Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Marc Dugain : La malédiction d’Edgar.

Roman paru en 2005, Edition Gallimard.

 

« J'avais une profonde aversion pour les Kennedy. Je considérais comme une imposture le décalage entre l'image qu'ils renvoyaient et la réalité. Depuis mes premiers jours au FBI, j'avais croisé de sacrés vicieux. Mais rien en comparaison de cette tribu irlandaises » 
Ainsi parle Clyde Tolson, le bras droit et amant du tout-puissant John Edgar Hoover, l'homme qui, à la tête de l'agence fédérale, a mis l'Amérique sur écoute durant les mandats de huit présidents, de 1924 à 1972.

 

Le roman de Marc Dugain se présente comme une sorte de « Docu fiction ». Si le récit de Clyde Tolson est purement fictionnel, pour le construire, l’auteur s’est appuyé sur une documentation historique fournie. C’est une plongée dans les écuries d’Augias d’un Amérique aux odeurs fétides que nous livre Marc Dugain. La surveillance des Kennedy par Hoover et Tolson, qui sont « un peu les historiographes de la famille », trace le parcours de la vie politique américaine de 1924 à 1972, un demi siècle de pouvoir et de secrets d'Etat. C'est la haine de Hoover pour les Kennedy, pour ce qu'ils représentent d'immoral et de malsain, qui pousse l'investigation toujours plus avant dans les affaires personnelles (JFK est passablement éreinté pour ses vices et ses défaillance sexuelles) qui nourrissent de plus en plus de dossiers. Les grands moments de l'histoire contemporaine américaine sont ainsi vus de l'autre côté, sans naïveté outrancière, les meurtres de John et de Robert aussi bien que celle de Marylin (tuée par les Kennedy ?), la montée en puissance de Nixon et sa chute grossière, le maccarthisme et les gens d'Hollywood vendus  à l'anticommunisme primaire (dont un jeune  cowboy sans talent,  Reagan...), l'affaire des missiles cubains et la vie de la Mafia. De quoi nourrir les lecteurs d'Ellroy... Au-delà, il y a cette impunité que John Edgar accorde à la mafia, au nom de l’anticommunisme. Impunité qui s’étend à l’île de Cuba où des personnages aussi recommandable que Meyer Lansky ou Lucky Luciano, dont l’objectif était de faire de l’île un « état criminel », vouée aux jeux, à la drogue et la prostitution.

 

Marc Dugain réussit à donner à la fois une image attachante et cruelle de son monstre, Hoover, dans un roman qui se lit comme une fable des temps modernes, fable noire s'il en est. Noir comme la névrose obsessionnelle de Hoover, comme l'accumulation de bassesses politiques et morales pour mettre en place un ordre moral, justement, qui soit un drap de lin blanc sur l'Amérique. 

 

Quelques mots de l’auteur :
Marc Dugain est né au Sénégal en 1957. Après des études de sciences politiques et de finance, il a exercé différentes fonctions dans la finance et le transport aérien avant de se consacrer à l’écriture. La Chambre des officiers, son premier roman, paru en 1998, a reçu dix-huit prix littéraires, dont le prix des Libraires, le prix Nimier et le prix des Deux-Magots. Il a été traduit en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Adapté au cinéma par François Dupeyron, ce film a représenté la France au Festival de Cannes et a reçu deux Césars. Après Campagne Anglaise et Heureux comme Dieu en France, prix du meilleur roman français 2002 en Chine, il signe avec La malédiction d’Edgar un portrait fascinant de J. Edgar Hoover.

 

Bibliographie sélective : 
1998 : La chambre des officiers , JC Lattès (Entre autres prix, Prix des Deux-Magots, Prix des Libraires, Prix Roger Nimier).2000 : Campagne anglaise, JC Lattès
2000 : Campagne anglaise, JC Lattès
2002 : Heureux comme Dieu en France, Gallimard
2002 : La malédiction d’Edgar, Gallimard.
2007 : Une exécution ordinaire, Gallimard.
2010 : L’insomnie des étoiles, Gallimard.
2012: Avenue des Géants, Gallimard
2014: L’emprise, Gallimard


13/12/2016
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