Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Meurtres en clair-obscur : Episode 3.

Episode 3 : Les terreurs de Giovanni.

 

Quand l’encombrant cadavre eut été transporté dans un fourgon, le commissaire fit évacuer l’église. Se tournant vers le curé, il dit d’un ton sec.

            -  Avertissez vos paroissiens que les offices sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Je vais faire procéder à un relevé d’empreintes et rechercher d’autres indices.

A l’attention des deux journalistes, il ajouta.

            - Vous deux, mêlez-vous de vos affaires. Si je retrouve deux lignes, concernant ce crime dans un de vos torchons, il vous en cuira.

A la mine de Giovanni, Laplume comprit qu’il serait vain de discuter.

            - Viens Emile, on va visiter le Panthéon.

A l’intérieur de ce monument plus que millénaire, les deux journalistes gardèrent le silence. Giovanni se contenta de quelques brèves explications autour des tombes d’hommes célèbres. Lorsqu’ils achevèrent la visite, l’heure du déjeuner était proche. Giovanni emmena son ami dans une de ces trattorias dont Rome abonde. Après avoir largement fait honneur aux antipasti, ils s’attaquèrent vaillamment à la Coda alla vaccinara[1]. Quand vint le moment de la grappa, Giovanni sortit de son silence.

            - Tu as dû me trouver bien timoré, ce matin, face à ce flic.

            - Je te comprends, il n’a pas l’air des plus commodes.

            - Oh ! J’en ai connu des commissaires grincheux, qui n’aimaient pas qu’on leur marche sur les pieds. Mais, si on se montrait correct, il y avait moyen de travailler avec eux. Maintenant, en Italie, ça devient impossible. Les fascistes sont partout, surtout dans la police. Bientôt, ils prendront le gouvernement et adieu notre liberté.

Laplume voyait bien que la terreur de Giovanni n’était pas feinte.

            - Si je le contrarie, il n’hésitera pas à donner à ses sbires l’ordre de me balancer dans le Tibre.

            - Donc, inutile d’espérer en découvrir plus sur ce meurtre.

            - Je crains que oui. Il va être attribué aux communistes. Sans mauvais jeu de mot, c’est du pain béni pour ces brutes. Nous, on ne peut rien écrire, mais demain, les torchons fascistes vont titrer sur le crime abominable des rouges qui n’hésitent pas à violer les églises.

            - Tu as d’autres amis dans ce cas ?

            - Tous les journalistes qui essayent de faire leur métier.

            - Et dans ce commissariat, tu n’as pas un contact ? Un policier moins exalté qui pourrait nous parler.

            - Je n’en connais pas un qui prendrait ce risque. En vérité, Emile, je crains surtout pour ma mère, ces salauds sont capables de tout.

            - Je pourrais peut-être essayer d’y fourrer mon nez. Ils n’oseraient pas toucher à un ressortissant français.

Giovanni fit la moue.

            - Je ne voudrais pas te contrarier, Emile. Mais, avec ton italien, tu vas avoir du mal à te faire comprendre.

Laplume ne pouvait le contredire. L’après-midi était déjà bien avancée, lorsque les deux journalistes se dirigèrent du côté de la piazza Colonna. Après avoir admiré la colonne de Marc-Aurèle, Giovanni entraina son compagnon dans une ruelle qui conduisait au temple d’Hadrien. Sans un mot, il l’entraina dans un des rares bars à bières de Rome.  Une tablée de quatre à cinq individus semblaient grandement apprécier la « Helles diabolo », cette bière venue de Toscane. Giovanni se dirigea vers l’assemblée.

            - Je vous présente Emile Laplume, le célèbre journaliste français.

Quelques applaudissements saluèrent cette arrivée. Peu habitué à ce genre de situation, Laplume bredouilla quelques remerciements en italien. La conversation débuta avec l’évocation de quelques affaires célèbres dont Laplume avait rendu compte ou contribué à résoudre. Puis, la bière aidant, elle roula rapidement vers la situation des journalistes en Italie. Emile eut la confirmation que Giovanni n’avait pas exagéré la situation. Le temps où les journalistes pouvaient se montrer critiques ou curieux semblait bien révolu. Il était près de vingt heures lorsqu’ils quittèrent le bar.

            - J’espère que ta mamma n’a rien mis à mijoter, sinon, ne t’attends pas à un accueil chaleureux.

            - Ca se pourrait, Emile, Ca se pourrait.

Tout à leur discussion, aucun des deux ne s’aperçut qu’un curé de grande taille les suivait à distance.

 

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[1] Queue de bœuf à la romaine.



20/03/2018
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