Du Polar et de l'Histoire : le blog de Pierre Mazet

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Pages d'histoire


Lawrence d’Arabie : dernier héros romantique.

 

 

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Le 19 mai 1935, Thomas Edward Lawrence décède suite à un accident de moto dans la Dorset. L'un des mythes de ce début de 20ème siècle, Lawrence d'Arabie, vient de disparaître. Il est à la fois archéologue, ethnologue, conseiller militaire, conseiller diplomatique, agent de renseignement. Il est notamment connu pour sa connaissance du Moyen-Orient et des Arabes avant et pendant la Première Guerre mondiale et pour son implication déterminante et ses fonctions de conseiller pendant la révolte arabe qui débuta en juin 1916. Les multiples facettes de sa personnalité et de ses actes suscitent les interrogations et les polémiques parmi ses contemporains, comme le relate Benoist-Méchin : « Faut-il s’étonner, (…), si les critiques, déroutées par la complexité du personnage, ont porté sur lui les jugements les plus contradictoires ? ». Il aura été « Un Tartuffe, un mythomane et un imposteur sans scrupule», pour Richard Aldington , « un baladin assoiffé de publicité personnelle », pour Lord Thomson. Mais, Winston Churchill, qui savait juger les hommes, a proclamé hautement : « Outre ses capacités multiples, Lawrence possédait la marque du génie, que tout le monde s’accorde à reconnaître mais que nul ne peut définir. »

 

Une jeunesse britannique mêlée de voyages  

 

Thomas Edward Lawrence est né le 16 août 1888 à Trémadoc dans le Pays de Galles. Son père, dont le vrai nom était Chapman, a quitté l'Irlande, sa femme, ses quatre filles et une bonne partie de sa fortune pour aller vivre avec sa gouvernante Sarah Junner. Mme Chapman refusant de divorcer, les Chapman prennent le nom de Lawrence et forment au gré de la naissance de cinq fils une famille parfaitement honorable. Tout le monde, enfants y compris, ignore l'illégitimité de leur relation. Thomas Edward, le second des cinq fils, la découvre pendant son adolescence. Après nombre  de déplacements et un séjour de quelques années à Dinard en France, la famille Lawrence s'installe à Oxford dans le courant de l'été 1896, afin d'assurer une éducation saine et stable aux cinq garçons. La scolarité de Thomas Edward se déroule sans aucun problème. Il est très doué et il passe brillamment tous ses examens. En octobre 1907, il obtient une bourse pour le Jesus College, toujours à Oxford. Il s’intéresse à l’histoire, en particulier aux croisades, aux châteaux forts et aux bédouins. Cet attrait le pousse à entreprendre un voyage au Moyen-Orient. Il arrive ainsi à l’été 1909 à Beyrouth, puis se rend à Sidon (Saïda), en Galilée, à Tibériade, à Nazareth, Haïfa, Saint Jean d’Acre et Tyr. Il entreprend ensuite de visiter la Syrie du Nord. Mais son attrait intellectuel pour les croisades laisse progressivement la place aux Arabes, qui « exercent un attrait particulier sur mon imagination. Ils représentent l’antique civilisation qui a su se libérer des dieux du foyer et de la plupart des entraves dont nous nous chargeons avec empressement ».  Il se rend ensuite dans la région du haut Euphrate, regagne Alep et Beyrouth, et rentre en Angleterre. Il soutient alors sa thèse sur « L’influence des croisades sur l’architecture militaire d’Europe, jusqu’à la fin du XIII ème siècle » et obtient la meilleure mention.

 

Géographe et agent de liaison.

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Lawrence rejoint la section géographique de l'état-major général, où il est employé comme cartographe, rédigeant notamment un rapport sur les routes traversant le désert du Sinaï. En octobre 1914, il est affecté, grâce à Hogarth, comme sous-lieutenant au service cartographique du ministère de la guerre. A la fin du mois de décembre, il est transféré au Caire au Service des Renseignements militaires où il retrouve Newcombe et Woolley. Il se fait très vite remarquer par son excellent travail. Il participe à la préparation d'un plan de débarquement à Alexandrette, passe une semaine à Athènes pour enseigner l'exploitation des photographies aériennes (en août 1915), interroge des prisonniers et contribue à la publication de bulletins d'informations pour l'armée d'Egypte. En avril 1916, il part avec Audrey Hebert en mission à Bassorah, pour négocier la reddition des troupes britanniques encerclées à Kut-Al-Amara. Ils échouent, mais Lawrence en profite pour produire un long rapport confidentiel sur l'état de l'armée britannique de Mésopotamie et sur les possibilités inexploitées d'utiliser le nationalisme arabe contre les turcs dans cette région. Il devient rapidement agent de liaison entre les tribus arabes révoltées et les Britanniques. Il fait depuis toujours partie du clan des Arabophiles qui pensent que le meilleur moyen de battre la Turquie est de provoquer la révolte des Arabes qui constituent une part importante de l'empire Ottoman en leur promettant l'indépendance. Depuis le début de la guerre, Sir Henry McMahon et Ronald Storrs négocient secrètement avec Hussein, le chérif de La Mecque. Début juin 1916, le chérif proclame finalement l'insurrection pour la plus grande joie de Lawrence et de ses amis. Lawrence tient absolument à rejoindre l'Arab Bureau nouvellement formé sous la direction d'Hogarth, et chargé de tout ce qui touche à la révolte arabe. Jugé indispensable dans son service, il se rend insupportable à ses supérieurs. Il est finalement muté en octobre 1916.

 

Du renseignement à la guerre. 

 

En janvier 1917, il est avec l'armée arabe lors de la prise d'El Ouedj. Dès le mois de mars, il organise des raids contre les voies ferrées. En juillet, il fait partie de la petite troupe qui capture par surprise le port d'Akaba. Cet exploit modifie radicalement les données stratégiques de la révolte Arabe et le statut de Lawrence. Il obtient la pleine confiance du général Allenby, le nouveau commandant en chef de l'armée d'Egypte, qui lui fournit des moyens financiers et matériels considérables. Pour les Britanniques, il est maintenant le « responsable » de l'armée de Fayçal qui a quitté le Hedjaz pour constituer l'aile droite d'Allenby au Sinaï et en Palestine. Les succès militaires et les drames personnels vont alors se succéder rapidement. Il ne peut tenir sa promesse de détruire les viaducs du Yarmuk; il est capturé par les turcs, torturé et violé avant de pouvoir s'échapper. Il a l'honneur d'être parmi les premiers à rentrer à pied dans Jérusalem libéré.  Il défait un bataillon turc à Tafila; il ment à ses amis arabes sur les véritables intentions des Alliés.  Il accélère par des raids audacieux la débandade des troupes turques. Tout s'achève avec une entrée triomphale à Damas, aux côtés de Fayçal le 30 septembre 1918. Trois jours après, il obtient d'Allenby une permission et  rentre en Angleterre avec le grade de lieutenant-colonel.

 

La désillusion 

 

A la suite de la prise de Damas, Lawrence décide de rentrer en Grande-Bretagne. Si son rêve d’avoir pu donner l’indépendance aux Arabes semble s’être réalisé, en revanche, la signature des accords Sykes-Picot[1]par les Français et les Britanniques lui apparaît comme une trahison. Selon Lawrence, «le bruit de cet artifice atteignit certaines oreilles arabes par le canal de la Turquie. Les Arabes, qui avaient vu mon amitié et ma sincérité à l’épreuve des combats, me demandèrent de garantir les promesses du gouvernement britannique. Je n’avais jamais été officiellement averti, ni même amicalement renseigné, sur les engagements de Mac Mahon et le traité Sykes-Picot : tous deux avaient été établis par les bureaux du Foreign Office. Mais comme je n’étais pas absolument idiot, je voyais bien que si nous gagnions la guerre, les promesses faites aux Arabes seraient un chiffon de papier. Si j’avais été un conseiller honnête, j’aurais dû renvoyer mes hommes chez eux au lieu de les laisser risquer leur vie pour ces histoires douteuses. Mais l’enthousiasme arabe n’était-il pas notre meilleur atout dans cette guerre du Proche-Orient ? J’affirmais donc à mes compagnons de lutte que l’Angleterre respectait la lettre et l’esprit de ses promesses ».  Il quitte alors l’Orient, avec le sentiment d’avoir été trahi et surtout d’avoir trahi la cause des Arabes. Il va alors dépenser toute son énergie pour la cause des Arabes, raison pour laquelle il refuse d'être décoré par le roi Georges V. Il participe à la conférence de Versailles, comme délégué britannique détaché auprès de la mission du Hedjaz conduite par Fayçal. Malgré des concessions aux Sionistes et la sympathie des Américains, Lawrence et les Arabes ne parviennent pas à contrer les ambitions colonialistes de la France et de la Grande-Bretagne qui finissent par prévaloir dans une myriade d'accords ou déclarations contradictoires (McMahon, Sykes-Picot, Balfour, les Sept du Caire, 14 points de Wilson). L'échec est consommé en juillet 1919 quand les troupes françaises chassent Fayçal du trône de Syrie qui lui avait été accordé sous mandat français. Il y a aussi de graves problèmes avec l'administration britannique en Mésopotamie que Lawrence critique dans une série de lettres ouvertes au Times ainsi qu'à d'autres journaux, entre mai et octobre 1920.

 

Aviateur et Ecrivain. 

 

Dans l’immédiat après-guerre, Lawrence travaille pour le Foreign Office et assiste à la conférence de paix de Paris entre janvier et mai 1919 en tant que membre de la délégation de Fayçal. Il est ensuite conseiller de Winston Churchill au Colonial Office jusque vers la fin de 1921. C'est lui qui obtient, avec son amie l'orientaliste Gertrude Bell, que la couronne d'Irak soit remise à Fayçal, qui vient de perdre le trône de Syrie. En 1922, il met fin à sa carrière de conseiller politique pour les affaires proche-orientales et signe un engagement comme simple soldat dans la Royal Air Force, sous le nom de J.H. Ross, affecté pour se former à l'école de photographie de Farnborough. Pendant ce temps, il a parachevé la rédaction d’un  livre monumental de 700 pages, Les Sept Piliers de la sagesse, dans lequel il livre sa version des événements de 1916-1918. Une édition privée est publiée en 1922, une deuxième, limitée à 200 exemplaires en 1926 et, surtout, une version abrégée, Révolte dans le désert, en 1927, qui consacre la popularité de Lawrence, renforcée par de multiples publications à son sujet. Son engagement dans la RAF ayant été rendu public par la presse, il accepte un poste en Inde, mais, là encore, sa notoriété le dessert : certains articles de presse, en Grande-Bretagne mais aussi en France, en Russie soviétique et jusqu'aux États-Unis, insinuent qu'il s'agit d'une couverture pour des activités d'espionnage dans l'Afghanistan voisin. Lawrence doit donc être rapatrié en Angleterre en 1929, où il est affecté à la base RAF de Plymouth. En dehors des obligations de service, il entretient une volumineuse correspondance, travaille à la rédaction d'un récit de son expérience dans l'armée de l'Air The Mint , qui ne paraîtra qu'à titre posthume, en 1955 et à une traduction de l' Odyssée , qu'il achève en 1931.

 

Un héros romantique ?

 

Au-delà d’une vie totalement romanesque, Lawrence reste d'abord comme un héros militaire hors du commun. Cependant, les zones d’ombre ne sont pas absentes. Il est parfois difficile de démêler la vérité de la légende.  Son rôle dans la révolte arabe a-t-il été aussi déterminant qu'il le présente dans les Piliers ? Son attachement à la cause nationale arabe au Moyen-Orient demeure un élément central de son existence, mais il n'a pu, ni au fond voulu, car sa loyauté envers sa patrie prima, faire aboutir ce pour quoi les tribus bédouines s'étaient révoltées : le Moyen-Orient, à l'instar de la Palestine, était bien une terre « trop promise ».

 

Pour en savoir plus :

 

Christian Destremau, Lawrence d'Arabie, Paris, Perrin, 2014.

 

François Sarindar, Lawrence d'Arabie : Thomas Edward, cet inconnu,Paris, Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », 2010.

 

Et bien entendu, le film de David Lean, Lawrence d’Arabie, avec Peter O’Toole, 1962.  

 

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[1]Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le 16 mai 1916, après négociations entre novembre 1915 et mars 1916, entre la France et le Royaume-Uni (avec l'aval de l'Empire russe et du royaume d'Italie), prévoyant le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la merRouge, l'océan Indien et la mer Caspienne) en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l'Empire ottoman.


12/11/2018
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La troublante affaire de Dahlia noir.

 

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Si on dit qu’il n’existe pas de crime parfait, les crimes non élucidés sont une réalité. S’il s’agit parfois de délits mineurs, d’autres crimes beaucoup plus sordides et atroces laissent les policiers nager en plein mystère pendant des mois, des années et même des décennies. Parmi les causes, ayant laissé pantoises les forces de l’ordre, se trouve celle du Dahlia Noir, à laquelle nous n’avons jamais associé de meurtrier. « Le Dahlia noir est un fantôme, une page blanche qui exprime nos peurs et nos désirs. Une Mona Lisa de l'après-guerre, une icône de Los Angeles. »En quelques mots, James Ellroy résume la fascination morbide suscitée par l'assassinat jamais élucidé d'Elizabeth Short, vingt-deux ans, retrouvée nue et mutilée le 15 janvier 1947 au petit matin à Los Angeles dans un terrain vague, après avoir été torturée pendant des heures. C'est le dahlia noir qu'elle portait en permanence dans les cheveux quand, à la recherche d'un rôle à Hollywood, elle arpentait les bars comme serveuse et les boulevards comme michetonneuse qui lui avait valu ce surnom.

 

Qui est le Dahlia noir ?

 

Celle que l’on a connue sous le nom du Dahlia Noir se nommait en fait Elizabeth Short. Troisième d’une famille de cinq enfants, elle est abandonnée par son père alors qu’elle est jeune. Comme plusieurs, l’entreprise de Cleo Short n’a pas résisté au crash boursier de 1929, de sorte que les économies familiales se sont envolées. L’année suivante, son automobile est retrouvée sur un pont, complètement vide. La thèse du suicide est évoquée, mais l’homme est plutôt parti en cavale en abandonnant sa femme et ses cinq filles. A la suite du départ soudain de son père, Elizabeth grandit avec sa mère et ses sœurs dans un petit appartement de Medford, dans le Massachussetts. A partir de l’âge de 16 ans, en raison de ses problèmes d’asthme et de bronchites chroniques, Elle  doit passer les longs et froids mois d’hiver en Floride avant de revenir à Medford auprès de sa famille. A 19 ans, elle retrouve son père en Californie et décide d’y déménager afin de vivre avec celui qu’elle croyait mort depuis toutes ces années. Au tout début de l’année 1943, le père et sa fille déménagent dans la région de Los Angeles, mais se querellent violemment, forçant Elizabeth à le quitter pour Camp Cooke où elle trouvera du travail. Peu de temps après, elle déménage de nouveau dans la région de Santa Barbara où elle se frotte pour la première fois au système judiciaire. En effet, les policiers procèdent à son arrestation puisqu’elle est ivre alors qu’elle est mineure. Le tribunal de la jeunesse la renvoie auprès de sa mère à Medford, mais elle retourne vivre en Floride en visitant à quelques reprises sa mère et ses sœurs au Massachussetts. Pendant le reste des années de guerre, elle continue d'échanger avec le lieutenant Gordon qu’elle avait rencontré en Floride. Il lui propose de l'épouser mais se tue en Inde dans un accident d'avion en novembre 1945. Les années suivantes, gagnant principalement sa vie comme serveuse, elle réside dans différentes villes de Floride, avec quelques retours occasionnels au Massachusetts. En 1946, elle reprend le chemin de la Californie, à destination d'Hollywood, avec pour but de devenir actrice. Elle vivote entre pensions, hôtels et colocations.

 

La macabre découverte

 

Le 15 janvier 1947, à Los Angeles, Betty Bersinger se promenait avec sa fille quand soudain elle aperçut une silhouette sur un terrain vague.  « Je me promenais avec ma petite fille de 3 ans, Anne, le matin du 15 janvier vers 10h45. Nous allions vers le sud de l’avenue Norton, à la section du Leimert Park, où je vais faire réparer les chaussures de Anne. Comme nous passions ce lot vacant entre la 39e rue et l’avenue Coliseum, j’ai vu le corps depuis le trottoir. Il était couché sur le dos et je pouvais voir qu’il était coupé en deux. J’ai été́ tellement choquée et si inquiète que ma petite fille puisse le voir que je l’ai ramassée dans mes bras et j’ai couru vers la maison la plus proche, qui était celle d’un médecin je pense. Après avoir demandé à utiliser le téléphone, j’ai téléphoné à la police. Je ne me souviens pas si j’ai dit au policier avec qui j’ai parlé que le corps était coupé en deux. Et je suis sure de ne pas avoir précisé si c’était un homme ou une femme. Mais je lui ai dit exactement où il était, et j’ai dit qu’il y avait un corps là-bas. Je n’ai rien dit qui laissait à penser que c’était un homme ou un ivrogne. Ma petite fille n’a pas vu le corps. Je me suis assurée qu’elle ne le voit pas. Je suis heureuse qu’elle ne l’ai pas vu et nous allons éviter de parler de l’affaire devant elle. ». Le corps dénudé d’une jeune femme, sectionné au niveau de la taille, avait été abandonné sur un terrain vague au sud de la Norton Avenue. Il avait été complètement vidé de son sang, visiblement lavé et disposé sur le sol, les bras levés au-dessus de la tête et les jambes écartées. Ses chevilles et ses poignets portaient encore les marques de la corde qui avait servi à l’attacher et d’une horrible manière, ses intestins avaient été partiellement retirés de son ventre et soigneusement rangés sous ses fesses. La malheureuse avait été frappée à la tête jusqu’à en arracher la chair de ses oreilles. Sa peau arborait des traces de brûlures de cigarettes, ses seins et l’une de ses jambes avaient été lacérés avec un couteau, et un sourire sinistre, qui partait du coin de ses lèvres et montait jusqu’à ses oreilles, avait été dessiné sur son visage.

 

Une énigme insoluble. 

 

Ce meurtre sauvage fit sensation mais il n'y avait guère d'indices pour faire avancer l'enquête. Au total, 50 hommes et femmes ont dit être responsables de cet homicide, mais aucune preuve irréfutable n’a pu les lier au crime. En quête d’une certaine célébrité ou d’un moment de gloire par rapport à un acte de barbarie ayant été fortement publicisé, ces personnes étaient prêtes à se rendre responsables ou encore à dénoncer des proches dans le but d’être connues.  La police interrogea les nombreuses liaisons de la victime sans pouvoir identifier de suspect potentiel. Peu après la découverte du corps, les enquêteurs reçurent une lettre anonyme constituée à partir de lettres découpées dans des journaux. La missive disait : « Here is Dahlia's Belonging. Letter to follow » (Voici les effets du Dahlia. Une lettre suivra). Au courrier était joint un paquet contenant la carte de sécurité sociale de la victime, son certificat de naissance, un ticket de consigne, diverses photos et le carnet d'adresse d'Elizabeth dont certaines pages avaient été́ arrachées. Les empreintes avaient été soigneusement effacées. L'enquête ne fut pas davantage favorisée. La police ne reçut jamais la lettre promise. Si l’enquête n’aboutit pas, le cas de vingt-cinq suspects fut examiné. Il serait fastidieux de tous les décrire. Cependant, celui de Georges Hodel mérite notre attention. Cet homme fit figure de suspect de choix. Son propre fils, ancien policier à Los Angeles, est convaincu de sa culpabilité. Le fils trouva, à la mort de son père, une photo d'Elizabeth Short dans les effets personnels de ce dernier alors que, de prime abord, il n'aurait pas eu de raison particulière de l'avoir connue. Hodel fut un personnage sortant de l'ordinaire : doté d'un quotient intellectuel hors du commun, pianiste virtuose à l'âge de neuf ans, chauffeur de taxi en contact avec la pègre à l'âge de quinze ans, reporter photo couvrant des affaires de meurtres avant l'âge de vingt ans... Peu après, il devint poète et se lia à plusieurs artistes célèbres dont le réalisateur John Huston et le peintre-photographe Man Ray. Beaucoup de ces artistes, Hodel inclus, se seraient régulièrement livrés à des orgies. En 1945, Hodel fut suspecté dans le cadre de la mort de sa secrétaire, Ruth Spaulding, morte d'une overdose de barbituriques. Les enquêteurs ne crurent jamais vraiment à la thèse du suicide et Spaulding aurait pu avoir eu connaissance d'éléments accablants pour Hodel. Faute de preuves, l'enquête fut close mais Hodel n'en quitta pas moins les Etats-Unis pour se refugier en Chine. En 1949, Hodel fut accusé de viol par sa fille Tamar. Malgré́ les témoignages de plusieurs personnes qui confirmèrent avoir assisté ou participé aux relations sexuelles entre l'accusé et la victime, Hodel fut relaxé au bout de trois semaines de procès grâce à l'un des meilleurs avocats des Etats-Unis, Jerry Giesler.

 

Une avalanche de littérature.

 

Bien entendu le mystère de la mort d’ Elizabeth Short a suscité un torrent d’écrits, soutenant des hypothèses contradictoires.

 

1987: James Ellroy consacre un roman à cette affaire : Le Dahlia noir.

2003: Parution de Black Dahlia Avenger: A Genius for Murder (L'affaire du Dahlia Noir)de Steve Hodel (fils de suspect Georges Hodel)

2013 : Matz, David Fincher et Miles Hyman adaptent le roman de James Ellroy en bande dessinée : Le Dahlia noir.

 

A cette liste, il convient d’ajouter le  livre de Stéphane Bourgoin : Qui a tué le Dahlia Noir, paruen 2014. Stéphane Bourgoin est un écrivain français spécialisé dans l'étude des tueurs en série et du profilage criminel. Il s’est plongé dans la criminologie après la découverte du corps de son épouse dans un état proche de celui d’Elizabeth Short. Il attribue ce crime au « Boucher de Cleveland », ce tueur en série qui commit pas moins de seize crimes entre 1934 et 1939. L’échec de  son arrestation provoqua la chute d’Eliot Ness. 

 

Enfin si vous avez deux heures à perdre (ou à gagner), installez vous devant le film de Brian de Palma : Le Dahlia noir, adaptation cinématographique du roman d'Ellroy, avec Aaron Eckhart, Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank, et Mia Kirshner. 

 

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05/11/2018
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Alexandra David-Néel : une femme au Tibet.

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Dans une page précédente, nous avons raconté l’histoire de Jane Baret qui avait dû, au XVIIIème siècle, se déguiser en homme pour accomplir son tour du monde. Au début du XXème siècle, les temps ont changé. Alexandra David-Néel n’eut besoin de l’autorisation de personne pour se lancer à l’assaut du Tibet. Alexandra David-Néel est une personnalité contrastée et complexe. Personnage hors du commun, elle a mené une vie très active, très longtemps. Hors du commun, elle l’est d’abord par sa longévité exceptionnelle, puisqu’elle meurt en 1969 à presque 101 ans,  mais elle l’est aussi par ses choix de vie. On peut, en effet, distinguer trois grandes périodes dans cette longue existence : 

- après la jeunesse, une carrière de cantatrice jusqu’à son mariage en 1904 ; 

- à  partir de 1905 et jusqu’en 1946, une longue pérégrination, en Europe d’abord, en Asie ensuite, ponctuée de brefs retours, puis de très longues absences. 

- enfin, la retraite active enfin dans sa maison de Digne à partir de 1946.

 

Une enfance bercée par la commune.  

 

Fille unique d’Alexandrine Borghmans et de Louis David, Alexandra nait à Saint-Mandé en France le 24 octobre 1868. Contre l’avis de sa mère, catholique, son père la fait baptiser en secret dans la foi protestante. En mai 1871, choqué par l’exécution de 147 communards devant le mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise, Louis David y emmène Alexandra, qui n’a pas encore trois ans, pour qu’elle se souvienne de cette violence. Deux ans plus tard, la famille part s’installer en Belgique. Durant toute son enfance et son adolescence elle côtoie Élisée Reclus, qui l'amène à s'intéresser aux idées anarchistes de l'époque (Michel Bakounine) et aux féministes qui lui inspireront la publication de « Pour la vie »en 1898. Elle devient d'ailleurs une libre collaboratrice de « La Fronde », journal féministe créé par Marguerite Durand et géré coopérativement par des femmes. Elle participe également à diverses réunions du Conseil national des femmes françaises ou italiennes. Mais elle rejette en revanche certaines des positions prônées lors de ces réunions (par exemple le droit de vote), préférant la lutte pour l'émancipation économique. Alexandra s'éloignera d'ailleurs de ces « oiseaux aimables, au précieux plumage », ces féministes venant pour la plupart de la haute société, et oubliant la lutte économique à laquelle la plupart des femmes sont astreintes.

 

Vers le Bouddhisme et les premiers pas en Asie. 

 

Après des études musicales et lyriques, elle se lance dans des travaux sur la philosophie bouddhiste, apprend le sanskrit, suit les cours sur le Tibet au Collège de France et passe de longues heures dans la salle de lecture du musée Guimet : " L'Inde, la Chine, le Japon, tous les points de ce monde commencent au-delà de Suez… Des vocations naissent… La mienne y est née " écrit-elle plus tard. Vers 1891, devenue majeure et bénéficiant d'un petit héritage, elle s'embarque pour l'Inde. Elle est très vite envoûtée par ce grand pays où elle fuit la société coloniale et l'orientalisme de pacotille et parcourt seule le pays pendant un an.  

 

La cantatrice.

 

L'argent commençant à manquer, elle retourne en France avec la ferme intention de revenir. De retour à Paris où elle doit désormais gagner sa vie, plus nomade que jamais et forte de ses études musicales, elle se lance dans une carrière d'artiste lyrique. Elle se retrouve ainsi sur la scène de différents théâtres, puis, sous le pseudonyme de MademoiselleMyrial, elle aura l'emploi de première chanteuse aux théâtres de Haiphong et de Hanoï. Cette tournée au Tonkin terminée, elle retourne en France où elle publie un manifeste libertaire. De 1897 à 1900, elle partage, à Paris, la vie du pianiste Jean Haustont, avec qui elle écrit Lidia,drame lyrique en un acte dont Haustont compose la musique et Alexandra le livret. Elle part chanter à l'opéra d'Athènes, de novembre 1899 à janvier 1900 puis, en juillet de la même année, à l'opéra de Tunis. C’est dans cette ville qu’elle rencontre un cousin éloigné, Philippe Néel, ingénieur en chef des Chemins de fer tunisiens et qui est devenu son époux. Elle abandonne sa carrière de chanteuse à l'été 1902, à l'occasion d'un séjour de Jean Haustont à Tunis et assure, pendant quelques mois, la direction artistique du casino de Tunis, tout en poursuivant ses travaux intellectuels.

 

Mariage et voyages.

 

Le 4 août 1904, à Tunis, elle épouse Philippe Néel de Saint-Sauveur, son amant depuis le 15 septembre 1900. Elle a 36 ans. Leur vie commune, parfois orageuse, mais empreinte de respect mutuel, cesse le 9 août 1911, lors de son départ, seule, pour son troisième voyage en Inde (1911-1925) (le deuxième s'étant effectué pendant un tour de chant). Trois ministères l'aident à financer ce voyage d'étude. Alexandra ne veut pas d'enfant, elle a conscience que les charges d'une maternité sont incompatibles avec son besoin d'indépendance et son goût des études. Elle promet à Philippe de regagner le domicile conjugal dans dix-huit mois : ce n'est que quatorze ans plus tard, en mai 1925, que les époux se retrouveront… et se sépareront à nouveau au bout de quelques jours, Alexandra étant revenue avec son compagnon d'exploration, le jeune lama Aphur Yongden, dont elle devait faire son fils adoptif en 1929. 

 

Quatorze ans de voyage pour atteindre les portes de Lhassa. 

 

A 43 ans, Alexandra David Néel, toujours avide d'Orient et de périples lointains, motive son départ pour le grand voyage de sa vie dans une lettre qu'elle adresse à son mari : 

 

«  … Il y a une place très honorable à prendre dans l'orientalisme français, une place plus en vue et plus intéressante que celles de nos spécialistes… Vois l'immense succès de Bergson, excuse ma témérité, mais je crois avoir beaucoup plus à dire que lui. Pour cela il faut de l'énergie, du travail, une documentation qui ne laisse pas prise à la critique. Il faut que, lorsque je serai critiquée par les savants de cabinet, le public puisse penser : oui, ces gens-là sont d'éminents érudits, mais elle a vécu parmi les choses dont elle parle, elle les a touchées et vues vivre.. »

 

Ce départ marque le commencement d'une vie. A peine arrivée à Colombo, elle inaugure sa méthode et son style : le voyage érudit. Elle apprend les idiomes, traduit les manuscrits, rencontre des sages et des lettrés, puis s'essaie à la méditation. Sévère mais très documentée, elle est critique, privilégie toujours la rationalité face aux superstitions, et n'hésite pas à se travestir pour assister aux cérémonies interdites. En 1912, afin d'approcher et de révéler les arcanes du bouddhisme tibétain, elle escalade les Himalayas. Là, solidement recommandée par un évêque japonais, elle obtient une entrevue avec le treizième dalaï-lama exilé à la frontière du Tibet d'où il a été chassé par les Chinois ; celui-ci lui donnera rendez-vous à Lhassa, invitation qu'elle mettra onze ans à honorer ! Devenue disciple d'un grand maître tibétain, elle séjourne dans un ermitage himalayen, où elle mène une vie d'ascète.  Arrivée au Sikkim, où des liens de très étroite amitié l'ont liée à Sidkéong Tulku, souverain de ce petit état himalayen, elle a visité tous les grands monastères, augmentant ainsi ses connaissances sur le Bouddhisme et plus précisément sur le Bouddhisme tantrique. C'est dans l'un de ces monastères qu'elle a rencontré en 1914 le jeune Aphur Yongden dont elle fera par la suite son fils adoptif. Il restera avec elle et la suivra fidèlement pendant 40 ans et mourra même avant elle. Tous deux décident alors de se retirer dans une caverne ermitage à 3900 mètres d'altitude, au Nord du Sikkim. Puis, de villes en monastères, de vallées en déserts, à pied ou à dos de mule, accompagnée de Aphur, elle suit ses propres itinéraires, tandis que Philippe Néel se ruine pour entretenir chacun de ses pas. Alexandra méprise le confort, ignore les défaillances, manque de se faire dévorer par des yogis anthropophages et découvre l'art du "Toumo", qui consiste à supporter les froids polaires en majorant la chaleur de son corps. Révoltée par l'interdiction qui lui est faite de se rendre dans la capitale du Tibet et après plusieurs tentatives qui se soldent par autant d'expulsions, elle réalise un prodige : au terme d'un parcours de plus de 3 000 km, des mois d'errance à pied, des accidents et des démêlés avec les brigands, elle devient la première Occidentale à pénétrer dans la cité interdite de Lhassa en 1924. Elle a 56 ans.

 

Intermède européen

 

Rentrée en France, Alexandra David-Néel loue une petite maison sur les hauteurs de Toulon et cherche une maison au soleil et sans trop de voisins. Une agence de Marseille lui propose une petite maison à Digne-les-Bains en 1928. Elle, qui cherchait du soleil, visite la maison sous des trombes d'eau mais l'endroit lui plaît et elle l'achète. Quatre ans plus tard, elle commence à agrandir sa maison, baptisée Samten-Dzong ou « forteresse de la méditation »,le premier ermitage et sanctuaire lamaïste en France. Elle y écrit plusieurs livres relatant ses différents voyages.

 

Encore neuf ans en Chine.

 

Afin de garder la place qu’elle a durement acquise parmi les orientalistes, l’exploratrice juge qu’il lui faut retourner en Asie pour reprendre ses recherches. Toujours accompagnée d’Aphur Yongden qu’elle adopte officiellement en 1929 (son prénom en français est désormais Albert), devenu au fil des années un collaborateur indispensable et toujours aussi dévoué, elle part pour Pékin en 1937 à 69 ans. Quelques mois après son arrivée à Pekin en Transsibérien, elle se rend dans la montagne sacrée appelée Wutai Shan vivant parmi les moines. Les évènements internationaux ne tardent pas à contrecarrer son programme d’étude et lui causer de multiples difficultés tout au long de son séjour. Les raids aériens se multiplient et les deux compagnons doivent fuir et repartir vers l’ouest pour se fixer dans les marches tibétaines, à Tatsienlou en juillet 1938 où elle restera bloquée jusqu’en 1943 à 75 ans. C’est dans cette bourgade éloignée qu’elle apprend le décès de Philippe Néel au début 1941 : il avait 83 ans. Leur correspondance ne s’était jamais interrompue. Elle est rapatriée en France en 1946 à l’âge de 78 ans non sans avoir passé une dernière année en Inde.

 

Un héritage littéraire impressionnant.

 

Alexandra David-Néel ne posera définitivement ses malles qu'à 78 ans, après avoir parcouru l'Asie de long en large. Installée dans sa retraite à Digne, celle que les Tibétains considèrent comme une déesse passera son temps à l'étude et à l'écriture. Femme d'action doublée d'un écrivain, elle s'éteindra à 101 ans, après avoir ouvert l'Occident au cœur des philosophies bouddhistes et hindouistes au travers d'une trentaine d'ouvrages, tels : « La vie surhumaine de Guésar de Ling »,« Le bouddhisme du Bouddha »et « Les enseignements secrets des bouddhistes tibétains » (éditions Adyar). Elle, l'exploratrice de terrain, par ses livres, propose une belle invitation au voyage intérieur. Elle laisse aussi une masse importante de  récits de voyage qui restent encore de nos jours une mine d'informations considérables pour toute personne désirant se rendre en Inde ou en Asie. Ils s'intitulent entre autres : « Voyage d'une Parisienne à Lhassa », « Au pays des brigands gentilshommes »,« L'Inde où j'ai vécu », « Journal de voyage. Lettres à son mari »...

 

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Pour en savoir plus :

 

Marie-Madeleine Peyronnet, Dix ans avec Alexandra David-Néel, Plon, 1973 (réédition 1998)

 

Jean Chalon, Le Lumineux Destin d'Alexandra David-Néel, Librairie académique Perrin, 1985. 

 

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29/10/2018
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Jules Durand : Une affaire judiciaire d’exception.

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Fait extrêmement rare dans l’histoire judiciaire française, le 15 juin 1918, Jules Durand est définitivement reconnu innocent par un arrêt de la Cour de cassation. Elle reconnaît même que des faux témoignages sont à l’origine de sa condamnation, sans pour autant, envisager des poursuites contre leurs auteurs. C’est l’aboutissement d’un combat de huit ans pour l’abolition d’une condamnation à mort prononcée sur une accusation montée de toutes pièces.

 

Au départ une vie banale.

 

Avant l’affaire, on ne  sait pas grand chose de la vie de Jules Durand. Il est né le 6 septembre 1880 au Havre. Au début du siècle, ses parents viennent habiter sur le port, quai de Saône, au-dessus du « P’tit sou »qui deviendra un des plus fameux cafés de docker. Son père, chef d’équipe aux Docks et Entrepôts, « ouvrier modèle », souhaitait qu’il devienne artisan : aussi, après l’école primaire, il commença son apprentissage de sellier-bourrelier, profession qui devait lui assurer sécurité et aisance, introuvables sur le port. A priori, il ne manifesta beaucoup d’appétence pour le métier. Jules Durand, qui par conviction, ne but jamais que de l’eau et adhère à la Ligue antialcoolique. Il s’inscrit à l’Université Populaire et très vite milite à la Ligue des Droits de l’Homme. Pacifiste et syndicaliste révolutionnaire, orateur avide d’instruction, « toujours très proprement vêtu »et n’ayant jamais franchi le seuil des cafés, il refuse la quiétude de l’emploi pour aller travailler sur les quais.  D’abord employé aux Docks et Entrepôts, il en est licencié en 1908 pour propagande et actions syndicales (il était trésorier). Il retrouve cependant rapidement du travail. 

 

La grève de 1910. 

 

En 1910, une vague de grèves déferle sur la ville du Havre. Ces grèves, soutenues par la Bourse du Travail, propre à la ville industrialo-portuaire, se soldent en majorité par de belles victoires pour les ouvriers. Le syndicat des charbonniers, nouvellement reconstitué, en prend acte et décide de faire valoir, à son tour, ses revendications. Démunis, alcooliques pour la plupart (90% d’alcooliques chez les charbonniers), touchés par le chômage et la pauvreté, les charbonniers sont isolés, déclassés. Bon nombre d’entre eux vivent sur les quais, dorment dans des wagons désaffectés avec femme et enfants. La misère comme seul bagage, les charbonniers havrais voient leur emploi précaire menacé sérieusement, dès l’été 1910, par l’installation sur le port d’un nouvel appareil de levage, surnommé le « Tancarville », créé par l’ingénieur Clarke. Cet engin révolutionnaire remplaçait le travail de près de 150 ouvriers. Avec l’appui de la Bourse du Travail, le syndicat des charbonniers se lance à la conquête de revendications salariales et sociales. Or, les portes du patronat restent closes. Jules Durand, alors secrétaire du syndicat des charbonniers, ne désespère pas et multiplie les réunions syndicales. La grève est déclarée le 18 août 1910. Un climat de tensions s’installe très vite. Les pressions patronales s’intensifient et le travail des non-grévistes, « des jaunes »,met à mal l’action entreprise par les charbonniers en lutte. Le 9 septembre 1910, un non gréviste dénommé Louis Dongé, fortement alcoolisé, prend à partie des charbonniers grévistes, tout aussi alcoolisés que lui au sein d’un bistrot, quai d’Orléans. Il les provoque, sort même un pistolet de sa poche, une rixe s’en suit. Dongé est désarmé et roué de coups par ses adversaires. Il meurt le lendemain matin à l’hôpital.

 

Une instruction au pas de charge.

 

Le 10 septembre, une enquête sommaire est menée sur le port et, le 11 septembre au matin, la police vient chercher Jules Durand à son domicile ainsi que les frères Boyer, c’est-à-dire tous les responsables du syndicat des charbonniers. Menottes aux poignets, les prévenus ne connaissent pas les raisons de leur arrestation. En réalité, les autorités les accusent d’avoir fait voter le meurtre du non gréviste Dongé lors d’une réunion syndicale à la Bourse du Travail et d’avoir organisé un guet-apens afin d’y arriver. La machination débute alors. Des témoins à charge sont achetés, les jurés sont influencés par une presse conservatrice qui forge l’opinion, l’indépendance du juge d’instruction n’est pas respectée, des témoins à décharge ne sont pas tous entendus… Dès lors, les ouvriers charbonniers, pris sur le fait en train de frapper Dongé, écopent de peines allant de 8 à 12 ans de bagne. Les frères Boyer, eux, sont acquittés. La peine la plus lourde est réservée au jeune anarchiste Jules Durand. En effet, le secrétaire du syndicat est accusé d’avoir une responsabilité morale dans le meurtre de Dongé et est condamné à mort, le 25 novembre 1910, malgré son innocence.

 

La bataille de l’innocence.

 

À l’annonce du verdict, Jules Durand tombe en syncope et est pris de convulsions. L’innocent vient d’être condamné à avoir la tête tranchée sur l’une des places publiques de Rouen. Le choc est tel qu’il ne reprend connaissance qu’au sein de sa cellule où on l’a revêtu d’une camisole de force. Libéré de ses liens seulement le lendemain, il intègre le quartier réservé aux condamnés à mort où une cellule austère, éclairée de jour comme de nuit, l’attend. Des chaînes lui sont tout de suite mises aux pieds et une cagoule noire lui est imposée à chacune de ses sorties de cellule. Les autorités prennent en effet le parti de préserver au mieux la vie des condamnés afin de la leur ôter, plus tard, grâce à la guillotine républicaine. Au Havre, où les journaux viennent de rendre public le verdict, l’émotion est vive. Dans les locaux de la Maison du Peuple, les responsables syndicaux rédigent à la hâte les tracts et affiches appelants au grand meeting du lendemain. Dès le 27 novembre, des affiches intitulées « Une Honte »et « Debout »recouvrent les murs de la ville. La Ligue des Droits de l’Homme mobilise aussi et appelle tous les citoyens à « sauver Durand ». A l’initiative de la CGT, un meeting réunit 4 000 personnes à Franklin.

Des mouvements de solidarité naissent dans de nombreux ports, comme à Londres, à Chicago, à Anvers, à Barcelone… où les mouvements ouvriers tiennent à apporter leur soutien au camarade Durand. Jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, l’affaire Durand fait l’objet de débats. Sous l’impulsion du député radical Paul Meunier, la requête en grâce en faveur de Durand est signée par 200 députés et adressée au président Fallières. En dépit du rejet du pourvoi par la Cour de Cassation, la mobilisation s'intensifie. Au Havre comme ailleurs, se créent des comités de défense réclamant la révision du procès. Les notables locaux comme le maire Genestal, le député Siegfried se déclarent favorables à la révision. Dans le journal L’Humanité, Jaurès proteste avec véhémence contre le verdict de Rouen, symbole de cette justice de classe qu’il combat. Dans les colonnes du journal dont il est le rédacteur, tous les intellectuels de l’époque prennent fait et cause pour l’innocent Durand. Nombreux sont les observateurs à établir le parallèle avec l’injuste condamnation du capitaine Dreyfus en qualifiant la condamnation à mort de Durand d’« affaire Dreyfus du pauvre ».

 

Une grâce partielle et la plongée dans la folie.

 

Le 31 décembre 1910, René Coty, accompagné de M. Genestal, maire du Havre, est reçu en audience, à l’Elysée, par Armand Fallières, Président de la République. Il plaide à nouveau en faveur de Durand. Fallières décide de gracier partiellement Durand et de commuer sa peine de mort en sept ans de réclusion criminelle. Jules Durand commence à tenir des propos incohérents lors des visites effectuées tous les quinze jours, le vendredi, par son père, et multiplie les crises. La folie l’a gagné, son père ne le reconnaît plus. Les yeux injectés de sang, vieilli, terriblement amaigri, Jules Durand apparaît comme l’ombre de lui-même. Ses défenseurs prennent conscience de cet état de fait et redoublent d’efforts, en urgence, afin de faire sortir l’innocent de prison avant qu’il ne soit trop tard. Les gardiens et le personnel soignant de la prison n’arrivent plus à le gérer, ils n’ont pas été formés pour cela. Les recours à la camisole et aux calmants deviennent alors systématiques. La peur, que Jules Durand meurt fou en prison, devient une obsession. Grâce à une lutte effrénée et à une mobilisation de premier ordre, Jules Durand est enfin libéré le 16 février. À sa sortie, Jules Durand apparaît à ses camarades venus le chercher et à la foule qui l’acclame, telle une bête apeurée. Il flotte dans les vêtements qui lui ont été remis. Il ne les avait pas portés depuis son transfert à Rouen. Blême, dégarni, amaigri, Durand est marqué par la malnutrition, la folie, la dureté du régime carcéral. Hébété, il éprouve des difficultés à parler et remercie du bout des lèvres les personnes qui expriment leur joie lors de sa libération. Le retour au domicile familial est plus dur que prévu. Jules Durand, qui vit avec ses parents, sa compagne et sa toute jeune fille, dont il ne réalisera jamais l’existence, continue d’avoir des crises de folies.

 

La condamnation annulée. 

 

La maladie mentale de Durand constitue un nouvel obstacle à la révision car le cas d’aliénation du demandeur n’est nullement prévu par la loi pénale. La Commission de révision ordonne alors une nouvelle expertise sur son état mental. Une bataille d’experts commence, Jules Durand est même transféré en septembre à l’asile Sainte-Anne à Paris, pour être à nouveau examiné par les experts psychiatres les plus réputés. Sur la base du rapport impartial du magistrat Herbeaux, conseiller à la Cour d’Appel de Rouen, rétablissant la vérité et reconnaissant les erreurs commises au cours de l’instruction, la Cour de Cassation annule l’arrêt de la Cour d’Assises de Rouen du 25 novembre 1910. Il s’agit d’une victoire de taille pour les défenseurs de Durand. Curieusement, la Cour de Cassation suit les réquisitions de l’avocat général, et ordonne de ne pas poursuivre les auteurs de faux témoignages. La Compagnie Générale Transatlantique s’en sort bien. Le 15 juin 1918, la Cour de Cassation acquitte définitivement Jules Durand. Celui-ci est toujours enfermé à l’asile des Quatre Mares, soumis au régime des indigents (la Mairie du Havre et l’Etat se renvoyant la balle pour les frais d’hospitalisation !), asile où il meut le 20 février 1926. Son père est décédé depuis le 22 mai 1913 et sa mère a été admise, peu de temps avant, à l’hospice du Havre dans la salle des grabataires.

 

Comment a-t-il sombré dans la folie ?

 

Longtemps sa famille et ses amis se sont demandés ce qui avait déclenché une telle folie. Aux Quatre-Mare, Jules Durand a des moments de lucidité mais la plupart du temps, il tient des propos incohérents. Plusieurs facteurs sont à relever. L’annonce du verdict est terrible et reste la cause première du choc psychologique de Jules Durand. La justice n’est jamais allée aussi loin afin de punir un militant syndicaliste au Havre. Certes les arrestations et l’enfermement des mois entiers font presque partie du quotidien des militants et responsables syndicaux au Havre : Camille Geeroms, secrétaire général de la Bourse du Travail, Gaston Laville, son prédécesseur, en font la dure expérience, par exemple. Ici, le secrétaire du syndicat des charbonniers est condamné à mort, le verdict est un véritable traumatisme. Transparaît véritablement le désir des autorités de punir la voie révolutionnaire et syndicale. Jules Durand est un syndicaliste anarchiste, il devient le martyr du syndicalisme havrais.

 

Pour en savoir plus : 

 

Alain Scoff, Un nommé Durand, Éditions Jean-Claude Lattès, 1970.

 

http://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2018/06/15/26010-20180615ARTFIG00295-il-y-a-100-ans-jules-durand-le-dreyfus-ouvrier-du-havre-est-rehabilite.php

 

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22/10/2018
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Thérèse Humbert : l’escroquerie en guise d’ascenseur social.

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Le 1ermai 1930, l’hebdomadaire « Détective »affichait la une suivante : « 20 ans d’illusion avec Thérèse Humbert ». A cette date, Thérèse Humbert est sans doute décédée depuis une douzaine d’années à Chicago. Mais, quelques jours auparavant, est mort  Romain Daurignac, frère de la dite Thérèse. Il était, à ce moment-là, le dernier acteur d’une vaste escroquerie, qui durait depuis plus de 20 ans et à laquelle le Tout-Paris avait « involontairement ? » prêté son concours. 

 

Une jeune fille ambitieuse. 

 

A Toulouse vers 1878, les Daurignac étaient de petits bourgeois sans éclat et peut-être sans rêve. C'est à ce moment-là que l'ainée des deux filles, Thérèse, rencontre un jeune étudiant en droit, Frédéric Humbert. Il a 21 ans, elle 23, il est sans situation, elle sans fortune. Quand Frédéric parle à son père, qui est alors Procureur général à la Cour des Comptes et sénateur, de ce mariage, il est mal reçu. Mais Thérèse veut. Et c'est alors que commence à se révéler cet étrange tempérament de mégalomane, mythomane et d'ambitieuse utopique Pour maquiller la mésalliance, elle imagine qu'un parrain fort riche ne peut manquer de lui laisser son héritage. Frédéric retourne à l'assaut du consentement familial avec ces nouvelles armes, et le mariage se fait.

 

A l’assaut de la capitale.

 

Franche et déterminée, elle annonce, dès après le mariage, à Frédéric qu’il s’agit d’une mystification. Elle ne pouvait continuer que s ‘il acceptait de devenir son complice et conseiller juridique. Frédéric, un peu naïf,  accepte et consent à jouer le rôle qu’elle lui propose. Et le roman commence. On apprend à Paris, on ne sait par quelle mystérieuse source, qu'un richissime Américain, Robert Henry Crawford vient de mourir en laissant un testament daté de Nice par lequel il lègue à Thérèse tous ses biens. Cependant, un problème se pose : le dit Crawford aurait rédigé deux testaments et couché, sur le second, ses neveux qui vivent à New-York. Dès ce moment et jusqu'à 1902, les procès vont se succéder d'abord en première instance, puis en appel, avec incidents de procédure devant les deux juridictions, la durée de chaque procès se trouvant prolongée du fait que les Crawford sont légalement domiciliés en Amérique. Les délais de signification entaient alors de cinq mois pour New-York, auxquels s'ajoutaient deux mois comme délai d'appel. 

 

La grande vie à crédit. 

 

Sous prétexte d’avoir payé une partie des droits, ils commencent à emprunter. Ils clament partout que le legs s’élève à 100 millions. Les prêteurs se ruent. Ils accourent d’autant plus facilement que l’actif de la succession est censé être tenu sous scellés dans un coffre-fort chez les Humbert. Pour preuve, il montre quelques actions, notamment à Maitre Dumont, notaire à Rouen, leur plus fidèle soutien financier. En pendant vingt ans, de jugements en arrêts, la famille Humbert va se battre contre ces Crawford imaginaires. Thérèse crée les personnages, les adresses, les lettres qu’ils envoient de New-York, dont une demande en mariage de sa jeune sœur Maria. Il ne manque jamais d'argent chez les Humbert, ils sont apparentés à des personnages considérables dans la République. Ils mènent grand train avec une aisance, un brio prodigieux. Qui hésiterait à être de leurs amis, à la première avance ? L'orgueil de Thérèse prend un tour aigu, elle se pique à son jeu, elle renchérit sans cesse sur ses propres rêves, elle finit par croire peut- être à la réalité de son mythe. Frédéric est doux, presque timide, il est parfois effrayé de l'envergure de leur audace. Mais elle l'entraine dans un tourbillon renouvelé́, comme elle entraine Romain et Maria, son frère et sa soeur. M. Humbert  père est devenu Premier président de la cour des comptes, Fréderic s'est fait élire député de Seine-et-Marne. Ce que l'on a coutume d'appeler le Tout-Paris, les plus hauts personnages de la politique, de l'administration, de la magistrature, dînent régulièrement avenue de la Grande-Armée, où les Humbert ont élu domicile. Paul Deschanel est cité parmi les prétendants à la main de Maria Daurignac. On voit un jour la fille de Thérèse et de Fréderic, Eve, offrir, à l'occasion du mariage de la fille du préfet de police, un magnifique cadeau qui sera rendu, d'ailleurs, au moment du scandale. Les réceptions de Thérèse marquaient dans la saison parisienne. On voyait partout cette brune solide, couverte de toilettes éclatantes, aux grandes journées de courses, aux galas, dans les salons, aux réceptions diplomatiques. A coté d'elle, toujours un peu en retrait, souriants, à demi discrets, son mari Frédéric et son frère Romain la soutenaient, l'épaulaient. Ce qu'il y a de miraculeux, de vraiment grand dans cette aventure, c'est d'imaginer la combine, le double rôle, la préparation minutieuse de la farce, une fois le rideau tiré. Il faut, pour jouer ce double jeu, pour faire face pendant vingt ans, pour réussir sans cesse ces redoutables acrobaties, un sang-froid, une maitrise de soi, une patience, une volonté qui font de Thérèse Humbert une très grande aventurière. Dès qu'un prêteur semblait plus curieux que les autres, s'inquiétait des garanties, on l'accablait avec des pièces judiciaires, les doubles  des jugements obtenus contre les  frères Crawford. Parfois un des aspirants usuriers discutait dans le bureau de Thérèse. Alors, celle-ci, d'un geste théâtral, ouvrait grande la porte du coffre-fort où étaient rangés, tassés, des paquets soigneusement enveloppés et scellés à la cire rouge. Pendant, vingt ans, la prestigieuse illusionniste tint son public. Un jour, brusquement, tout cassa. Des créanciers se montraient impatients, les prêteurs méfiants. Un journaliste, François Mouthon, entama dans le Matin,une campagne contre ce qu'on commençait à appeler l'escroquerie à l'héritage. Le Parlement s'émut. On convoqua tous les avoués impliqués dans les divers procès et on les mit en demeure de fournir d'urgence des renseignements précis sur les Crawford.

En même temps, un créancier, Morel, assigna les parties pour s’entendre dire que les valeurs de la succession seraient remises aux mains d'un séquestre judiciaire. Un jugement de référé ordonna que le coffre des Humbert fut ouvert et les titres inventoriés le 9 mai 1902.

 

La débâcle. 

 

Lorsque les magistrats et les représentants des ayants droit se présentèrent à l'heure prescrite à l'hôtel de l'avenue de la Grande-Armée, ils trouvèrent la maison déserte et le coffre vide. D'actives recherches furent aussitôt entreprises, des télégrammes envoyés à toutes les frontières, des agents lancés par la Préfecture de Police et la Sureté Générale dans toutes les directions. On resta longtemps sans trouver trace des Humbert et les journaux hostiles ne manquèrent pas d'accuser le gouvernement de mauvais-vouloir. On était alors sous le ministère Combes et le garde des sceaux Vallé avait été mêlé à l'affaire comme avocat.  Il y eut même une interpellation à la chambre. Le matin du 20 décembre 1902, la Sûreté reçut un télégramme que les Humbert avaient été arrêtés à Madrid. Quand ils furent ramenés à Paris, une vraie foule se pressait à la Gare du Nord. Les policiers avaient le plus grand mal à empêcher les curieux qui se massaient devant le wagon de première classe des Humbert-Daurignac. 

 

Epilogue.

 

L’affaire vint devant la Cour d’Assises de la Seine, le 8 août 1903. Maitre Labori, qui avait été l’avocat de Dreyfus et  plus tard celui de madame Caillaux, assistait Thérèse et Frédéric. Thérèse persista jusqu'au bout à déclarer véridique le roman cocasse qu'elle avait imaginé et, chose merveilleuse, qu'elle avait fait accepter par des gens d’une naïveté confondante. Les millions existent. Les Crawford existent, mais sous un autre nom. Ils viendront, vous les verrez, et s'ils ne viennent pas je dirai tout... Je n'ai jamais menti ! A chaque instant, elle interrompait les témoins, rectifiait leurs dires, lançait d'audacieuses explications. Il y eut aussi d'émouvantes dépositions. Des hommes illustres vinrent avouer à la barre qu'ils avaient été́ pris au jeu de l'illusionniste. Arriva à un moment, un commerçant de la rue La Fayette qui avait été́ escroqué de 10 millions.

« Je ne suis pas plaignant, dit-il en souriant. Je renonce à tout. J'ai eu d'excellents rapports avec Mme Humbert. Je suis trop ravi d'avoir pu rendre service à une aussi charmante femme. »

Thérèse et son mari furent condamnés à cinq ans de réclusion, Romain à trois ans.  Frédéric Humbert mourut oublié en 1937. Romain, se fit arrêter en 1926, pour avoir dérobé une paire de chaussures dans un magasin du boulevard Sébastopol. Quant à Thérèse, il subsiste une incertitude. Certains prétendent qu’elle est décédée à Chicago en 1918, d’autres qu’elle vivait encore à Paris dans les années trente. Une chose est certaine, ils n’ont plus jamais habité avenue de la Grande Armée.  

 

Pour en savoir plus :

 

Hilary Spurling, La grande Thérèse : la plus grande escroquerie du siècle(trad. de l'anglais par Pierre-Julien Brunet), Allia, Paris, 2003

 

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15/10/2018
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