Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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La troublante affaire de Dahlia noir.

 

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Si on dit qu’il n’existe pas de crime parfait, les crimes non élucidés sont une réalité. S’il s’agit parfois de délits mineurs, d’autres crimes beaucoup plus sordides et atroces laissent les policiers nager en plein mystère pendant des mois, des années et même des décennies. Parmi les causes, ayant laissé pantoises les forces de l’ordre, se trouve celle du Dahlia Noir, à laquelle nous n’avons jamais associé de meurtrier. « Le Dahlia noir est un fantôme, une page blanche qui exprime nos peurs et nos désirs. Une Mona Lisa de l'après-guerre, une icône de Los Angeles. »En quelques mots, James Ellroy résume la fascination morbide suscitée par l'assassinat jamais élucidé d'Elizabeth Short, vingt-deux ans, retrouvée nue et mutilée le 15 janvier 1947 au petit matin à Los Angeles dans un terrain vague, après avoir été torturée pendant des heures. C'est le dahlia noir qu'elle portait en permanence dans les cheveux quand, à la recherche d'un rôle à Hollywood, elle arpentait les bars comme serveuse et les boulevards comme michetonneuse qui lui avait valu ce surnom.

 

Qui est le Dahlia noir ?

 

Celle que l’on a connue sous le nom du Dahlia Noir se nommait en fait Elizabeth Short. Troisième d’une famille de cinq enfants, elle est abandonnée par son père alors qu’elle est jeune. Comme plusieurs, l’entreprise de Cleo Short n’a pas résisté au crash boursier de 1929, de sorte que les économies familiales se sont envolées. L’année suivante, son automobile est retrouvée sur un pont, complètement vide. La thèse du suicide est évoquée, mais l’homme est plutôt parti en cavale en abandonnant sa femme et ses cinq filles. A la suite du départ soudain de son père, Elizabeth grandit avec sa mère et ses sœurs dans un petit appartement de Medford, dans le Massachussetts. A partir de l’âge de 16 ans, en raison de ses problèmes d’asthme et de bronchites chroniques, Elle  doit passer les longs et froids mois d’hiver en Floride avant de revenir à Medford auprès de sa famille. A 19 ans, elle retrouve son père en Californie et décide d’y déménager afin de vivre avec celui qu’elle croyait mort depuis toutes ces années. Au tout début de l’année 1943, le père et sa fille déménagent dans la région de Los Angeles, mais se querellent violemment, forçant Elizabeth à le quitter pour Camp Cooke où elle trouvera du travail. Peu de temps après, elle déménage de nouveau dans la région de Santa Barbara où elle se frotte pour la première fois au système judiciaire. En effet, les policiers procèdent à son arrestation puisqu’elle est ivre alors qu’elle est mineure. Le tribunal de la jeunesse la renvoie auprès de sa mère à Medford, mais elle retourne vivre en Floride en visitant à quelques reprises sa mère et ses sœurs au Massachussetts. Pendant le reste des années de guerre, elle continue d'échanger avec le lieutenant Gordon qu’elle avait rencontré en Floride. Il lui propose de l'épouser mais se tue en Inde dans un accident d'avion en novembre 1945. Les années suivantes, gagnant principalement sa vie comme serveuse, elle réside dans différentes villes de Floride, avec quelques retours occasionnels au Massachusetts. En 1946, elle reprend le chemin de la Californie, à destination d'Hollywood, avec pour but de devenir actrice. Elle vivote entre pensions, hôtels et colocations.

 

La macabre découverte

 

Le 15 janvier 1947, à Los Angeles, Betty Bersinger se promenait avec sa fille quand soudain elle aperçut une silhouette sur un terrain vague.  « Je me promenais avec ma petite fille de 3 ans, Anne, le matin du 15 janvier vers 10h45. Nous allions vers le sud de l’avenue Norton, à la section du Leimert Park, où je vais faire réparer les chaussures de Anne. Comme nous passions ce lot vacant entre la 39e rue et l’avenue Coliseum, j’ai vu le corps depuis le trottoir. Il était couché sur le dos et je pouvais voir qu’il était coupé en deux. J’ai été́ tellement choquée et si inquiète que ma petite fille puisse le voir que je l’ai ramassée dans mes bras et j’ai couru vers la maison la plus proche, qui était celle d’un médecin je pense. Après avoir demandé à utiliser le téléphone, j’ai téléphoné à la police. Je ne me souviens pas si j’ai dit au policier avec qui j’ai parlé que le corps était coupé en deux. Et je suis sure de ne pas avoir précisé si c’était un homme ou une femme. Mais je lui ai dit exactement où il était, et j’ai dit qu’il y avait un corps là-bas. Je n’ai rien dit qui laissait à penser que c’était un homme ou un ivrogne. Ma petite fille n’a pas vu le corps. Je me suis assurée qu’elle ne le voit pas. Je suis heureuse qu’elle ne l’ai pas vu et nous allons éviter de parler de l’affaire devant elle. ». Le corps dénudé d’une jeune femme, sectionné au niveau de la taille, avait été abandonné sur un terrain vague au sud de la Norton Avenue. Il avait été complètement vidé de son sang, visiblement lavé et disposé sur le sol, les bras levés au-dessus de la tête et les jambes écartées. Ses chevilles et ses poignets portaient encore les marques de la corde qui avait servi à l’attacher et d’une horrible manière, ses intestins avaient été partiellement retirés de son ventre et soigneusement rangés sous ses fesses. La malheureuse avait été frappée à la tête jusqu’à en arracher la chair de ses oreilles. Sa peau arborait des traces de brûlures de cigarettes, ses seins et l’une de ses jambes avaient été lacérés avec un couteau, et un sourire sinistre, qui partait du coin de ses lèvres et montait jusqu’à ses oreilles, avait été dessiné sur son visage.

 

Une énigme insoluble. 

 

Ce meurtre sauvage fit sensation mais il n'y avait guère d'indices pour faire avancer l'enquête. Au total, 50 hommes et femmes ont dit être responsables de cet homicide, mais aucune preuve irréfutable n’a pu les lier au crime. En quête d’une certaine célébrité ou d’un moment de gloire par rapport à un acte de barbarie ayant été fortement publicisé, ces personnes étaient prêtes à se rendre responsables ou encore à dénoncer des proches dans le but d’être connues.  La police interrogea les nombreuses liaisons de la victime sans pouvoir identifier de suspect potentiel. Peu après la découverte du corps, les enquêteurs reçurent une lettre anonyme constituée à partir de lettres découpées dans des journaux. La missive disait : « Here is Dahlia's Belonging. Letter to follow » (Voici les effets du Dahlia. Une lettre suivra). Au courrier était joint un paquet contenant la carte de sécurité sociale de la victime, son certificat de naissance, un ticket de consigne, diverses photos et le carnet d'adresse d'Elizabeth dont certaines pages avaient été́ arrachées. Les empreintes avaient été soigneusement effacées. L'enquête ne fut pas davantage favorisée. La police ne reçut jamais la lettre promise. Si l’enquête n’aboutit pas, le cas de vingt-cinq suspects fut examiné. Il serait fastidieux de tous les décrire. Cependant, celui de Georges Hodel mérite notre attention. Cet homme fit figure de suspect de choix. Son propre fils, ancien policier à Los Angeles, est convaincu de sa culpabilité. Le fils trouva, à la mort de son père, une photo d'Elizabeth Short dans les effets personnels de ce dernier alors que, de prime abord, il n'aurait pas eu de raison particulière de l'avoir connue. Hodel fut un personnage sortant de l'ordinaire : doté d'un quotient intellectuel hors du commun, pianiste virtuose à l'âge de neuf ans, chauffeur de taxi en contact avec la pègre à l'âge de quinze ans, reporter photo couvrant des affaires de meurtres avant l'âge de vingt ans... Peu après, il devint poète et se lia à plusieurs artistes célèbres dont le réalisateur John Huston et le peintre-photographe Man Ray. Beaucoup de ces artistes, Hodel inclus, se seraient régulièrement livrés à des orgies. En 1945, Hodel fut suspecté dans le cadre de la mort de sa secrétaire, Ruth Spaulding, morte d'une overdose de barbituriques. Les enquêteurs ne crurent jamais vraiment à la thèse du suicide et Spaulding aurait pu avoir eu connaissance d'éléments accablants pour Hodel. Faute de preuves, l'enquête fut close mais Hodel n'en quitta pas moins les Etats-Unis pour se refugier en Chine. En 1949, Hodel fut accusé de viol par sa fille Tamar. Malgré́ les témoignages de plusieurs personnes qui confirmèrent avoir assisté ou participé aux relations sexuelles entre l'accusé et la victime, Hodel fut relaxé au bout de trois semaines de procès grâce à l'un des meilleurs avocats des Etats-Unis, Jerry Giesler.

 

Une avalanche de littérature.

 

Bien entendu le mystère de la mort d’ Elizabeth Short a suscité un torrent d’écrits, soutenant des hypothèses contradictoires.

 

1987: James Ellroy consacre un roman à cette affaire : Le Dahlia noir.

2003: Parution de Black Dahlia Avenger: A Genius for Murder (L'affaire du Dahlia Noir)de Steve Hodel (fils de suspect Georges Hodel)

2013 : Matz, David Fincher et Miles Hyman adaptent le roman de James Ellroy en bande dessinée : Le Dahlia noir.

 

A cette liste, il convient d’ajouter le  livre de Stéphane Bourgoin : Qui a tué le Dahlia Noir, paruen 2014. Stéphane Bourgoin est un écrivain français spécialisé dans l'étude des tueurs en série et du profilage criminel. Il s’est plongé dans la criminologie après la découverte du corps de son épouse dans un état proche de celui d’Elizabeth Short. Il attribue ce crime au « Boucher de Cleveland », ce tueur en série qui commit pas moins de seize crimes entre 1934 et 1939. L’échec de  son arrestation provoqua la chute d’Eliot Ness. 

 

Enfin si vous avez deux heures à perdre (ou à gagner), installez vous devant le film de Brian de Palma : Le Dahlia noir, adaptation cinématographique du roman d'Ellroy, avec Aaron Eckhart, Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank, et Mia Kirshner. 

 

Cliquez ici pour télécharger l'article

 

La-troublante-affaire-de-Dalhia-noir.pdf

 



05/11/2018
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