Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Meurtres en clair-obscur : Episode 2

Episode 2 : Un début de séjour tourmenté.

 

Au cours de sa longue carrière, Laplume avait rencontré des crimes de toutes sortes, des cadavres dans des situations ubuesques, mais jamais il n’avait découvert un corps à demi-dénudé dans une église.  Les deux hommes se regardèrent longuement, interdits. Puis, Giovanni se précipita à la sortie de l’église, mais le curé était loin depuis longtemps.

            - Le bougre est déjà loin.

            - Tu penses bien qu’il n’allait pas rester, surtout si c’est lui.

            - Tu n’en es pas sûr ?

            - Pas du tout, répondit Laplume. Il est peut-être entré pour prier et quand il a vu le cadavre, il a pris peur.

            - Dans ce cas, il aurait pu attendre, prévenir la police.

            - Ne commençons pas à échafauder des hypothèses bancales. Il y a un commissariat pas loin ?

            - A deux pas, mais le commissaire est un jeune loup détestable qui ne supporte pas les journalistes.

            - Je crois qu’on n’a pas le choix. Je vais rester aux pieds du cadavre et toi, tu files au commissariat.

Resté seul dans l’église, Laplume ne fut même pas tenté de la visiter. Il s’assit sur un banc pour examiner cet homme venu mourir ici, tout en se demandant s’il n’attirait pas le mauvais sort. Avoir fait mille cinq cents kilomètres depuis Paris pour tomber sur un nouveau cadavre ne le ravissait pas. Mais, le naturel reprit rapidement le dessus. Laplume fut très vite convaincu que l’homme n’avait pas été tué ici. En effet, étant donné son entaille à la gorge, le sang de l’homme aurait dû se répandre largement autour de lui, or il n’avait pratiquement rien. Il arpenta le trajet depuis les portes, seules quelques gouttes maculaient le sol. L’homme, déjà mort, avait peut-être été transporté ici dans un sac. Il en était là de ses réflexions, lorsque Giovanni revint, accompagné d’un petit homme d’une trentaine d’années au visage revêche et fermé. Il était accompagné d’une armada de policiers en uniforme. Ignorant superbement Laplume, il se pencha sur le cadavre.

            - En voilà un qui n’aura pas souffert.

Se tournant vers Giovanni, il ajouta.

            - Vous n’avez touché à rien ?

            - Non, nous vous avons appelé tout de suite.

Le commissaire ne se donna pas la peine de fouiller le corps. Il donna quelques ordres secs à ses hommes pour interdire l’entrée de l’église et fit prendre quelques clichés. Entre-temps, le curé de la paroisse avait fait son apparition. Il marchait difficilement et avait largement dépassé les soixante-dix ans. Le pauvre homme ne semblait pas comprendre la situation. Il avait été ordonné, sûrement il y a plus de quarante ans et n’avait pas imaginé trouver, un jour, le cadavre d’un homme assassiné dans son église. Le jeune loup ne lui laissa pas le temps de souffler.

            - Monsieur le Curé, vous connaissez cet homme ?

Le prêtre se pencha.

            - Pas du tout !

            - Ce n’est pas un de vos paroissiens ?

            - Si c’en est  un, il n’est guère assidu !

            - Vous étiez dans la sacristie, ce matin ? Vous n’avez rien entendu d’anormal ?

            - Je viens d’arriver, c’est mon sacristain qui ouvre l’église à sept heures. S’il avait vu ou entendu quelque chose d’anormal, il m’aurait prévenu.

            - On peut donc venir égorger des gens dans votre église, comme on veut, quand on veut !

Laplume murmura à Giovanni.

            - Ce type n’a pas été tué ici, tu peux le dire à ton commissaire. Il n’y a presque pas de sang, il a été transporté.

Giovanni transmit le message. La réaction du commissaire fut rude.

            - Vous pouvez dire à ce pisse-copie français que je connais mon métier. Ce curé, qui partait en courant, vous pouvez le décrire ?

            - Il a failli nous renverser, on ne l’a vu que furtivement.

Le commissaire grogna et murmura quelques mots, sans doute, peu agréables pour les journalistes et fit signe d’enlever le corps.

Giovanni et Emile comprirent  que ce n’était pas ce matin-là qu’ils allaient visiter Saint-Louis-des-Français. 

 

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13/03/2018
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