélisé les habitants qui désormais sont vêtus, vont à l'église et à l'école. L'état-major de la Coquille procède à de nombreux relevés astronomiques et magnétiques, continue sa collection d'animaux, de plantes et de roche. Finalement, après de longues pérégrinations dans le Pacifique, La Coquillearrive à Marseille le 24 avril 1825. Les résultats de l’exploration sont impressionnants. La démarche adoptée est typique du siècle des Lumières : embrasser toutes les sciences (ethnologie, zoologie, botanique, géographie, hydrographie, astronomie, météorologie). 

 

L’Astrolabe.

 

Dans ses mémoires, Dumont d’Urville n’épargne pas Duperrey qu’il considère comme un piètre capitaine. Il aspire désormais à des voyages dans lesquels il serait le seul maitre à bord. Son vœu est exaucé.  Nommé capitaine de frégate, il se prépare à sa deuxième expédition dans le Pacifique. Le comte Chabrol de Crousol, ministre de la Marine confie à Dumont d’Urville une nouvelle exploration de la mer du Sud. Il reçoit en 1826 le commandement des deux corvettes : la Coquille, renommée L'Astrolabe, et la Zélé. Il a pour mission d’explorer l’Océanie et l'expédition est envoyée dans l’océan Pacifique pour arpenter les côtes de la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et d’autres îles. La seconde mission de l'expédition est de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse.

Le 22 avril 1826, Jules Dumont d’Urville appareille de Toulon comme commandant de l'Astrolabe. Au total, 80 personnes embarquent pour l'expédition. Le capitaine Peter Dillon est le premier à avoir recueilli des objets provenant des épaves de La Pérouse à Tikopia en 1826 puis à Vanikoro sur les lieux du naufrage. Il identifie ces objets comme les restes de l'expédition de La Pérouse mais il refuse de communiquer les coordonnées précises des épaves. Dumont d'Urville aborde à Hobart le 19 décembre 1827 et apprend la découverte de Dillon. Il séjourne à Vanikoro du 21 février au 17 mars et il fait élever un monument à la gloire de La Pérouse. Grâce aux divers témoignages recueillis et à ses observations, D'Urville reconstitue le déroulement du drame. L'Astrolabe est de retour à Marseille le 25 mars 1829. Le bilan est lourd : 12 morts, 14 malades débarqués dans un port, 3 déserteurs. L'expédition de 35 mois a procuré à la géographie et à la navigation la reconnaissance positive de plus de 4 000 lieues de côtes les moins connues du globe sur la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne et la Nouvelle-Guinée ; elle a assuré la position de près de 200 îles ou îlots, dont une soixantaine n’avaient encore figuré sur aucune carte. Dumont d'Urville a cartographié les îles Loyauté, effectué un relevé des côtes de la Nouvelle-Zélande. Il a entrepris une exploration des îles Tonga et des Moluques. Ses rapports ont permis la classification des îles en Mélanésie, Polynésie et Micronésie.

En 1830, il accomplit un voyage nettement moins exotique. Il est chargé du commandement du vaisseau Great-Britain qui transporte Charles X. Pendant plusieurs années, la monarchie de Juillet laisse Dumont d’Urville dans un repos qui semble une disgrâce. En 1836, Il obtient enfin d’exécuter un nouveau voyage depuis longtemps projeté. 

 

L’expédition en Antarctique. 

 

Dumont d'Urville soumet à la Marine un projet pour un autre voyage d'exploration dans les îles du Pacifique, cette fois en passant par le détroit de Magellan. Le gouvernement français souhaitait accroître la présence française dans les mers du sud. Dumont d’Urville ne demandait qu'un navire, le gouvernement lui en donna deux: l'Astrolabe, et la Zélée. Il se vit confier comme mission de passer par le détroit de Magellan, vers les îles Pitcairn, les Fidjis et les Salomons. De là, il devait croiser le long de la côte nord de Nouvelle Guinée, ensuite en Australie Occidentale, Tasmanie et Nouvelle Zélande. Mais, avant tout il devait se rendre aux Shetlands du Sud et ensuite aller aussi loin au Sud que les glaces le permettraient ! La lourde dépense n’est pas au goût de tout le monde. Dans Le Constitutionneldu 16 juillet 1837, le député François Arago lance une lourde charge contre Dumont d’Urville. Il lui reproche d’abord son peu de rigueur scientifique lors d’expéditions précédentes : « Plus j’avançais dans mon examen, et puis il me semblait  que le commandant de l’Astrolabe avait voyagé pendant trois ans, les yeux et les oreilles bouchés ».Puis il prédit l’échec de la mission : « Je maintiendrai que la campagne de ces deux navires est mal conçue, qu’elle ne produira  que d’insignifiants résultats ». Malgré ces vents contraires, l’Astrolabe et la Zélée entament leur long périple. Après une escale à Rio de Janeiro mi-novembre, puis un arrêt en Patagonie en décembre, Dumont d’Urville met le cap vers l’Antarctique. La beauté des paysages glacés est piégeuse. Alors que Dumont d’Urville cherche à pousser toujours plus au sud, il se retrouve bloqué par la banquise début février 1838. Après plusieurs jours d’angoisse, les équipages profitent d’un vent favorable pour s’extraire du piège. A coup de pioche, les marins se frayent un passage vers la liberté. « Après neuf heures de labeur et de fatigue (…) les deux corvettes flottaient enfin sur une mer liquide ». L’expédition remonte ensuite le long des côtes d’Amérique du Sud pour faire escale, en avril, dans la baie de Concepcion (Chili). Cette pause dans un voyage démarré depuis huit mois est la bienvenue, car le scorbut n’épargne pas les matelots. « Malgré les fatigues, les dangers et le terrible fléau qui accompagnèrent ma première tentative, j’ai pris sur moi d’en hasarder une seconde» relate Dumont d’Urville. Son audace paie : le 19 janvier, l’Antarctique est enfin en vue : « Je fus convaincu que la terre était sous mes yeux, et il ne s’agissait plus que de nous en rapprocher suffisamment ».La mission est accomplie. Après trois ans d’aventures, l’expédition arrive à Toulon en novembre 1840. De cette épopée subsistent aujourd’hui quelques souvenirs. Ainsi, la Terre-Adélie n’a pas changé de nom. Elle accueille même une base scientifique nommée… « Dumont d’Urville ».Quant à l’Astrolabe,c’est un brise-glace, en service jusqu’en 2017 dans l’Antarctique, qui a hérité de son fameux nom.

 

Une fin tragique.

 

En 1842, il eut une fin tragique, non pas en mer, mais dans le voyage inaugural de la première ligne de Chemin de Fer Paris-Invalides à Versailles-Rive Gauche. Suite à des fêtes dans le parc de Versailles, les trains avaient été renforcés et deux locomotives remorquaient celui transportant Dumont d'Urville. La première locomotive était plus légère et moins puissante que la seconde, et il est probable qu'au franchissement d'un croisement des voies, la seconde locomotive ait poussé la première en dehors des rails.  Ce déraillement provoqua l'incendie des wagons dont les occupants périrent

 

Pour en savoir plus :

 

Yves Jacob Dumont d'Urville : le dernier grand marin de découvertes, Grenoble : Glénat, 

 

Cliquez ici pour télécharger l'article

Jules-Se--bastien-Dumont-d---Urville--.pdf

 

 



01/10/2018
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