Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Meurtres en clair-obscur : Episode 8.

 

Episode  8 : Ca tourne au vinaigre.

 

En réponse à sa question, Giovanni reçut le fond du verre de whisky dans la figure.  Alfredo, le visage rouge de colère se mit à éructer.

            - Tais-toi, pisse-copie ! Tu n’as rien à faire ici. Fous le camp avec ton curé de malheur.

Le prêtre tenta, sans succès, de le calmer. Le commissaire prit son parti.

            - Les deux journalistes, remontez dans votre auto. Vous, monsieur le curé, vous restez là, vous avez sûrement des tas de choses à me raconter. 

Emile et Giovanni n’eurent d’autre choix que de plier bagage.  

            - Au lieu de visiter Rome, te voilà embarqué dans une drôle d’histoire, Emile.

            - Que veux-tu ! Le hasard est parfois malicieux. Tu m’emmènes au Colisée ?

            - C’est parti.

Il était près de 15 heures lorsque les deux hommes se trouvèrent au pied de cet immense amphithéâtre construit entre  l'Esquilin et le Cælius où s’étaient affrontés des milliers d’hommes et d’animaux. Ils passèrent trois heures à user leurs chaussures au milieu des ruines.  La  restauration du monument s’achevait lentement. Pas une fois, ils n’évoquèrent l’affaire. Emile écoutait religieusement les explications de Giovanni. A la fin de la visite, ils retournèrent boire une bière près du temple d’Hadrien. L’affaire revint alors dans la conversation.

            - Emile, tu crois que le fils fait un suspect présentable ?

            - Non, malgré ses rodomontades, c’est un lâche. Il détestait sûrement son père, mais je ne lui vois pas le courage de le tuer.

            - Dans un accès de colère ?

            - Peut-être, mais pourquoi cette mise en scène ? On n’égorge pas dans un moment de colère. On poignarde, on tire et de plus, on ne prend pas la peine de dénuder à moitié le corps et de le transporter dans une église. 

            - Que penses-tu de cette mise en scène ?

            - Pour l’instant, pas grand chose ! Je n’ai connu qu’un tueur qui pratiquait des meurtres rituels. Il nous a fallu plus de dix ans pour l’identifier (voir https://www.pierre-mazet42.com/blog/meurthe). Il a réussi à se faire passer pour fou. 

            - Une sorte d’Antonio Boggia[1] ?

            - Si tu veux ! 

            - Donc, on pourrait s’attendre à des crimes similaires ?

            - Oui mais nul ne peut dire où et quand, peut-être que le notre ne frappera plus jamais et on va rester avec un meurtre inexpliqué. 

Ils attaquaient leur deuxième choppe lorsqu’un ami de Giovanni vint les rejoindre. 

            - Alors, vous avez usé vos chaussures sur le pavé romain ?

            - En partie oui, mais on a surtout rendu visite au fils Verduni.

Giovanni lui conta, par le menu, leur mésaventure.

            - Je ne suis pas surpris, car j’ai fait, moi aussi, ma petite enquête. Le commissaire et le fils Verduni sont pain et fromage.

Devant le regard éberlué de Laplume, Giovanni précisa.

            - C’est la formule italienne pour dire qu’ils sont à tu et à toi. 

            - Oui, ils sont tous les deux membres du parti fasciste et il paraît qu’une bonne partie de l’argent, que Verduni père donne à son gamin, finit dans les poches des Chemises Noires. 

            - Maintenant ils vont pouvoir bénéficier de la fortune entière, dit Giovanni. Emile, tu crois qu’il n’y a rien à creuser ici ?

            - On ne peut pas l’exclure. Mais, ca n’explique pas la mise en scène.

            - Excusez-moi, monsieur Laplume, vous êtes un esprit très rationnel. Mais, nous en Italie, on a le sens du théâtre. Mettre le cadavre d’un milliardaire dans une église, peut vouloir dire à ceux qui ont de l’argent qu’ils risquent la damnation s’ils ne soutiennent pas le parti fasciste. 

Emile ne fut pas convaincu par l’explication. Ils allaient rentrer chez la Mamma lorsqu’un autre journaliste fit son apparition. 

            - Alors Giovanni, du nouveau ?

            - Oui, on a rencontré le fils Verduni.

            - Moi, j’ai du nouveau ! J’ai encore la chance d’avoir un informateur au sein du commissariat. Il vient de me dire qu’on avait arrêté un vagabond en possession du portefeuille de Verduni. 

 
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[1]Tueur en série italien du XIXèmesiècle, surnommé le « monstre de Milan »



24/04/2018
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