Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Meurtres en Clair-Obscur : épisode 1

 

 

Episode 1 : Voyage à Rome.

 

Au début de 1921, Laplume se sentait désoeuvré. Après la résolution de l’affaire du notaire de la rue de Rennes, plusieurs patrons de journaux l’avaient sollicité pour reprendre du collier dans le fait divers. Mais, la guerre avait bouleversé la police, comme l’ensemble des Français. Les flics, avec lesquels il avait l’habitude de travailler, n’étaient plus là. Le dernier, Isidore Pacalet[1], avait regagné son Cantal natal. Sans regret, il avait décliné les invitations. Sa pension de mutilé de guerre, ajoutée à quelques piges, lui permettait de vivre décemment. Depuis quelques temps, il s’était mis en tête de voyager. A l’approche de la cinquantaine, il se dit qu’il était temps. Il avait passé une bonne partie de sa vie dans les commissariats et les prétoires. Mis à part quelques déplacements rapides en province, liés à des affaires, son seul grand voyage l’avait conduit dans les tranchées de la Somme. Finalement, il avait cédé à l’invitation de son ami Giovanni Costello. Giovanni était, comme Laplume, un passionné de faits divers, toujours à l’affût de l’enquête mal engagée qui conduirait à la condamnation d’un innocent. Sa passion pour la France l’avait conduit souvent à Paris pour suivre les grands procès d’avant-guerre. En ces occasions, les deux hommes s’étaient liés d’amitié. Laplume lui avait fait découvrir Paris, Giovanni rêvait de faire de même avec Rome.  C’est ainsi qu’au matin du 20 janvier, Laplume se retrouva sur un quai de la gare du Nord, attendant le « Rome express » en provenance de Calais. Au terme d’un voyage, qui dura près de deux jours, dans le confort de la Compagnie Internationale de Wagons Lits, il posa le pied sur le quai de la gare Termini, où l’attendait son ami Giovanni.

            - Emile, je suis heureux de te revoir.

            - Moi aussi, Giovanni. Notre dernière rencontre remonte au procès de madame Caillaux. Il s’en est passé des choses depuis !

            - J’espère que tu es en forme, Rome se visite à pied.

            - C’est un bras que j’ai perdu ! J’espère que tu m’as trouvé un hôtel sympathique.

            - Pas question d’hôtel, mon ami. Comme toi, je suis célibataire endurci, mais j’ai la chance d’avoir toujours ma Mamma ! Nous partageons un appartement près de la place Campo de Fiori, à deux pas du palais Farnèse[2]. Tu ne seras pas dépaysé !

Comme Paris, Rome commençait à être envahie par les automobiles. Pour l’instant, les transports à chevaux faisaient encore de la résistance. Ainsi, charrettes, cabriolets et fiacres se mêlaient aux véhicules à moteur, comme l’odeur du crottin à celle des gaz d’échappement. Les deux hommes s’offrirent un arrêt en terrasse, place Campo de Fiori pour y déguster une bouteille de Ferrari Brut , ce vin blanc pétillant qui vous monte vite à la tête. Vers 19h30, Giovanni déclara qu’il était temps de rentrer. La Mamma n’aimait pas attendre, surtout quand elle avait préparé des saltimboccas. La Mamma les accueillit avec chaleur, tout en faisant remarquer à son fils que 19h30, n’était pas 19h. C’est du moins ce que comprit Laplume avec le peu d’Italien qu’il possédait. Le repas se déroula dans une ambiance chaleureuse. Au moment de partager l’ultime verre de lemoncello, Giovanni parla du programme du lendemain.

            - On va commencer par le quartier du Panthéon, la piazza Navone. Mais avant toute chose, on ira voir Saint-Louis des Français.

Le lendemain matin, après avoir dégusté de délicieux cornettos, les deux hommes prirent lentement la direction du quartier du Panthéon et de  Saint-Louis-des-Français. Ils s’apprêtaient à pénétrer dans l’église par la porte latérale droite. Lorsque, tel un diable sortit de sa boite, un géantn vêtu d’une soutane noire, jaillit de l’église et  faillit les mettre cul sur tête. Giovanni partit dans un grand éclat de rire. 

            - Heureusement que ton ami Clémenceau n’était pas à ta place. Anticlérical comme il est, il se serait dit victime d’un attentat.

            - Tu peux en être sûr ! Ils sont bizarres les curés, chez vous. Se sauver d’une église en courant, on croirait qu’il avait aperçu Lucifer !

Le temps de se remettre de leurs émotions et les deux hommes remontèrent l’allée latérale en direction du chœur. Ils n’allèrent pas très loin. A trois ou quatre mètres de la porte, au milieu de l’allée centrale, gisait un homme, le cou tranché au trois-quarts, vêtu seulement d’un pantalon et d’une chemise ouverte, les mains attachées devant le corps.

 

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E1.pdf



[1] Voir « La chasse au tigre ».

[2] Siège de l’ambassade de France



06/03/2018
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