Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Meurtres en clair-obscur : Episode 9

La nouvelle de l’arrestation d’un vagabond, porteur du portefeuille de Verduni, semblait clore l’affaire. Cependant, elle ne pouvait satisfaire les journalistes attablés autour des choppes de « Helles diabolo ». Giovanni s’en émut le premier.

            - Ca ne prouve rien. Si vous voulez mon avis, c’est une manipulation. Il leur fallait un coupable et ils ont attrapé un pauvre type pour lui faire porter le chapeau.

            - Une histoire de crime crapuleux ne cadre pas bien avec la mise en scène du cadavre dans l’église Saint-Louis-des-Français, ajouta Emile. Mais, il n’est pas impossible que ce pauvre type ait ramassé le portefeuille quelque part. 

            - Vous ne savez pas comment, il a été arrêté ?

            - D’après mon informateur, il s’est bagarré dans une trattoria. Il était ivre. Le patron a appelé les agents et ils ont trouvé, sur lui, un paquet de lires et le portefeuille de Verduni. 

            - Donc, il y a bien des chances pour qu’il ait trouvé ce portefeuille quand l’assassin s’en est débarrassé, conclut Laplume. 

Giovanni ajouta.

            - C’est du pain béni pour le commissaire, une affaire résolue en moins de deux jours. Je prends les paris que demain certains journaux vont se battre pour lui tresser des louanges. 

 C’est sur ce constat désabusé que le groupe s’égaya. Giovanni et Laplume continuèrent leur conversation.

            - Je crois qu’on a plus qu’à baisser les bras, dit Giovanni. On va continuer tranquillement notre visite de Rome. 

            - C’est ce qu’on peut faire croire à notre facho de commissaire et essayer de continuer à enquêter.

            - Tu ne renonces jamais, Emile. Mais là, je te rappelle qu’on a affaire à des gens sans scrupule. En France, tu as des protections, ici, moi je n’ai rien. Ils peuvent s’en prendre à ma mère quand bon leur semblera. 

Emile n’avait pas pris totalement conscience de la situation italienne. En France, il avait eu droit aux lazzis et aux insultes lors de l’affaire Dreyfus, mais il n’avait jamais craint pour sa vie. Là, il sentait bien que son ami Giovanni redoutait le pire.

            - Tu as raison, Giovanni. On ne va pas risquer de mettre ta mère en danger. On va continuer tranquillement à visiter Rome et ne plus nous occuper de l’affaire. Après tout, on a l’informateur de ton copain dans la place et je pense que le curé est de notre côté. 

Les deux hommes continuèrent leur route en salivant à l’avance sur la spécialité qu’avait due préparer la Mamma. Celle-ci n’était pas seule. Attablé dans la cuisine devant un verre de Limoncello, le curé bavardait avec la Mamma.

            - Tiens, monsieur le curé, on ne s’attendait pas à vous revoir aussi vite. Le commissaire vous a  relâché ?

            - Il n’avait pas de raison pour me garder.

            - Certes, mais vous êtes le principal témoin. Mais, que nous vaut votre visite ?

            - J’ai pensé que vous aimeriez savoir ce qui s’est passé après votre départ. 

            - Cela ne serait pas pour nous déplaire. Nous vous écoutons. 

            - Après votre départ, Alfredo s’est un peu calmé, bien qu’il ait continué à boire plus que de raison. 

            - Est-ce que le commissaire l’a interrogé sur son emploi du temps ?

            - Pas du tout.

            - Donc, il le considère, par avance comme innocent.

            - Alfredo a confié qu’il avait vu son père, pour la dernière fois, il y a deux semaines environ et que la rencontre s’était mal passée. 

            - Ils se sont disputés ?

            - Assez violemment, au sujet de madame Verduni. Le fils a continué d’accuser son père d’être responsable de la folie de sa mère. 

            - Vous y croyez monsieur le curé ?

Le prêtre se montra dubitatif.

            - Je ne peux pas prétendre que monsieur Verduni père était un saint. Mais est-ce que cela suffit à expliquer la maladie de madame Verduni ? Je n’en sais rien. 

Laplume intervint.

            - Que savez-vous des fréquentations de Verduni fils ?

            - Pas grand-chose, monsieur Laplume, mais la faune nocturne romaine n’est sûrement pas meilleure que celle de Paris.

            - Où veux-tu en venir, Emile ?

            - Quand on a de l’argent, on peut acheter des amis n’importe où. 

 

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02/05/2018
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